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  • Le chapitre de Fréjus avant la Révolution

    Le premier prévôt (ou doyen) du chapitre connu à Fréjus est Amalric, actif les deux dernières décennies du XIème siècle. C’est au cours de ce siècle qu’apparaissent sous la forme qu’on leur connaîtra durant de longs siècles les chapitres cathédraux dans la plupart de nos diocèses. Tout au plus pourra-t-on imaginer qu’il naît avec la reconstruction du diocèse opérée par Riculphe et ses successeurs immédiats.

    Bien sûr, l’institution s’enracine dans la collaboration que les évêques ont toujours eu à cœur de favoriser, avec un groupe de prêtres capable de l’assister, et dont la forme variera selon les époques et les besoins. Un jalon important de cette genèse avait été l’établissement d’un collège canonial par l’évêque de Metz, saint Chrodegang, à l’époque carolingienne, et sa Regula canonicorum.

    Malheureusement, là encore, les traces de l’histoire du chapitre de Fréjus  laissent difficilement en percevoir l’activité quotidienne, liturgique, pastorale et spirituelle, n’abandonnant aux archives que ses aspects administratifs ou financiers.

  • LEUR NOMBRE

    C’est un collège de douze clercs d’abord choisis par l’évêque. Ce chiffre, éminemment symbolique restera peu ou prou le même jusqu’à la période contemporaine. C’est ce chiffre qu’évoque notamment le Sacramentaire de l’Eglise de Fréjus. Au XIIIème siècle, le nombre s’enfle et la charte accordée en août 1224 par le comte de Provence pour confirmer les privilèges de l’évêque de Fréjus en fait apparaître quatorze. L’ancien prévôt du chapitre, Raymond Bérenger, à peine élevé à la dignité épiscopale vise à le réformer et à en diminuer le nombre. C’est ainsi que sous l’autorité de l’archevêque de Vienne, délégué pontifical, des statuts furent publiés le 24 septembre 1235, qui disposaient qu’il ne sera plus nommé de chanoines tant que le nombre de survivants sera supérieur à douze. Mais le 4 février 1300, lors de l’élection de Jacques Duèze (le futur Jean XXII) ils sont encore treize. Ce n’est que vingt ans plus tard que le chiffre retrouve son chiffre réglementaire de douze.

  • LEURS FONCTIONS

    ASSISTER L’EVEQUE

    Leur fonction est d’assister l’évêque. A ce titre, les uns ou les autres apparaissent toujours à ses côtés comme témoins et cautions des différents actes posés par lui, mais aussi comme  destinataires avec lui des privilèges et donations faites à l’évêque, comme représentant la communauté de l’Eglise. Si, en 1038, l’évêque Gaucelme cède cinq églises au monastère de Lérins, c’est après avoir obtenu l’avis favorable de son chapitre ; de même lorsque Bertrand en accorde à celui de Saint-Victor de Marseille, en 1085. Les chanoines sont encore là pour confirmer par leur présence et leurs signatures la fondation de La Verne en 1170.

    Et quand les comtes de Provence dispensent des faveurs, c’est aux évêques et aux chanoines de leur église : ainsi en est-il pour la juridiction seigneuriale concédée en 1203 et 1208, de même en 1224. Le 28 octobre 1296, le comte de Provence Charles II confirme à l’évêque, au prévôt et au chapitre de Fréjus et à leurs successeurs tous les privilèges accordés par ses ancêtres, dans une bulle d’or. Il arrive, comme en 1225 lorsque le comte Raymond Bérenger partage le profit de la gabelle du sel avec l’évêque Bertrand de Favas, que n’y soit associé que le Prévôt du chapitre, comme représentant le collège. De là à ce que chacun considère qu’il s’agit de privilèges personnels…

    CHANTER L’OFFICE

    Un autre rôle, plus fondamental, quotidien et cependant moins documenté est celui du chant de l’Office divin dans la cathédrale. Eglise-mère, elle doit résonner quotidiennement de manière exemplaire pour tout le diocèse, de la liturgie qui rythme le jour. Pour cela chaque chanoine occupe une stalle dans l’ensemble qui garnit le chœur et encadre la cathèdre épiscopale qui trône au fond de l’abside. L’« installation » suit donc immédiatement son élection.

    Chanter officeLes livres liturgiques témoignent encore en partie de la charge chorale du chapitre. Le plus ancien est un Sacramentaire, datable du XIème siècle, contenant le rituel du baptême, une litanie des saints, un rituel et des prières pour les malades, un rituel pour les agonisants et des messes pour les morts, un ordinaire de la messe, des messes votives, un rituel et la messe de mariage, des bénédictions diverses.

    Vient ensuite un Directoire de l’Eglise de Fréjus, manuscrit sur parchemin qui pourrait avoir été écrit au XIVème siècle avec des additions jusqu’au XVIème siècle. Il forme un volume de 122 pages en deux colonnes. Il comprend le temporal et le sanctoral. Il a probablement réglé la liturgie de la cathédrale et des autres églises du diocèse jusqu’au XVIIème siècle et le nouvel Ordinaire dressé sur ordre de Mgr Barthélémy Camelin pour sa cathédrale en 1614. Beaucoup d’éléments de la première partie sont communs au rite romain, elle se termine par cette hymne : « Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, Verbe présent, fils d’une Vierge, Agneau de Dieu, salut du monde. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, louange des anges, gloire des saints, vision du Père, divinité intègre, vrai homme, fleur et fruit d’une vierge mère. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, splendeur du Père, prince de la paix, porte du ciel, pain nourrissant, enfant d’une Vierge, vase de la divinité. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, lumière du ciel, prix du monde, notre joie, pain des anges, tressaillement du cœur, roi et époux de la virginité. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, voie douce, vérité vraie, notre récompense, charité souveraine, source d’amour, de paix, de douceur, vrai repos, vie éternelle. Amen. » et cette prière à dire après l’office : « Recevez, Dieu très clément, par les mérites et les prières de la très bienheureuse et toujours Vierge Marie et de tous les saints l’offrande de ma servitude et si, dans ces prières de louange, j’ai fait quelque chose d’indigne, regardez-moi avec des yeux propices et ce que j’ai accompli avec négligence, pardonnez-le moi avec clémence, par Notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, &c. » Chanter office 2Le sanctoral présente quelques particularités : les trois messes de Noël qui l’ouvrent sont présentées comme signifiant le temps avant la Loi, celui de la Loi mosaïque et celui de la Loi de grâce. La fête de saint Trophime figure à l’octave de Noël, on repère encore un certain nombre de fêtes locales : saint Honorat et saint Promace, en janvier, saint Quinis, en février,  saint Maximin, en juin, saint Genès, en août, saint Lambert, saint Arnoux, la dédicace de l’église de Fréjus, en septembre, saint Caprais, en octobre, saint Véran, saint Mitre, en novembre, saint Léonce en décembre. Une autre hymne dédiée à Marie, première titulaire de la cathédrale, clôt le sanctoral, sous la forme d’une curieuse paraphrase du Te Deum : « Te Christi matrem laudamus. Te virginem confitemur. Te aeterni Patris splendor stellam illuminavit. Tibi omnes angeli, tibi caeli et universae potestates. Tibi cherubim et seraphim in simili nobiscum voce proclamant : Virgo, Virgo, Virgo virginum sine exemplo ante partum et in partu et post partum. Te gloriosam apostoli praedicant. Te prophetarum, ô Virgo, cantant carmina. Te martyres sui Domini matrem denuntiant. Te per orbem terrarum sancta confitetur Ecclesia Matrem Regis immensae majestatis, venerandam te sponsam maritique nesciam, sanctam quoque solam et mundatam spiritu. Tu es regina caeli. Tu mundi locius es Domina. Tu ad liberandum perditum hominem carne vestivisti altissimi Filium. Tu devicto carnis aculeo protulisti vitam ex utero. Tu ad dexteram Dei sedentis es mater Judicis vivorum et mortuorum. Te ergo quaesumus cunctis nobis subveni quos pretioso tui ventris germine redemisti. AEterna fac cum sanctis tuis in gloria numerari. Salvum fac populum tuum, Domina, et fac nos heredes Christi. Et rege eos et extolle illos usque in aeternum. Per singulos dies benedicimus te. Et laudamus nomen Altissimi qui te fecit altissimam. Dignare, Domina, die isto sine peccato nos custodire. Domina, misericordiarum mater appellaris. Fiat misericordia tua, Domina, super nos quemadmodum speravimus in te. In te, ô Domina, speravi, non confundar in aeternum. »

    Ont disparu un Capitulaire et le Bréviaire cadenassé. Quelques feuillets de l’Antiphonaire ont été sauvés du naufrage, dont la beauté des enluminures nous font regretter la perte de la plus grande partie.

