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Les évêques de Fréjus-Toulon

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Héritiers de ceux de Fréjus, les évêques résident désormais à Toulon sans en relever le titre éteint à l’occasion du concordat avec Napoléon. Ils anticipent de plus de quinze ans le transfert de la préfecture de Draguignan dans la capitale démographique du département. C’est là qu’ils affronteront les secousses qui suivront la deuxième guerre mondiale et les défis du siècle suivant.

 

  • Henri-Louis-Marie Mazerat (succède le 30 juin 1960 - transféré le 11 décembre 1961 sur le siège d’Angers)


    image001Armes : d’azur à une croix d’or (ville de Toulon) cantonnée à dextre d’un mouton d’argent et à la bordure engrêlée de gueules (de Bourges)
    Devise : Cum fide et dilectione.

     

    image002Henri Mazerat naît le 1er août 1903 à Saint-Amand-Montrond (Cher). Il commence ses études à l’Institution Sainte-Marie, de Bourges avant de les poursuivre au lycée Saint-Louis, à Paris. Il intègre ensuite l’Ecole Centrale dont il sort major de sa promotion (1926).
    Il entre alors au séminaire Saint-Sulpice et est ordonné prêtre pour le diocèse de Paris par le cardinal Verdier, le 29 juin 1932.
    Son premier ministère est de vicaire à Sainte-Geneviève de Nanterre, puis la guerre éclate, qui en fait un officier d’artillerie, il en sortira après avoir été prisonnier cinq ans en Allemagne.
    A son retour, en 1945, il est nommé vicaire à la prestigieuse paroisse parisienne de Saint-François-Xavier. En 1947 il est conseiller du clergé de Paris et directeur de l’œuvre des vocations. Le 20 avril 1958 il reçoit sa nomination de curé de Saint-François-Xavier où il ne passera à ce titre que quelques mois puisqu’il y reçoit la même année l’annonce de son accession à l’épiscopat : le 1er septembre 1958, il est nommé coadjuteur de l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Gaudel, avec le titre d’évêque d’Etenna.
    Le sacre d’abord programmé pour le 14 octobre dut être reporté en raison du décès du pape Pie XII (le 9 octobre) et c’est le 25 novembre qu’il reçut l’onction épiscopale dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, des mains du cardinal Feltin assisté de Mgr Lallier et de Mgr Villepelet.
    Il fut présenté à la cathédrale de Fréjus le 7 décembre et dès le lendemain à Toulon.
    Durant deux années il assistera avec beaucoup de délicatesse Mgr Gaudel, dans ce rôle si inconfortable d’évêque coadjuteur. On se souvient en particulier de son engagement généreux auprès des victimes de la rupture tragique du barrage de Malpasset, à Fréjus, le 2 décembre 1959.
    Il succède officiellement à Mgr Gaudel le 30 juin 1960. La préparation du concile Vatican II ne va pas tarder à l’absorber et c’est à un retour de Rome, en décembre 1961, qu’il trouve dans son courrier l’annonce de son transfert à Angers, nomination qu’il accepte en toute obéissance et qui est rendue effective le 11 décembre.
    En février 1962, Mgr Mazerat quitte Toulon après un court pontificat durant lequel les Varois ont pu apprécier l’efficacité et la précision du scientifique tempérées par de réelles qualités relationnelles.
    Il demeura évêque d’Angers jusqu’au 5 juillet 1974, il y mettra en œuvre les orientations du concile Vatican II aux sessions duquel il avait participé. Il avait sacré évêques NN. SS. Bréheret, évêque de Cahors (30 septembre 1962), Derouet coadjuteur de l’évêque de Sées (6 décembre 1970) et Frétellière, auxiliaire de l’archevêque de Bordeaux (7 février 1971).
    Après avoir présenté sa démission, il se retire chez les Petites Sœurs des pauvres, à Paris pour se préparer dans la prière et la souffrance à la dernière étape terrestre.
    Il meurt le 14 septembre 1986. Ses funérailles sont célébrées le 17 septembre dans la cathédrale d’Angers.