    Le Chapitre veilla à la première édition imprimée du bréviaire de Fréjus en 1495 et députa à cet effet à Turin pour en surveiller l’impression Pierre Ambrosi qui mourut bénéficier de la cathédrale. La seconde édition dut être réalisée en 1526 chez l’imprimeur avignonnais Jean de Chinay, mais nous n’en conservons aucun exemplaire.

    Concrètement l’office rassemble les chanoines chaque jour dans la cathédrale. Les statuts du chapitre publiés le 23 mai 1336 précisent : « Les ministres de l’Eglise, afin de montrer à l’extérieur le respect des choses saintes qu’ils doivent porter dans leur intérieur, s’inclineront avec respect devant l’autel, quand ils entreront dans le chœur et devant le siège de l’évêque quand il y sera ; ils feront de même en sortant. Tous chanteront avec dévotion, ordre et précision l’office canonial aux heures prescrites et y assisteront depuis le commencement jusqu’à la fin sans parler et sans se livrer à des entretiens mutuels. Pendant le temps du Carême, la grand’messe sera chantée vers neuf heures ; elle sera précédée du chant de none et suivie du chant des vêpres. » Avant le concile de Trente (1545-1563), la répartition des heures canoniales sur la journée aura été corrigée avec le rétablissement des vêpres le soir, comme il résulte de l’affaire du 2 juillet 1545 (cf infra). Que leur fonction liturgique soit première apparaît aussi dans le fait qu’ils sont liés à l’église cathédrale : ce ne sont pas les chanoines de l’évêque, mais bien ceux de la cathédrale.

    A la Toussaint 1592, le chapitre aligna sa liturgie sur la liturgie romaine, conformément aux souhaits du concile de Trente. Cependant on voit encore en 1667 Mgr Zongo Ondedei demander une uniformisation de la liturgie sur celle de la métropole et une conformation des rites sur le cérémonial romain. En 1678, Mgr de Clermont-Tonnerre publia le premier Propre du diocèse.

    A la cathédrale, l’évêque pontifiait pour Noël, le Jeudi-Saint, Pâques, la Pentecôte, la Fête-Dieu et la procession de l’Octave. Le prévôt officiait pour l’Assomption. La solennité de ces fêtes était relevée par la présence de six chapiers. Les autres fêtes étaient marquées par un nombre relatif de ces officiants chapes : quatre ou deux selon les cas. Le chanoine de semaine célébrait mais avait la capacité de se faire remplacer par un bénéficier pour les offices à deux chapes.

    Des grandes processions étaient ordonnées pour les solennités suivantes : Noël, Epiphanie, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption et Toussaint, où les prévôts, chanoines et choristes prenaient des chapes à la sacristie immédiatement avant la grand messe, se rendaient au baptistère par le cloître et en faisaient le tour en chantant les prières indiquées dans le processionnal. D’autres processions étaient prescrites, d’après les statuts de 1709, pour les fêtes des saints Sébastien, Grégoire, Roch, Joseph, Léonce, François de Paule et Félix. A cela s’ajoutaient encore celles des premiers dimanche du mois à la chapelle de saint Joseph et chaque troisième du mois, la procession du Saint-Sacrement, les autres dimanches n’étant signalés que par une procession au baptistère sans solennité. On processionnait encore aux fonts baptismaux avant les vêpres de Pâques, de son octave et de la Pentecôte !

    Les statuts de 1709, réglant quelques questions de cérémonial nous livrent encore quelques particularités de la liturgie de la cathédrale comme le rite d’entrée ou l’encensement :

    on marche à l’autel dans cet ordre : le bedeau portant la masse, le thuriféraire avec l’encensoir fumant, les deux acolytes, les choristes, le sous-diacre portant la statue de la sainte Vierge, le diacre, le prêtre assistant et l’officiant qui baisera la statue avant de monter à l’autel, le sous-diacre la déposera ensuite sur le gradin le plus bas du maître-autel. Pour l’encensement on abandonne en 1709 la génuflexion devant les sieurs prévôt et chanoines au profit d’une inclination médiocre…

    Par ces mêmes statuts, Mgr de Fleury se laissa persuader de réduire les offices de la sainte Vierge et des morts qui alourdissaient à ce point les offices canoniaux que « la multitude des offices (…) occupent toute la matinées surtout dans l’hiver, et ne laissent qu’à peine le temps aux prêtres de dire leurs messes.»

    image006Dans la perspective de ce service, les chanoines revêtent un habit qui les distingue : fixé au XIIIème siècle, le vêtement choral des chanoines des cathédrales n’évoluera pratiquement plus jusqu’au XVIIIème siècle. Tels que nous les montre le plafond peint du cloître de la cathédrale de Fréjus au XIVème siècle (illustrations ci-contre) les chanoines revêtent un long surplis sur la soutane et se couvrent les épaules et la tête d’une pèlerine de fourrure de petit gris adaptée aux longues cérémonies dans des cathédrales sans chauffage... Cette pèlerine appelée aumusse, portée sur le bras l’été, reste leur signe distinctif. L’hiver le costume se complète encore d’un long manteau, héritier de la cappa serica du haut Moyen Age.

     
    ELIRE L’EVEQUE

    Enfin les chanoines accompagnent la mort de l’évêque et pourvoient à son remplacement. Comme représentant le clergé du diocèse, ce sont eux qui élisent l’évêque. Il arrive d’ailleurs que leur choix se porte sur l’un d’eux comme en 1131 quand leur Prévôt, Bertrand est élu en remplacement de Bérenger qui venait de mourir, ou en 1235 lorsque c’est le tour du Prévôt Raymond Bérenger. Certaines élections sont plus mouvementées, comme celle du 4 février 1300 où le Prévôt, Bertrand de Morzellis, s’oppose avec plusieurs de ses confrères à la candidature de Jacques Duèze, considéré comme trop étranger à Fréjus, lui qui ceindra la tiare seize ans plus tard… Rarement, l’évêque dépose sa charge autrement qu’en mourant, rendant l’élection plus délicate : c’est le cas à la toute fin du XIIème siècle, pour Guillaume de Pontis justement en conflit avec le chapitre, le pape doit s’en mêler, ordonnant à l’archevêque d’Aix de présider à l’élection ; de nouveau en 1248, où Innocent IV mandate un évêque pour pourvoir au remplacement du vieux Raymond Bérenger que la maladie rend inapte au gouvernement du diocèse, tout en laissant aux chanoines le choix du successeur. Tel est, en tout cas leur rôle jusqu’au XIVème siècle.

     

     

  • LES STATUTS

    image002Comme tous ceux qui sont attachés aux cathédrales, les chanoines de Fréjus appartiennent au clergé dit « séculier », qui se distingue du clergé « régulier », assujetti à une règle. Leur genre de vie n’est pas monastique, même si la prière commune les rassemble et les fonctions d’administration les réunissent habituellement autour de l’évêque. Mais dès l’origine, le chapitre fut régi par des statuts qui définissaient le mode de nomination des chanoines, leurs obligations, leurs rapports mutuels et leurs revenus.

    Les plus anciens que nous connaissons sont ceux du 24 septembre 1235 : le nouvel évêque Raymond Bérenger, ancien Prévôt, n’avait pas voulu affronter ses anciens confrères en les réformant par lui-même, voilà pourquoi il en appela au pape qui lui délégua l’archevêque de Vienne (France). Ce Jean de Bernin avait été désigné comme légat et inquisiteur pour apaiser la Provence agitée par les mouvements communaux. Arrivé à Fréjus, il y tint, le 6 août 1235 une réunion solennelle. C’est de retour à Vienne qu’il promulgue ces statuts sur le nombre des chanoines, leurs auxiliaires, leur choix et d’autres points particuliers.

    D’autres suivront, qui les complèteront, en 1253, 1266, 1308 et 1336.

    Ceux de 1266, publiés par l’évêque Pierre de Camaret, précisent la question de la résidence des chanoines et le service paroissial auquel ils sont tenus à l’extérieur, sans oublier d’en envisager le coût : chaque chanoine dessert une paroisse ou une église qu’il doit rejoindre pour le dimanche et les fêtes d’obligation, étant tenu à la résidence à Fréjus pour le reste de la semaine.

    Les statuts de 1308 y rajoutent quelques obligations liturgiques. En 1336 un violent incendie se déclara dans la salle du chapitre et y brûla toutes les archives, expliquant pourquoi seules des bribes nous sont parvenues de son activité antérieure.

    Le 23 mai 1336 l’évêque Barthélémy Grassi doit donc dresser avec ses chanoines de nouveaux statuts capitulaires. Ils recommandent particulièrement aux chanoines de vivre en paix : « parce que là où la beauté de la paix abonde, tout est disposé avec gloire, nous ordonnons expressément et nous voulons que les Chanoines, les clercs et les autres serviteurs de l’Eglise aient la paix entre eux, qu’ils s’aiment les uns les autres et se supportent mutuellement. »

    Ce sera plus tard l’évêque Jean Bélard, ancien doyen du chapitre du Mans et chancelier de Provence, qui publiera les « Statuts nouveaux » du chapitre en 1427 (les huit chanoines qui y apposent alors leur signature sont Jean Gombaud, vicaire général, Horace de Castillon, prévôt, Armand Fangatoris, sacristain, Antoine Ricavi, Boyer Clerici, Bergomat Castellane, Pons Suson et Antoine Raynaud). Ils seront approuvés par le pape Eugène IV le 11 mai 1430. Ils définissent la répartition des prébendes, les taxes, le devoir de résidence, les moyens d’assurer l’activité pastorale, etc.

    Monseigneur Zongo Ondedei (1658-1674) s’appliqua à corriger et réformer ce qui devait l’être, particulièrement l’absentéisme. A la suite de plusieurs ordonnances restées sans effet, il renouvela les prescriptions antérieures et les défenses qu’il avait déjà faites, sous forme de Statuts, publiés le 3 janvier 1673, dont ce qui suit : « Comme il est du devoir de l’obligation pastorale de pourvoir au bien spirituel et temporel du troupeau que la Providence divine a commis à notre conduite et que notre dignité épiscopale nous oblige d’avoir un soin particulier que le service divin soit fait dans notre église cathédrale avec la modestie, piété et dévotion nécessaires et que la mense capitulaire ne soit pas dissipée par une mauvaise conduite ; et comme, au sentiment de l’apôtre, nous ne devons rien entreprendre que premièrement nous n’ayons invoqué le nom de Dieu, à ces fins, après avoir imploré son secours et celui de la Ste Vierge, sous le titre de laquelle notre dite église Cathédrale a été fondée, Nous Joseph Zongo Ondedei, Evêque et seigneur temporel de Fréjus, nous sommes assemblés à la chapelle St-André, au son de la cloche dite l’Espitalière avec les sieurs Chanoines, avons dressé les règlements et statuts suivants :

    1° De tous les Chanoines qui seront à la ville, il y en aura la moitié qui seront obligés d’aller à matines une semaine, et les autres, per turnum, à condition que ceux qui y iront pendant leur semaine, auront un jour de pose, lequel ils ne pourront prendre tous ensemble et les sexagénaires seront exempts de matines.

    2° On suivra pour les cérémonies, à l’égard de l’officiant seulement, ce qui se pratique dans la Métropole, afin que rien ne se fasse contre la modestie, décence et piété.

    3° Les Chanoines seront obligés d’être présents dans la Cathédrale et ne pourront s’absenter aux quatre fêtes solennelles de Noël, Pâques, la Pentecôte et la Fête-Dieu, à moins qu’ils fussent malades, ou pour des affaires si urgentes qui les en dispensent raisonnablement. »

    Le synode du 11 janvier 1709 tenu sous le pontificat de Mgr Hercule de Fleury fut l’occasion de nouveaux statuts liturgiques touchant à la cathédrale.

    Après le cataclysme révolutionnaire et le rétablissement du diocèse de Fréjus par la bulle Paternae charitatis du 6 octobre 1822, Mgr Charles-Alexandre de Richery s’employa à restaurer le chapitre, qui fut reconstitué et doté de statuts en 1823.

  • LE MODE DE DESIGNATION DES CHANOINES

    Les premiers chanoines furent, bien sûr, désignés par l’évêque, mais, très vite, le collège se constitua en corps jusqu’à former une sorte d’organe sinon d’opposition au moins de contrepoids à l’autorité épiscopale. Le Chapitre était antérieur à l’évêque, qu’il élisait et, bien souvent, il lui survivait. Fort de cela, il affirma son autonomie dans le choix de ses membres. Ainsi il était acquis que la nomination des chanoines n’appartenait ni à l’évêque, ni au roi, pas même au Souverain Pontife, mais exclusivement au chapitre. Ce fut là une de ses principales forces et une de ses plus tenaces revendications. Comme aucun document ne le sanctionne, on voit encore en 1742, les chanoines affirmer que ce droit « datait de l’origine même du chapitre ».

    De façon récurrente, il dut l’opposer aux prétentions venues de tous côtés.

    Le roi qui, alors, nommait les évêques, ne pouvait pas nommer un chanoine à Fréjus : en 1546, François Compagne, fils du contrôleur des guerre de Marseille, se présente avec des lettres de recommandations signées de François Ier, d’Henri II de Navarre et de son épouse, la reine Marguerite, qui ne prétendaient pas se substituer au chapitre mais exercer sur lui une pression à peine déguisée. Or, au même moment Louis de Lynsel prétend à la même stalle, muni d’un bref du pape Paul III. Habilement, le chapitre renvoya dos à dos l’un et l’autre, en prétextant que les statuts ne pouvaient admettre deux chanoines pour une seule place vacante.

    image004 rDix ans plus tard, c’est avec un brevet royal qui, cette fois, lui accordait en bonne et due forme le premier canonicat vacant que N. de Cancellade se présente au chapitre de Fréjus ; on lui répondit que le poste était occupé, François Ier ne put que se plaindre du peu de cas qu’on faisait de ses demandes… En 1575, Henri III régale le capitaine Vincent de la Tour, de Grasse, d’un canonicat pour son neveu. A l’ordinaire, les chanoines esquivent la demande tandis que l’évêque, Bertrand de Romans, est bien obligé d’avouer que la collation de tous les bénéfices de sa cathédrale appartiennent au seul chapitre. Seuls deux candidats royaux furent acceptés : Louis Ollivier, de Lorgues, en 1605 (encore dut-il attendre un peu) et Arthur de Castellane qui le dut à une imprudente vanité : que se passa-t-il, en 1636, dans la tête de Mgr Barthélémy Camelin, déboutant ce prétendant à la Prévôté sur la base de lettres de Louis XIII pour lui répondre : « Je ne puis les recevoir, parce que la nomination du Prévôt n’a jamais été de nomination de Sa Majesté » et surtout pour ajouter :  « …mais de tout temps de la collation de l’évêque. Ce serait un grand préjudice à notre église et évêché » ? Que firent les chanoines ? Sur le champ ils élurent l’impétrant, s’asseyant ce jour-là sur leurs principes pour moucher un évêque qui s’était un peu vite arrogé leurs prérogatives.