  • Gilles-Henri-Alexis Barthe (4 mai 1962 - retiré le 8 février 1983)


    image003Armes : d’azur cantonné à senestre d’une étoile rayonnante d’argent et de trois rayons inégaux posés en barre
    Devise : Respice stellam.

     

    Monseigneur Gilles Barthe est né le 4 juin 1906 à Briatexte (Tarn). Dès son jeune âge les influences humaines orientent son âme vers Dieu : sa famille, le catéchisme fait par son curé, le patronage, mais c’est à onze ans qu’il situe une première « conversion », au moment de sa communion solennelle. A l’issue de ses études secondaires à l’école Sainte-Marie d’Albi, il participe à la retraite de clôture et perçoit alors clairement que sa vie s’oriente vers le sacerdoce. D’autres étapes décisives jalonnent son parcours spirituel, comme la « découverte » de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de sa « petite voie », en 1926. Après sa formation au grand séminaire d’Albi, il y est ordonné prêtre pour le diocèse le 29 juin 1930.
    image004Il est envoyé à Toulouse pour y acquérir la licence de philosophie, puis revient l’enseigner à Sainte-Marie d’Albi.
    Cette période de seize ans sera interrompue par un an de guerre où il est lieutenant d’infanterie et cinq ans de rude captivité. Retrouvant son poste au retour, il continue de s’engager parallèlement auprès des mouvements d’Action catholique.
    En 1948, il est nommé « Directeur des œuvres », ce qui lui permet d’intensifier encore cette attention, notamment dans le cadre de l’Action catholique des milieux indépendants.
    En 1953, l’abbé Barthe devient vicaire général et deux mois plus tard, le 13 mai 1953, évêque de Monaco. Il est sacré dans la belle cathédrale Sainte-Cécile d’Albi le 24 juin 1953 par Mgr Moussaron assisté de NN. SS. Puech et Dubois.
    image005Ses neuf années de service épiscopal dans la principauté lui laisseront assez de loisirs pour lui permettre de développer tout un ministère de prédication à l’extérieur et d’accompagnement spirituel. Dans son diocèse, il conduit une pastorale active particulièrement autour de la catéchèse, de l’Action catholique et de la famille.
    Le 18 avril 1956, il préside le mariage du Prince Rainier avec Grace Kelly et baptisera leurs enfants.
    Mgr Barthe fut transféré sur le siège de Fréjus-Toulon le 4 mai 1962.
    Il participa aux quatre sessions du concile Vatican II où il intervint dans l’aula solennelle à trois reprises.
    Cette expérience qui rejoignait ses premières intuitions pastorales marquera profondément son épiscopat.
    Avec les qualités humaines qui étaient les siennes, de gentillesse, de simplicité, d’humour et sans cesse en activité, il se donna sans réserve et avec ferveur au chantier qui l’attendait dans une période difficile de mutations.
    Il favorisa là encore l’Action catholique, créa le « CDAL » ou Comité Diocésain de l’Apostolat des Laïcs. En 1982 il institua la « diaconie du Var », pour exprimer le primat de la charité et coordonner les multiples initiatives en ce domaine.
    Il sut s’engager sur le terrain social : ainsi le vit-on en tête de cortège lors de la manifestation du 8 février 1966 en faveur des Chantiers menacés de la Seyne.
    En 1965, Monseigneur Barthe consacra son diocèse à la Vierge Marie dont il sentit l’aide tutélaire tout au long de sa vie (« Respice stellam »).