    L’évêque Zongo Ondedei (1658-1674) tenta lui aussi de forcer la main aux chanoines avec son grand vicaire Jacques Talent, qui se vit refusé par le chapitre et même avec son propre neveu, Louis Ondedei, qui, exhibant un brevet royal signé du 10 novembre 1658, s’entend répondre par les chanoines que « de telles sortes de nominations n’ont jamais été introduites dans leur Chapitre ». Il se représente en 1662 : nouveau refus ; le candidat en appelle alors au Parlement qui, le 29 mars de la même année, rend un arrêt obligeant le Chapitre à le recevoir. Rien n’y fit, les opiniâtres chanoines donnèrent la stalle vacante à quelqu’un d’autre et, pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une question de personne, finiront par lui en accorder librement une quelques mois plus tard. A l’époque de l’affaire de la Régale, les candidats royaux se multiplieront en vain : Joachim Dreux, clerc du diocèse de Saintes, en 1667 ; Joseph de Pontevès, de Barjols, en 1670 ; le parisien Philippe Sevin, en 1672 ; Alexandre de Galifet, fils d’un président de chambre à la cour de Provence, en 1674 ; Jean de Flotte d’Agoult, en 1679 ; Joseph de Gaillard, d’Aix, en 1680, etc. Même l’évêque Joseph Zongo Ondedei proteste : « Il n’y a pas d’exemple, de mémoire d’homme, que de semblables indults aient eu lieu dans mon diocèse. » et le chapitre affirme à l’un de ces prétendants « qu’il ne pouvait accepter le dit brevet pour les raisons qui seront déduites en temps et lieu, et que semblables brevets n’ont jamais été reçus au dit Chapitre. » Il eut encore à faire entendre sa voix au Parlement de Paris en 1672 pour défendre le chanoine Joseph Antelmi contre ses compétiteurs : « Tous les canonicats et prébendes de l’Eglise de Fréjus ne sont ni de la collation de l’évêque, ni sujets au droit de Régale, mais de toute ancienneté et par possession immémoriale, ils sont de la pure et libre collation du Chapitre, à l’exclusion de l’évêque qui n’a jamais eu entrée ni voix au Chapitre. » A force de résistance et à défaut de titres, les chanoines pouvaient, au XVIIIème siècle, évoquer avec l’usage immémorial de leurs droits, une certaine jurisprudence gonflée à dessein par la redondance du discours : « avec l’honneur et la révérence dûs à tout ce qui émane de sa Majesté, ils ne sauraient recevoir le brevet (de l’abbé Viany), ni satisfaire à ce qui y est contenu, comme étant contraire au droit qu’a de toute ancienneté le Chapitre de Fréjus, de conférer sans le concours du suffrage de l’évêque, les dignités, chanoinies et prébendes de cette église en cas de vacance, droit qu’il a toujours exercé paisiblement, toutes les fois qu’il y a eu vacation, droit qui a été reconnu par les lettres dont la reine Jeanne et le roi René ont honoré le Chapitre et, depuis la réunion de la Provence à la couronne, reconnu par François Ier, Henri IV et la reine Marguerite, droit que NN. SS. Les évêques ont déclaré appartenir au Chapitre par des actes authentiques, lorsqu’ils en ont été requis, comme NN. SS. Bertrand de Romans et Joseph Zongo Ondedei, droit enfin dont la paisible possession a été assurée et confirmée par des arrêts contradictoires rendus au Parlement de Paris dans le siècle dernier lesquels ont débouté les demandeurs en Régale et déclaré que la Régale n’avait jamais eu lieu dans cette église. Or, les rois n’ayant jamais assujetti ni entendu assujettir à la Régale et au serment de fidélité que les bénéfices dépendant de la collation de l’évêque, comme l’ont solennellement établi Philippe VI, en 1334, Henri IV, en 1606, Louis XIII, en 1362, ils ne peuvent se persuader que le Roi veuille aujourd’hui s’attribuer un droit nouveau que les maximes sur lesquelles seules il pourrait être fondé détruisent, de dépouiller le Chapitre de Fréjus du droit de conférer les dignités, chanoinies et prébendes de cette église dont il jouit depuis son établissement. Sur toutes ces raisons et autres que l’administrateur déduira plus amplement en temps et lieu, s’y échoit, le Chapitre n’entend recevoir le brevet, ni satisfaire à son contenu et autrement proteste de toute indue poursuite contre M. Viany ».

    Ces querelles prenaient parfois des tours cocasses : une stalle devenait-elle vacante par la mort de son détenteur, plusieurs prétendants se présentaient qui avec un brevet royal, qui avec une bulle du vice-légat d’Avignon, qui avec une résignation du défunt, parfois simultanément parfois à quelques jours d’intervalle, faisant naître protestations et discussions publiques. Certains, prennent même le soin de venir avec une escorte de gens armés comme Esprit de Nigris en 1636. Le 2 juillet 1545, au milieu de l’office du matin, Alexis Mattey avait occupé de force dans le chœur la stalle qu’il pensait devoir lui revenir selon les termes de la bulle pontificale qui le nommait chanoine-sacristain ; une première sommation des chanoines présents ayant été vaine, celles des consuls puis de l’official n’ayant pas donné plus de résultat, le chanoine Pignoli qui attendait pour commencer la messe décida d’aller la chanter à un autre autel, entrainant ses confrères et le laissant seul dans le chœur. La même scène se reproduisit le soir aux Vêpres et ainsi pendant plusieurs jours !

    LA RESIGNATION

    A côté de l’élection par le chapitre se mit en place un autre système de désignation qui résulte de la démission d’un titulaire en faveur d’un protégé. Ce qu’on appellera la « résignation en faveur » n’est pas propre au chapitre, encore moins à celui de Fréjus, il s’introduit au cours des siècles comme mode d’attribution des bénéfices. Evidemment inconnue dans les premiers siècles de l’Eglise, elle a commencé à s’introduire à la faveur du Schisme d’occident : jusqu’alors il n’en est nullement question dans le corps du droit canonique ni même dans la jurisprudence. Mais elle ne prit pas tout de suite la forme qu’on lui connaîtra aux XVII et XVIIIèmes siècles. D’abord simple prière auprès du Collateur à qui est remis le bénéfice afin qu’il en dispose en faveur d’un proche, elle va devenir insistante ; des clauses seront progressivement introduites pour fixer de strictes conditions au procureur chargé de la démarche, limitant bientôt la liberté du supérieur lui-même. Au XIVème siècle, le Parlement de Paris les jugeait encore nulles et simoniaques. Au temps du concile de Trente, le roi Charles IX chargea son ambassadeur d’en demander l’abolition. Cependant elles continuèrent à s’imposer en France jusqu’à constituer le 56ème article des prétendues « Libertés de l’Eglise Gallicane ». Les évêques, qu’elles lésaient particulièrement, intervinrent en 1634 auprès du pape Urbain VIII pour les condamner ; les restrictions prises alors furent vite contournées, ce qui obligea Innocent XII à les interdire purement et simplement. Avec une inconséquence qui étonne encore, les évêques français demandèrent cette fois que la mesure soit aménagée en soumettant à leur placet les résignations « en faveur », ce qui laissa de nouveau le champ libre à tous les expédients et autres pressions par voie de justice. C’est ainsi que jusqu’à la fin de l’Ancien Régime se mirent en place des dynasties ecclésiastiques et qu’on vit des familles faire main basse sur des chapitres et s’approprier des institutions, souvent au dépens de personnes plus capables de les servir.

    A Fréjus, ce sont par exemple les familles Antelmi et Cavalier, qui occupèrent avec leurs parents et alliés la plupart des stalles du chapitre pendant les deux siècles qui précédèrent la Révolution française. Les élections deviennent alors très rares.

  • LES DIGNITES A L’INTERIEUR DU CHAPITRE

    Parmi les chanoines, on distingua d’abord quatre dignités, dont la première était celle du Prévôt. Les trois autres appelées aussi "personnats"* étaient celles de l'archidiacre, du sacriste ou sacristain, du capiscol ou précenteur. D'autres offices apparaîtront au cours des siècles comme ceux du préceptorial ou du théologal.