    Il accueillit de nouvelles communautés comme les moniales de Bethléem à La Verne et au Thoronet, les Bénédictines au Bessillon ou la communauté Saint-Jean dont il protégea la naissance à Lérins. Il multiplia la construction de lieux de culte et d’ensemble pastoraux pour répondre aux transformations urbaines considérables d’alors. Il travailla à harmoniser le ministère des prêtres et l’engagement toujours plus marqué des laïcs dans une juste compréhension de la vocation de chacun et sut accompagner avec une sûreté doctrinale et spirituelle sans faille les mouvements parfois déstabilisateurs de cette période ; s’ils l’ont fait souffrir, jamais ils n’ébranlèrent sa sérénité et sa confiance.
    Il conféra l’ordination épiscopale au nouvel évêque de Monaco, Monseigneur Abelé, le 15 octobre 1972.
    Dans une période difficile, Monseigneur Barthe eut à gérer l’accueil de l’archevêque vietnamien de Hué, Pierre Martin Ngô Ðinh Thuc : alors qu’il participait au concile Vatican II, il apprend en novembre 1963 l’assassinat de ses deux frères Ngô Đình Diệm, président de la République du Viêt Nam, et Ngô Ðình Nhu, chef du parti au pouvoir ; abandonné de tous et isolé, il se retrouve dans une situation d’exil en Occident et, au cours de son errance géographique et spirituelle qui le faisait traquer d’hypothétiques image006infiltrations marxistes, se compromet avec le mouvement sectaire espagnol de Palmar de Troya pour lequel une consécration sans mandat pontifical lui valut une première excommunication en 1976 dont il fut relevé deux ans plus tard. C’est alors qu’il s’établit dans un petit appartement de la rue Garibaldi, à Toulon et concélébra encore à la cathédrale la messe du Jeudi Saint 1981 avec Monseigneur Barthe ; mais bientôt l’archevêque multiplia dans son pauvre appartement de nouvelles ordinations illicites dont celles de plusieurs évêques. Parti ensuite aux Etats-Unis, l’archevêque, formellement excommunié en 1983, y mourra l’année suivante après avoir fait amende honorable.
    Est-ce cette expérience douloureuse qui fit pécher Monseigneur Barthe par excès de prudence en interdisant à ses prêtres et à ses diocésains d’assister à une conférence donnée à Toulon par Mgr Paul Seitz, l’intrépide évêque exilé de Kontum ?
    En vertu du motu proprio Ecclesiae Sanctae porté par Paul VI le 6 août 1966, qui fait désormais obligation à tout évêque de présenter sa démission à 75 ans, Mgr Barthe se démet en 1981, mais il faudra attendre la nomination de son successeur le 8 février 1983 pour qu’elle soit effective.
    Bien qu’il lui en coûte, il quitte donc le diocèse le 10 avril suivant, pour se retirer à mi-chemin entre Monaco et Toulon, au Foyer de Charité de Roquefort-les-Pins. Sa retraite ne fut pas pour autant inactive et il se mit au service partout où il pouvait être utile. C’est ainsi qu’au départ de Mgr Brand en 1984, il fut sollicité par le pape pour assurer durant neuf mois la charge d’administrateur apostolique de Monaco, qu’il retrouvait avec plaisir.
    Le 24 juin 1993, avec le diocèse de Fréjus-Toulon, il célébra à la Castille ses quarante années d’épiscopat dans une belle action de grâces.
    image007Quelques jours plus tard, comme il en avait l’habitude, il partit pour le Tarn où il aimait passer le mois de juillet pour y retrouver parents et amis. Le mercredi 14 juillet il alla rendre visite à la communauté des Bénédictins d’En-Calcat où il concélébra la messe, de retour à Albi le soir, à 22h30, à l’heure de dire Complies et sans que rien ne le laissât prévoir, il rendit son âme à Dieu, dans la paix.
    En octobre 1925, se préparant à être tonsuré il écrivait : « Il faut préparer une belle mort par une belle vie... Vivre comme si la mort devait me surprendre à l’instant. ».
    Il fut inhumé dans la cathédrale de Toulon.
    Mgr Barthe était titulaire de la Croix de guerre 1939, officier de la Légion d’honneur, Commandeur émérite de l’Ordre souverain de Malte, commandeur de l’ordre de Saint-Charles.

    Inscription funéraire :
    Monseigneur Gilles Barthe, né le 4 juin 1906 à Briatexte (Tarn), rappelé à Dieu le 14 juillet 1993 à Albi. Prêtre à Albi 1930, évêque de Monaco 1953-1962, évêque de Fréjus-Toulon 1962-1983, père conciliaire à Vatican II. « Non, je ne meurs pas, j’entre dans la vie »

  • Charles-Amarin Brand, auxilaire

    image008Armes : de gueules au chef-bande d’argent chargé en chef d’un nœud trinitaire.
    Devise : In nexu communionis.

    Né à Mulhouse le 27 juin 1920, Charles-Amarin y effectue ses études primaires chez les Frères de la Doctrine Chrétienne et secondaires chez les Assomptionnistes de Scherwiller puis de Miribel-les-Echelles. Il entre au séminaire Saint-Thomas en 1937 et à la faculté de théologie en octobre 1938, institutions évacuées l’année suivante à Royat et à Clermont-Ferrand. Il refuse de rejoindre l’Alsace annexée et poursuit sa formation en Auvergne. Il est ordonné prêtre le 11 juillet 1943, en la chapelle des Sœurs franciscaines de Royat, par Mgr Heintz, évêque de Metz, en présence de Mgr Ruch, malade. Il célèbre sa première messe dans cette même chapelle Saint-François le lendemain. Il se met dès la fin du mois de juillet à la disposition du diocèse de Fréjus-Toulon pour rejoindre Mgr Gaudel dont on sait ce que lui devaient les séminaristes alsaciens. « Ce prêt devait devenir un don, car il "se donna" complètement pour notre diocèse », dira Mgr Madec. Il partage son temps entre le secrétariat de l’évêque et l’aumônerie de l’École militaire enfantine Hériot, repliée à Draguignan. Il entreprend la préparation d’une licence ès lettres et d’un diplôme supérieur de philosophie à la faculté d’Aix-en-Provence. Au printemps 1944, il suit l’École Hériot dans la Vienne et poursuit ses études à Poitiers. En 1994, la commune de La Roche-Posay lui dédia un square en hommage à son engagement d’alors : entre le 27 et le 29 août 1944 il fit office de négociateur entre la colonne allemande Elster et les FFI, et empêcha la mort de trente notables de la ville. En 1945 et 1946, il est membre, puis directeur de la Mission vaticane à Bergen-Belsen, au service des déportés libérés et des personnes déplacées dans la zone britannique en Allemagne.
    Il revient dans le Var à l’automne 1946 pour assumer des charges successives avec discrétion et il deviendra sans le rechercher une référence pour les prêtres du diocèse. Il reprend ainsi ses fonctions de secrétaire de l’évêque, étant concomitamment aumônier militaire des camps de la Région de Fréjus-Saint-Raphaël et de leurs familles. Il forme dans ce cadre de nombreux catéchumènes d’Afrique noire, avec l’aide des Religieuses catéchistes missionnaires de Menton, parmi eux, il aura l’occasion de baptiser le 23 juillet 1950 un certain Jean-Bedel Bokassa... Il soutient en 1954 une thèse de doctorat d’État en théologie sur la christologie de Cassien. Il est nommé vicaire général du diocèse de Fréjus-Toulon en 1955, avec incardination dans ce diocèse. Dans un contexte tendu, il seconde Mgr Gaudel dans la réalisation du transfert du siège du diocèse et la construction de l’évêché à Toulon.
    En 1960, il devient responsable diocésain des aumôneries de l’enseignement public et directeur du Centre diocésain de la Castille, où il s’attache à la promotion du domaine agricole et de la vinification. Il est promu, en 1966, vicaire épiscopal chargé de la pastorale diocésaine et des nouvelles églises, puis de nouveau vicaire général, cette fois de Mgr Barthe, en 1968.
    Il accompagnera avec un dévouement exemplaire la retraite de Mgr Gaudel.
    image009Nommé évêque titulaire d’Uthina et auxiliaire de Fréjus-Toulon le 28 décembre 1971, Mgr Brand est ordonné évêque le 13 février 1972 en la basilique Saint-Pierre de Rome par le pape Paul VI, assisté des cardinaux Alfrink et Conway. Il est alors chargé de l’organisation de la pastorale des réalités du loisir et du tourisme au plan de la région apostolique France-Méditerranée. Il est rappelé en août 1976 dans son diocèse d’origine, devenant évêque auxiliaire de Mgr Elchinger, avec résidence à Colmar. Il devient archevêque de Monaco le 31 juillet 1981 et y met en application la nouvelle convention entre le Saint-Siège et la Principauté. Enfin, il est nommé archevêque-évêque de Strasbourg le 16 juillet 1984, en succession de Mgr Elchinger, et installé dans la cathédrale le 20 octobre 1984. L’érection du diocèse de Strasbourg en archevêché fait de lui, le 8 octobre 1988, le premier archevêque de Strasbourg. image010Ayant démissionné à l’âge de 75 ans, il est maintenu en fonction jusqu’à la nomination de son successeur, le 23 octobre 1997 et se retire avec grande discrétion et une humilité qui l’honore, partageant son temps entre Colmar et Toulouse. C’est là qu’il meurt le jour de Pâques, 31 mars 2013, au milieu de l’après-midi. Selon ses volontés, il est inhumé dans la crypte de la cathédrale de Strasbourg, le vendredi 5 avril 2013.