    * les canonistes désignent par "personnat" une dignité qui accorde une préséance mais sans juridiction.

     

    •  LE PREVÔT

       Le chapitre de la cathédrale de Fréjus se composait de douze membres à la tête desquels était le prévôt. La nomination de ce haut dignitaire était soumise à l'élection du chapitre, dans le cas de non résignation. L'évêque avait voix prépondérante, quand il y avait parité de suffrages. Le nouvel élu, après sa nomination, allait prêter serment à Aix, à la Cour des Comptes. Dès les origines du chapitre, les chartes le nomment immédiatement après l’évêque et, parfois seul avec, lui, comme résumant dans sa personne tout le chapitre. Sa stalle était à la droite de la cathèdre épiscopale, qu’elle fût située au fond de l’abside ou, plus tard, transportée sur le côté du droit du chœur. Prevot rDepuis la sécularisation du chapitre, le prévôt habitait loin de la cathédrale, c’est en 1206 que l’évêque Bermond Cornut lui octroya la maison contigüe au cloître, appelée encore aujourd’hui la « Prévôté » : « Je donne et cède, dit la charte, librement, absolument, sans aucune restriction et à perpétuité, à vous Raimond, prévôt, au nom de la Prévôté, la maison qu’occupe un prêtre de Bagnols nommé Juvenis, et je vous promets de vous faire tenir cette donation de bonne foi, sans que ni moi ni aucun de mes successeurs ne puisse jamais y contrevenir. » Cette donation  fut faite en présence de tout le chapitre dans le chœur de la cathédrale. En 1789, elle était encore occupée par le prévôt d’alors, Jean-Martin Cavalier qui l’acheta et lui permit ainsi de retrouver sa fonction originelle jusqu’au début du XXème siècle et l’expulsion consécutive à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

      La prébende du prévôt :

      Le prévôt avait le fief et la prébende de Claviers et de Baudron (en 1380, ce dernier village fut ruiné par les troupes de Charles de Duras). L’origine de ce bénéfice vient d’une donation accordée entre 1165 et 1170 par le jeune Hugues de Claviers qui se destinait à l’état ecclésiastique et qui veniat d’en hériter par la mort de son frère Guillaume. En même temps, il accordait au chapitre ce qu’il possédait à Callas et à Bargemon : « Au nom du Seigneur, qu’il soit connu de tous les hommes présents et futurs que moi, Hugues de Claviers, fils de feu Hugues Rodoard, de bon cœur et spontanément, pour l’amour de Dieu et comme aumône, pour le salut de mon âme et pour la rémission des péchés de tous mes parents et surtout pour l’âme de Guillaume de Claviers, mon frère, je donne, cède à l’église de Sainte-Marie de Fréjus et Saint-Etienne, premier martyr, et principalement à la prévôté et à tous les chanoines de Fréjus, présents et futurs, et à vous, Frédolon, prévôt, et à vos successeurs le castrum de Claviers et celui de Baudron, avec toutes leurs attenances et leurs dépendances, et tout ce que j’ai ou dois avoir dans le castrum de Callas et dans son territoire et tout ce que j’ai ou dois avoir dans la vallée de Bargemon, de telle sorte que tout ce fief ci-dessus désigné appartienne à perpétuité à la prévôté de Fréjus ». Cette donation fut confirmée par une charte signée par le comte Raymond Bérenger, à Pignans en janvier 1179 et une autre octroyée par le roi d’Aragon Ildefonse, comte de Provence, en l’église Saint-Paul de Hyères en novembre 1182 : « Et moi, Ildefonse, par la grâce de Dieu, roi d’Aragon, comte de Barcelone et marquis de Provence, de bonne foi, par amour de Dieu et pour la rédemption de l’âme de mes parents, je loue et confirme et concède à l’église de Fréjus cette donation faite par vous, Hugues, prévôt, afin que la susdite prévôté possède ces biens et je promets de les protéger et de les défendre contre chacun. En outre, je donne et concède à la dite église et à ses recteurs présents et futurs, mais à l’usage de la prévôté, la propriété des châteaux et villages susdits et ce qui est contenu dans la donation, en sauvegardant toujours mon droit sur les armées et les albergues, afin que quiconque a ou aura ou devra avoir quelque droit sur ces lieux, il l’ait et le tienne de l’Eglise de Fréjus, qu’il lui en fasse hommage etque toutes les affaires judiciaires, excepté les criminelles, relèvent de la susdite église et du prévôt pour tous les hommes des susdits villages ; mais si le prévôt néglige ou refuse de de rendre la justice, mon bailli pourra librement entendre les plaintes et rendre la sentence. Et si quelqu’un tente de contrevenir à ces disposition ou de les enfreindre, il sera condamné à payer à l’église de Fréjus vingt livres. » Entre temps le dit Hugues de Claviers avait accédé à la prévôté. Mais à sa mort, les chanoines tentèrent de récupérer l’ensemble, arguant qu’il avait été donné tant au chapitre qu’au prévôt. En 1196, une transaction régla l’affaire : les chanoines reconnaissant cette possession au prévôt qui était alors Pierre de Fayence, qui leur abandonnait en retour ses biens dans la vallée du Reyran, dont le lieu-dit « Le Capitou » garde aujourd’hui le souvenir.

      Le fief de Baudron fut aliéné par le prévôt Jean Fouques de la Garde en 1570, mais son successeur Jean de Coriolis fit casser cette vente et, en 1671, reçu l’hommage des habitants. On voit plusieurs prévôts exercer leur juridiction sur le fief de Claviers, comme Raymond Asson qui y approuve un règlement de police en 1443, Jean Fouques de La Garde qui arrente ses droits seigneuriaux à la communauté pour une pension annuelle de 312 florins, transaction cassée par la suite et remplacée par d’autres : la dernière assure au prévôt une rente de 420 livre, sans préjudice de la pension de 180 livres déjà établie. Comme prieur, le prévôt en tirait encore la dîme qui était de 1500 livres en 1631 et de 1300 en 1719. Le fermier devait en plus fournir l’entretien du vicaire et subvenir aux besoins du culte. Si le prévôt donnait annuellement quarante-huit sous d’albergue au Seigneur de Callas, il tirait quinze charges de blé de Roquebrune et six de Comps. Au total, ses revenus s'élevaient à près de deux mille livres.

      Liste des prévôts

       

       

       

    • L’ARCHIDIACRE

       La deuxième dignité du chapitre est celle de l’archidiacre.

      Au chœur, sa stalle est à côté de celle du prévôt.

      En 1253, lui furent d’abord dévolues les prébendes de Bargemon et de Favas, il reçut aussi la juridiction temporelle sur l’étang de Fréjus. Dans un deuxième temps, lors de sa réunion du 2 janvier 1301 et en accord avec l’évêque Jacques Duèze, ces prébendes furent unies à la mense épiscopale, l’archidiacre reçut alors celle de Ramatuelle : « Considérant que les fruits provenant de Bargemon et de Favas sont de peu d’importance et qu’il est à espérer que l’évêque actuel et ses successeurs pourront mieux en défendre les droits et même les augmenter, le Seigneur Evêque et le Chapitre général voulant prévenir ces dangers et pourvoir aux besoins de l’archidiaconat de cette église de Fréjus, ont donné aux chanoines Audibert d’Esclapon et Alphant Refudy le pouvoir de dépouiller l’archidiaconat de tous les droits réels et personnels, corporels et incorporels, directs et indirects, de quelque nom qu’ils soient, qu’ils possèdent sur le castrum de Bargemon et celui de Favas et leur territoire, ainsi que de tous les droits lui appartenant sur l’étang de Fréjus et de les appliquer, les incorporer, les admettre et les unir à la mense épiscopale. Mais, aussitôt après, ce qui appartenait à la mense épiscopale dans le Castrum et le territoire de Ramatuelle, consistant en propriétés, censes et services, pensions, tasques et autres droits fut distrait de la dite mense pour être appliqué, annexé, incorporé et uni à l’archidiaconat. Le tout fut approuvé, homologué, ratifié et confirmé par le Seigneur Evêque, l’archidiacre et le Chapitre général à l’unanimité. » Les deux chanoines désignés remplirent leur mandat le 10 janvier suivant.