    Mgr Charles-Amarin Brand était Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre National monégasque de Saint-Charles, Commandeur de l’Ordre du Saint-Sépulcre, Chapelain ad honorem de l’Ordre de Malte, Officier du Mérite Agricole.

  • Joseph-Théophile-Louis-Marie Madec (8 février 1983 - retiré le 16 mai 2000)


    image011Armes : d’argent, à la moucheture d’hermine de sable, accompagné de deux écussons anciens des villes de Fréjus (de gueules à la crois d’argent) à dextre, et de Toulon (d’azur à la croix d’or) à senestre
    Devise : In verbo tuo, laxabo rete. (comme Mgr Jordany)

     

    Joseph Théophile Louis Marie Madec, né le 15 mars 1923 à Ploemel (Morbihan), fait ses premières études à Sainte-Anne d’Auray, avant d’entrer au grand séminaire de Vannes et de poursuivre au séminaire français de Rome où il resta de 1945 à 1950. Il est ordonné prêtre le samedi saint 5 avril 1947 dans la cathédrale Saint-Jean-de-Latran. Il rejoint son diocèse avec une licence de théologie obtenue à l’université grégorienne et une de sciences bibliques accordée par l’Institut pontifical biblique. Il est nommé successivement secrétaire de l’évêché de Vannes, aumônier de lycée, vicaire à Lorient. En 1953 il est affecté au grand séminaire de Vannes où il enseigne la théologie dogmatique avant d’en devenir le supérieur. A partir de 1965 il est en outre chargé de la formation permanente des prêtres. En 1971, les séminaires bretons ayant été regroupés, il prend la responsabilité du second cycle interdiocésain de Rennes. Il est nommé en 1975 vicaire général du diocèse de Vannes. Il devient ensuite recteur de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome de 1980 à 1983. Il est nommé évêque de Fréjus-Toulon le 8 février 1983 et reçoit la consécration épiscopale à Toulon, le 10 avril suivant des mains du cardinal Roger Etchegaray assisté de Mgr Boussard et de Mgr Barthe.
    image012A contre-courant de la crise des vocations qui sévissait en France, il prit la décision courageuse de rouvrir le Grand séminaire en 1983, peu après son installation. Il lui donnera une impulsion décisive qui fit de Fréjus-Toulon un des diocèses les plus actifs. Voici comment, en 2003, Mgr Madec relit cette histoire :
    "Dès les premiers jours de mon ministère épiscopal, il m’a paru important de poser un acte qui réveille la conscience de mes diocésains. Depuis des années, j’entendais proclamer, comme une évidence, qu’il y aurait désormais de moins en moins de prêtres au service de l’Eglise, qu’il fallait donc préparer les communautés chrétiennes, non pas à s’en passer tout à fait – il n’y a pas d’Eglise sans prêtre – mais enfin à s’accommoder d’un nombre beaucoup plus restreint de ministres ordonnés. Et j’ai compris que, dans le diocèse où j’arrivais, beaucoup de prêtres et de fidèles partageaient cette opinion courante.
    Les statistiques du clergé de France et des pays voisins confirmaient d’ailleurs de tels pronostics. Nous assistions, depuis un certain nombre de décennies déjà, et particulièrement depuis les années 1970, à une chute inexorable du nombre des prêtres de nos diocèses en France.
    C’est un peu contre cette mentalité fataliste que j’ai voulu réagir : tout simplement parce que, d’une part, malgré la crise actuelle, je crois très profondément en l’avenir du ministère sacerdotal dans notre Eglise, et que, d’autre part, dans le diocèse où j’arrivais, j’avais le dos au mur. Voici pourquoi.
    Dans le diocèse où j’arrivais en 1983, la situation était détériorée. La crise sacerdotale s’était fait sérieusement sentir dès les années 1925-30 et s’était évidemment accentuée, comme partout, dans les années 1970-80. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui fut très rude en cette région, avait pratiquement tari les vocations sacerdotales au début de ce siècle. Les effets de ce tarissement furent sensibles sur le terrain une vingtaine d’années plus tard. Les annuaires de mon diocèse témoignent d’une chute brutale du nombre de prêtres diocésains dans les dix années qui ont suivi la première guerre mondiale.