      Ensuite, la prébende de l’archidiacre fut encore augmentée  des prieurés ruraux de Sainte-Maxime et de Saint-André du Cannet, ainsi que d’une pension de blé sur celui de Seillans. En 1421 l’archidiacre reçut en compensation du prieuré du Cannet uni à la nouvelle collégiale de Lorgues et de la pension sur Seillans disparue, le prieuré rural de Saint-Pierre de Foucheraud, à Bargème. En 1719, la prébende de l’archidiacre ne rend que 800 livres ; elle fut pourtant affermée à 2000 livres en 1740. Rien que les maisons de Ramatuelle lui donnaient un revenu de 500 livres.

      L’archidiacre habitait à Fréjus une vaste maison qui fut reconstruite en 1690 par Bernardin Camelin qui acheta dans ce but une ancienne chapelle de pénitents et le terrain attenant. Il construisit près de cette maison une chapelle qu’il dédia à saint Jean-Baptiste et dans laquelle il fit une fondation de messes. Ces deux immeubles furent donnés au chapitre par acte du 31 janvier 1701 et 13 juin 1717, donation approuvée par Mgr du Bellay le 7 février 1757. La maison, située derrière la chapelle Saint-Joseph, est située aujourd’hui au n°10 de la rue de Bausset, la chapelle tomba en ruine pendant la Révolution et laissa place à la rue de Richery.

      Liste fragmentaire des archidiacres

       

    • LE SACRISTAIN

      La troisième dignité du chapitre, celle du sacristain est instituée par l’évêque Frédol d’Anduze, de concert avec le prévôt, en 1190. La sacristie est la seule dignité qui soit à la nomination de l’évêque, les autres dignités et canonicats étant à celle du chapitre.

      Au chœur, sa stalle est la première, en face de celle du prévôt.

      Sa prébende – l’une des meilleures, au dire de Girardin – est constituée par la paroisse du Puget enrichie du revenu de plusieurs terres, qui étaient affermées en 1653 pour 1430 livres. En 1719, ses revenus ne sont plus que de 900 livres.

      Comme son nom l’indique, le chanoine-sacristain veille sur les vases sacrés, les ornements, le luminaire, le mobilier de la cathédrale. Il a sous ses ordres un prêtre qui en assure le service quotidien, qu’on nomme le sous-sacristain. Cette charge de sous-sacristain déjà attestée au XIVème siècle donne droit à des revenus assez importants puisque les décimes ecclésiastiques les taxent pour 20 sous ; abolie, elle est rétablie en 1546 par délibération du chapitre, qui la confie à Pierre Caussemille, de Draguignan ; le 11 juin 1574 le sous-sacristain Barthélémy Borme établit un inventaire complet de la sacristie ; on voit encore le sous-sacristain Jean Grand soumis à un interrogatoire par Mgr Bertrand de Romans au sujet d’un pontifical qui avait disparu ; parmi ces prêtres ont connaît encore Antoine Porre qui assiste au baptême de Charles-Octavien Antelmi en 1668 et qui est parrain de sa sœur Geneviève le 24 octobre 1671, Louis Daumas en 1715, Marc Carpilletti en 1717, Aymar en 1718, Angles en 1719-1720, ou encore Laurent Roux (1758-1830).

      Liste fragmentaire des chanoines sacristains

       

    • LE CAPISCOL ou PRECENTEUR

      Le capiscol ou cabiscol (caput scholae) était à l’origine le maître d’école du chapitre. Devenu un des dignitaires du chapitre, il vit son autorité s’étendre au-delà de l’école cathédrale à toutes celles du diocèse : son approbation est nécessaire pour tout clerc ou laïc désireux d’ouvrir une école et jusqu’au XVIème siècle c’est à lui que s’adressent les municipalités pour les autoriser. Ses fonctions se réduisirent ensuite à régler ce qui devait se faire chanter pendant les offices, d'où son autre de nom de précenteur (préchantre) : il devint le grand-chantre et le maître des cérémonies de la cathédrale.

      En 1253 la paroisse de Gassin est adjugée comme prébende au capiscol. Elle rapportait en 1719 700 livres à son titulaire. Il possède également une maison canoniale, contigüe à celle de l’archidiacre, à l’extrémité de la rue des Prêtres, aujourd’hui rue de Bausset.          

      Liste fragmentaire des chanoines capiscols

       

    • Bien qu’elle ne constitue pas une des quatre dignités du chapitre, une nouvelle fonction très proche de celle du capiscol sera créée par prescription des conciles de Latran V (1516) et de Trente (cinquième session, 17 juin 1546), visant à assurer dans les écoles cathédrales et collégiales la prédication de la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Ecriture Sainte : celle de théologal. Un décret de François Ier rendit obligatoire dans chaque cathédrale la création d’une stalle destinée au chanoine théologal et prescrivit encore l’affectation d’une autre à l’entretien d’un chanoine qui, sous le nom de préceptorial, ferait gratuitement l’école aux enfants pauvres de la ville épiscopale, à Fréjus on assigna à celle-ci la prébende de Séranon. Cependant l’établissement d’une prébende théologale rencontra de la résistance au sein du chapitre de Fréjus : l’évêque, Bertrand de Romans, avait beau faire remarquer en 1568 qu’il avait reçu une sommation du Parlement en ce sens, les chanoines lui répondirent que cela les regardait et qu’ils possédaient seuls le droit de nommer aux stalles vacantes. Ils finirent par se soumettre en 1577. On affecta alors à cette fonction les deux prieurés de Montferrat et de Meaux, auxquels s’ajouta en 1708 la vicairie rurale de ce village dépeuplé ; en 1729 on substitua à cette prébende le prieuré de Comps. Une maison canoniale fut aussi affectée au théologal, voisine de celle du prévôt et bénéficiant comme elle d’une issue sur le cloître (actuel n°1 de la rue Fleury).

      Le théologal assure la prédication à la cathédrale : par règlement approuvé le 7 décembre 1720 par Mgr de Castellane et à la demande du chanoine Merle, théologal, les prédications du théologal auront lieu après les complies le dimanche et entre vêpres et complies aux fêtes solennelles, sauf accord préalable de l’évêque sollicité au moins quinze jours auparavant. Le théologal assure encore la prédication de l’avent et du carême, sauf à faire appel à un autre prédicateur moyennant 60 livres à prendre sur sa prébende. A cela s’était ajouté par fondation du 8 janvier 1705 faite par l’ermite du cap Roux, Laurent Bonhomme, la prédication d’une octave des morts tous les ans, et une mission tous les dix ans, par fondation du 21 novembre 1714 (la dernière eut lieu en 1784).

      Quant au cours d’Ecriture sainte pour le clergé trois fois par semaine, la première difficulté fut d’obtenir une salle : Pierre Germond déplore de ses confrères que « ce à quoi ils n’ont jamais voulu entendre ».

      Chanoines préceptoriaux

       Chanoines théologaux

       

       

     

     

  • LES AUXILIAIRES DU CHAPITRE

    LES BENEFICIERS

    Les premiers auxiliaires des chanoines sont les bénéficiers. Leurs armes dûment enregistrées à l’armorial général se lisent ainsi : d’azur à un château d’or donjonné de trois pièces de même, maçonné de sable sur une terrasse herbée au naturel.

    Leur origine se devine dans les clercs dont parle le Sacramentaire, qui faisaient avec leur maître la veillée des morts. On les appelle encore au XVIIème siècle « clercs bénéficiers ».

    Leur nombre fut limité et réduit à douze par les statuts de 1235. Leur désignation revient aux chanoines. Comme eux, ils disposent du droit de résignation. Pour réprimer l’abus d’y placer des enfants tonsurés à la hâte et incapables d’assurer le service divin, le chapitre définit le 9 juillet 1576 qu’on y admettrait que des personnes établies dans les ordres sacrés ou en condition de les recevoir dans le courant de la première année. L’autre condition était la connaissance du plain-chant. Sur les douze bénéficiers quatre au moins devaient être prêtres et deux ou trois, diacres. Ce bénéfice ne pouvait être cumulé avec un autre ayant charge d’âmes.

    Le chapitre fit cependant l’expérience de la nocivité du système de la résignation qui avait pour effet d’écarter de l’emploi les plus anciens serviteurs du chapitre et les plus capables dans l’exécution du plain-chant. Les chanoines en appelèrent au parlement en 1612. L’affaire traîna jusqu’en 1624 pour aboutir à la réaffirmation des statuts de 1517…

    Ces bénéficiers étaient d’autant plus nécessaires pour assurer le service divin que les chanoines en étaient incapables soit pas leur défaut de résidence soit par le fait qu’eux-mêmes n’étaient pas tous arrivés au sacerdoce !

    Au lendemain des guerres de religion, le service manquant de régularité, Mgr Barthélémy Camelin établit dans une ordonnance du 9 août 1600 que les bénéficiers se répartiraient par deux sixaines qui alternativement assureraient le service religieux avec rigueur ; chaque jour ils devaient célébrer sous peine d’amendes au maître-autel la grand-messe et la messe des anniversaires, aux autels de sainte Anne, de saint Léonce et de sainte Cécile, et la dernière ad libitum. En outre ils sont tenus d’assister au chant des Heures. Mgr Zongo Ondedei les dispensa des offices de la sainte Vierge. Ils faisaient office de diacres et de choristes et remplaçaient parfois les chanoines empêchés. Certaines fêtes leur étaient attribuées exclusivement comme les fêtes des apôtres (sauf les saints Pierre, Paul et Jean) et des évangélistes, où les chanoines ne devaient pas paraître, les bénéficiers occupant leurs stalles.

    Comme les chanoines, ils bénéficiaient en principe d’une maison canoniale et de revenus sur les deux prieurés de Châteaudouble et de la Roque Esclapon sans compter les distributions et autres rétributions liées à leur service mais soumises au jugement des chanoines qui pouvaient sanctionner les absences ou les moindres manquements aux rubriques par des retenues substantielles. Le rapport entre le haut et le bas chœur s’en trouvait régulièrement affecté et, dans ces périodes portées à la chicane, se réglait souvent devant les tribunaux…

    Parmi les bénéficiers des derniers siècles on a gardé les noms de Marc et Léonce Aubert, puis au XVIème siècle de : Honoré Abeille, Pierre Ambrosi, Laurent Antipol, Pierre Aubert, Jean Augiès, Jean-Jacques Bonaud, Olivier Boysson, Jean Clément, Honorat Fenilis, A. Gerra, Pierre Francolis, André M., Pierre Perrache, Pierre Priti, Faustin Rodillat, Honorat Roque, Jean Valhe, au XVIIème siècle de :  Jean Barrelier, Cyprien Baudes, Honoré Bauffre, Honnoré Bonaud, Barthélémy Brémond, Jean Calvy, autre Jean Calvy, Honorat Camelin, Firmin Capellier, Antoine de Caprilis, Emmanuel Carlon, Jean-Antoine Carlon, Jean Chabert, Charles Desidery, Elzéar Desidery, Honoré Faye, Guillaume Garcin, Louis Lieutaud, Barthélémy Lussard, Pierre Maille, Joseph Moret, Joseph Pignan, Jean Pignon, Joseph Pollony, Bernardin Polony, N. de Saint-Pons, Jacques Ravel, Jean Vailhe, Georges Valeye, Etienne Valleye, Jacques Valeÿe, Louis Villy, au XVIIIème siècle :  François Antoine Augery, Joseph Augier, Bernard Barralier, Marc Camelin, Pierre Chaix, Antoine Chautard, Esprit Chautard, Antoine Dolle, Raphaël Gaignard, Honnoré Gavot, César Gay, Jean-Baptiste Victor Jaubert, François Maurine, Balthazar Ourdan, Pierre Pelassy, Jacques Peyronet, Joseph Pignon, Antoine Porre, Joseph Charles Ricaud, Jean-Honoré Roubié, Joseph Roubié, Claude Roustan, Augustin Roux, Guillaume Ryblé, Pierre Ripert, Jacques Saline, Joseph Taxil, Pierre-Louis Turles, Raphaël Valleÿe, Marc Antoine Villy.

    LE CLERGE ORDINAIRE DE LA CATHEDRALE

    Après les bénéficiers viennent les deux curés appelés curieusement en Provence et particulièrement dans le diocèse de Fréjus « vicaires » ou vicaires perpétuels. Ce sont les deux chapelains perpétuels prévus par les statuts de 1235 qui seront chargés de la cure des âmes dans la ville de Fréjus, auxquels le prévôt est tenu d’assigner des revenus suffisants. Ils sont nommés par le chapitre à la pluralité des voix. Eux aussi sont tenus au service du chœur et remplissent les fonctions de prêtre assistant. Comme les bénéficiers ils ont part aux distributions quotidiennes assurées par le chapitre, en plus du casuel. Ils logeaient dans une maison commune.

    A la grand-messe ils assurent l’aspersion du peuple après que le chanoine célébrant ait procédé à celle du chœur, comme le stipule l’antique Directoire de l’Eglise de Fréjus. On s’amuserait à suivre la querelle que leur intenta le chapitre pour savoir s’ils devaient ou non porter l’étole pour ce service, litige digne du Lutrin de Boileau et qui fut résolu d’autorité par une ordonnance de Mgr de Bausset en 1778 !

    Le vicaire de semaine célébrait aussi les offices paroissiaux, célébrait la messe du prône, baptisait, bénissait les mariages et donnait l’absoute aux défunts ; toutefois parce que le chapitre se souvenait que la cure des âmes ne relevait autrefois que de lui, les chanoines s’étaient réservé le droit de donner la communion pascale…

    Parmi ces vicaires on citera : Maurice Didier, André Léget, Jean Villet, Antoine Poulle, Anselme Léget, N. Pelassy, Pierre Revel, Pierre Jean Maunier, Dominique Suffret, François André Viany, Jacques Félix Girardin, André François Vian, Antoine Porre, N. Audibert, Buisson, François Maurine, N. Raybaud.

    Aidant ces vicaires, deux « secondaires » assuraient le service de ce qu’on appelle ailleurs les vicaires, puis deux autres prêtres qui remplissaient les fonctions de diacre, sans compter le prêtre sous-sacristain déjà évoqué. A côté des secondaires N. Taxil, Honoré Pierre Grégoire, Paul Boyer, François Baudoin, François Emphian, Jacques Salepre, N. Meifredy, Pierre Chaix, on rencontre encore des prêtres « résidant sur la ville ou « habitués », voire même un « acolyte habitué ».

    LA MUSIQUE

    La musique de la cathédrale était composée d’un maître de chapelle qui veillait à ce que chacun s’acquitte de son emploi, et qui touchait un traitement de 340 livres, sans compter 24 charges de blé et un pot de vin tous les jours. Comme les autres intervenants de ce type, souvent laïc, il était à la nomination du chapitre et révocable à volonté. Il était chargé de faire chanter tous les dimanches doubles de l’année une messe en musique et le Magnificat en faux bourdon et, les jours de grande fête, deux psaumes en faux bourdon. A la fin du XVIIème siècle, les deux derniers maîtres de chapelle sont des laïcs : les sieurs Gheist puis Jean Dollé, au XVIIIème siècle leur succèdent un clerc tonsuré Louis Raibaud (mort en 1710), puis un prêtre Jean Deshayes (mort en 1746) ; la cathédrale eut le bonheur de compter aussi à ce poste pendant plusieurs années Marc Antoine Augier (ou Désaugiers), né à Fréjus le 16 novembre 1739, avant son départ en 1774 pour Paris où il se fit connaître par plusieurs œuvres qui furent représentées à l’Académie royale de Musique et à l’Opéra comique. Lié d’amitié avec Glück et Sacchini, ce fut pour honorer la mémoire de ce dernier qu’il composa une messe de Requiem ; il mourut à Paris le 10 septembre 1793 ; il est le père de Marc-Antoine Désaugiers, vaudevilliste et chansonnier.