    Comment ont réagi mes prédécesseurs ?
    Ils ont essayé de parer aux besoins immédiats en acceptant des prêtres venus d’autres diocèses de France, moins frappés par la crise. Ils ont également fait appel à des congrégations religieuses (Assomptionnistes, Pères du Saint-Esprit, Salésiens, Maristes, Jésuites et Dominicains, etc.).
    Inventer
    image013Une conviction cependant m’habita très rapidement. Ce genre de solution (compter sur les diocèses plus riches ou les congrégations religieuses) devenait aléatoire, au moment où la pénurie des prêtres devenait générale en Europe occidentale. Il ne fallait plus se contenter d’espérer des secours venus d’ailleurs. Il fallait inventer. Or, il devenait possible d’inventer car, dans cette population composite et peu pratiquante (de 2 à 5 % selon les paroisses), les richesses humaines et spirituelles ne manquaient pas.
    Providentiellement, j’ai choisi de faire ma retraite de préparation à l’ordination épiscopale dans un antique haut-lieu de ce diocèse, l’abbaye de Lérins. C’était pendant la Semaine Sainte de 1983.
    J’y ai découvert, avec surprise et beaucoup de joie, un monastère de Cisterciens en plein renouvellement alors que dix ans plus tôt il se préparait à disparaître. Un groupe de jeunes, entré chez les Cisterciens, avait fait œuvre de pompe aspirante et ce monastère moribond venait de retrouver une magnifique vitalité.
    « Ce que ceux-là ont fait, pourquoi pas moi ? », rêvait Ignace de Loyola en lisant les vies de saints. Ce qui est possible à un monastère cistercien ne le serait-il pas à un clergé diocésain ?
    Tenter l’aventure
    image014Ma résolution fut vite arrêtée. C’est à Lérins, au cours de cette retraite, que j’ai pris la décision de me lancer dans une aventure : rouvrir le grand séminaire diocésain, fermé depuis 25 ans. Mon prédécesseur, Mgr Gilles Barthe, m’avait déjà glissé à l’oreille que, s’il avait été plus jeune, il aurait rouvert le Séminaire. Pour ma part, je n’étais plus jeune non plus, car j’atteignais déjà ma soixantième année. Malgré ce handicap, j’ai choisi de tenter l’aventure."
    C’est ainsi que l’année de propédeutique ouvrit ses portes en octobre 1983, en septembre 1984 ce fut le tour de la première année de premier cycle puis, chaque nouvelle année une nouvelle classe s’ajoutait jusqu’à aboutir à la formation d’un séminaire complet de premier et second cycle en 1989.
    Il poursuivit l’accueil de communautés religieuses extérieures au diocèse. C’est lui qui sut ouvrir la porte à des prêtres venant de l’anglicanisme : il les ordonna et les intégra dans son diocèse.
    Le 14 janvier 1996, Monseigneur Madec procéda à la déposition solennelle du corps de sainte Roseline, après reconnaissance et restauration.
    image015Après dix-sept ans d’un épiscopat qui imprimera sa physionomie particulière au diocèse, notamment dans le souci des vocations sacerdotales et du service dans le cadre de la Diaconie, sa démission sera acceptée le 16 mai 2000 (il avait dépassé 77 ans !). Il put alors se retirer dans le diocèse de Vannes.
    image016Brièvement hospitalisé, c’est à Pontivy qu’il ferma les yeux sur ce monde le mardi 5 février 2013. Son corps fut déposé le 9 février dans le caveau des évêques en la cathédrale de Toulon, entre ceux de ses prédécesseurs, Mgr Gaudel et Mgr Barthe. La cérémonie des funérailles fut présidée par Mgr Dominique Rey, en présence du cardinal Bernard Panafieu, et concélébrée par les archevêques de Marseille et de Tours, l’évêque de Vannes, le Très Révérend Père abbé de Lérins et de nombreux ecclésiastiques, en présence d’une foule de fidèles au premier rang desquels les autorités civiles et militaires de la ville.