    Un organiste fait partie de la chapelle, qui est toujours un bénéficier depuis que le chapitre a délibéré le 1er août 1625 de réserver la première bénéficiature vacante pour un clerc habile à jouer les orgues. Ainsi Messire Antoine Lambert, mort en 1765 ou Pierre Fruchier, dernier bénéficiaire organiste, originaire du diocèse de Cavaillon, ordonné prêtre à Fréjus en 1782 ; il participa à la rédaction des cahiers de doléances en 1789, prêta serment à la Révolution puis se réconcilia et reprit ses fonctions d’organiste jusqu’à sa mort le 15 juin 1819 ; il légua tous ses biens à l’hôpital de Fréjus. Les premières orgues avaient été établies dans la cathédrale par Mgr Barthélémy Camelin sur une tribune qui dominait le sanctuaire, du côté de l’évangile. Elles furent renouvelées en 1778 et placées à l’entrée de la nef, sur une tribune qu’il fallut établir au-dessus de l’entrée.

    D’autres instrumentistes sont requis puisqu’on sollicite aussi le violon, la contrebasse et surtout le serpent qui était encore en usage au début du XIXème siècle et fut remplacé vers 1850 par l’ophicléide.

    Bien entendu, des chantres complètent l’ensemble. Aux XVIème et XVIIème siècles, après avoir fait leur preuve, les bons chantres sont attachés au chapitre et reçoivent un diplôme de musicien perpétuel avec revenu afférant.

    Enfin, les six enfants de chœur sont recrutés dans les paroisses du diocèse. Leurs parents s’engagent par acte notarié à leur fournir le linge de corps et la première soutane rouge et à laisser l’enfant jusqu’à sa mue. De leur côté les chanoines promettaient de les nourrir, de les habiller, de les chausser, de leur apprendre à lire et à écrire, à chanter et à les soigner le cas échéant. Les drames ne sont malheureusement pas rares comme on le constate avec les décès de  Jean-Louis Monge en 1670, d’Antoine Tardieu en 1698, à l’âge de douze ans, d’Honoré Tremilat en 1705, à neuf ans ou de Joseph Guigou en 1722, à 17 ans. Ils étaient confiés à un maître spécial, souvent un des secondaires de la cathédrale. Au chœur, ils portaient sur leur soutane une aube et une dalmatique de la couleur du jour quand ils servaient à l’autel.

    Le reste du personnel se composait encore d’un sergent du chapitre  et d’un sonneur (Pierre Dollé, Charles Aune, Jacques Maistre, etc.).

  • LA REVOLUTION

    La longue histoire du chapitre de Fréjus fut brisée, comme ailleurs, par la Révolution française. En vue de la désignation de ses députés, les électeurs des sénéchaussées de Draguignan, Grasse et Castellane se réunissent à Draguignan le 7 avril 1789 dans l’église des Frères de la Doctrine chrétienne (actuelle Cour d’assise). Là, le prévôt du chapitre de Fréjus, Jean-Martin Cavalier, essaie de peser sur le vote en écartant les congruistes : ne pouvant être grevés de l'impôt, ils ne peuvent pas non plus le voter ! Tous les curés présents (11) font bloc avec le Tiers État contre le Prévôt, ils signent une protestation disant : "La représentation des cures est plus essentielle à la religion et au peuple que ne le sont le chapitre et le décimateur."

    Après le vote des lois de novembre 1789 abolissant les bénéfices épiscopaux et mettant les biens du clergé à la disposition de la nation, les membres du vénérable Chapitre de Fréjus, reçoivent la notification suivante le 3 mars 1790 : "Tous les privilèges et franchises, étant abolis par décret de l'Assemblée Nationale, Messieurs du vénérable Chapitre de cette cathédrale et autres privilégiés, sont soumis à payer toutes les charges, ainsi et de la même manière que les autres habitants de façon que cet avantage tourne au profit de la communauté et qu'elle en doit retirer le revenu principalement sur les fermes du piquet."

    La sécularisation des biens du clergé avait fait disparaître le chapitre.

    Les membres du Chapitre, bien que n'étant pas soumis à serment (leur institution ayant été dissoute) se réunissent solennellement [...] sous la présidence du Prévôt dans sa salle capitulaire devant les responsables du district et du Conseil Municipal, ils demandent que l'on prenne acte :

    - De la soumission de tous les titulaires de l'Eglise aux ordres du Roi, sous la réserve des droits du Chapitre et du Prévôt en particulier concernant l'exercice de la cure. - Le Prévôt en son nom et en celui des chanoines titulaires demandent à conserver les logements dits de fonction attribués à chacun (Ordre leur ayant été donné de les évacuer avant le 31 décembre pour être vendus comme biens nationaux.)

    - Le Conseil ne peut que constater qu'il n'est pas en son pouvoir de connaître les droits respectifs, des parties concernant l'exercice de la cure, de l'offre faite par tous les anciens chanoines titulaires de continuer provisoirement et individuellement le service de l'église. Il réitère la disparition des Chapitres et demande que Mgr de Bausset se rende au plus tôt à Fréjus, Son absence contribuant à l'interruption du culte.

    Le Prévôt voulait marquer par là que le Chapitre restait fidèle au roi, mais au roi seulement et que les chanoines voulaient bien être utiles mais à titre individuel. Cela laissait entendre que le Chapitre ne se sentait pas engagé par le nouvel ordre. D'autre part, parlant au nom du Chapitre, le Prévôt essayait de persuader les chanoines de ne pas prêter serment à la Constitution civile du Clergé. Il est de fait que si ce serment ne présentait aucune obligation pour les chanoines et les bénéficiers, il aiderait certainement le reclassement dans la nouvelle hiérarchie...

    La loi publiée à Fréjus le 13 janvier 1791, ordonnait le serment dans les huit jours. Le Prévôt avait raison d'être inquiet. Tour à tour devaient jurer publiquement : MM. Maurine, Héraut, archiprêtres, Audibert, supérieur du Séminaire, Jean Rey, économe. Les chanoines J.A.Albin, J.M.Coulomb (théologal), P.L. Cavalier (archidiacre), frère du Prévôt, Chautard. Pour les bénéfïciers JJ.Meyfredy, Freuchier, Ricaud, Charles, Rolland, Reverdit, Gastinel, vicaire.

    (Le dernier état du chapitre était celui-ci : Jean-Martin Cavalier (prévôt), MM.Jean-Léonce Coste, Jean-Baptiste Coulomb (théologal), Jean-Pierre-Léonce Cavalier (archidiacre), Etienne Brieu, Marc-Antoine Albin (sacristain), Charles-Léonce Antelmy, Antoine Chautard, Baliste (Capiscol), Pierre Panisse, Cosme Martinot.)

    Une note plus tardive mentionne les ecclésiastiques percevant un traitement, donc en règle avec les lois nouvelles, on n’y retrouve plus tous ces noms : certains auront déjà quitté Fréjus. Par exemple, le chanoine Jean-Pierre-Léonce Cavalier, réside à Lyon. Son frère le Prévôt, refusant tout serment, quitte la ville le 10 mai 1791 à la veille de l'arrivée de l'évêque constitutionnel Rigouard. Monsieur Laugier commente : "C'est le dernier résistant officiel qui s'en va"

    Les chapitres cathédraux de Fréjus et de Toulon, riches d’une longue histoire, anéantis de fait par la Révolution, disparurent officiellement le 29 novembre 1801 avec la suppression des deux diocèses, à l'occasion du Concordat entre Pie VII et Napoléon.