  • Dominique Marie Jean Rey (nommé le 16 mai 2000)

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    Armes : d’argent au Sacré-Cœur au contour de sable cantonné à sénestre du M de Marie du même, chapé de gueules à dextre et d’or à sénestre
    Devise : Mitis et humilis corde.

     

     

    image018Dominique Marie Jean Rey, fils de Joseph Rey, typographe et de Marie Périer, naît le 21 septembre 1952 à Saint-Etienne dans une famille profondément chrétienne.

    Il fait ses études primaires et secondaires à Saint-Etienne. Il obtient une maîtrise en économie politique à Lyon, puis un doctorat en économie fiscale à Clermont-Ferrand, après quoi il devient inspecteur des impôts de 1976 à 1979 à la Direction générale des Impôts, au ministère des finances et à la Direction de la prévision.
    Ayant fait le choix de la vie sacerdotale, il obtient une licence en théologie et un diplôme en droit canonique à l’Institut catholique de Paris. C’est par pur hasard qu’en visite dans le midi de la France, il assiste sans s’en douter, bien évidemment, au sacre de son prédécesseur, Mgr Madec, le 10 avril 1983.

    Membre de la Communauté de l’Emmanuel, il est ordonné prêtre le 23 juin 1984 pour le diocèse de Paris. Son ministère sacerdotal est partagé entre le diocèse de Paris et la communauté de l'Emmanuel. Il est successivement aumônier du lycée Stanislas à Paris (1984-1985), vicaire à la paroisse Sainte-Marie-des-Batignolles dans le 17e arrondissement de Paris (1985-1986), supérieur des chapelains à Paray-le-Monial (1986-1988) où il accueille à ce titre le pape Jean-Paul II le 5 octobre 1986 et où il développe l’activité du lieu notamment autour d'importantes sessions organisées par la Communauté de l’Emmanuel, prêtre accompagnateur des séminaristes et des prêtres de l'Emmanuel (1988-1995), curé de la paroisse de la Sainte-Trinité à Paris (1995-2000).
    image019Nommé évêque de Fréjus-Toulon par le pape Jean-Paul II, le 16 mai 2000, il est consacré le 17 septembre suivant par le cardinal archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger assisté du cardinal Bernard Panafieu et de Mgr Joseph Madec.

    Dans la lignée de ses prédécesseurs immédiats il développe l’accueil de nombreuses communautés religieuses sur son diocèse, spécialement en provenance d’Amérique latine avec laquelle il entretient des relations étroites. Le séminaire diocésain de la Castille devient un des tout premiers séminaires de France, ainsi, le 27 juin 2010, Mgr Rey y ordonne treize prêtres et vingt-et-un diacres devant plus de 5000 personnes, à l’heure où les autres diocèses de France peinent à assurer le recrutement sacerdotal. Une seconde maison de formation pour les futurs prêtres est même ouverte à Toulon en 2010 : le séminaire diocésain missionnaire Redemptoris Mater Sainte-Marie-Madeleine, sous la responsabilité du Chemin néo-catéchuménal.

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    Il publie un certain nombre d’ouvrages :
    Les Rencontres de Jésus, Emmanuel, Paris, 2006
    Peut-on être chrétien et franc-maçon ?, Salvator, Paris, 2007
    Les Mystères du rosaire, Emmanuel, Paris, 2008
    L’insolence de l’évangile, Onésime, 2008
    Le Prêtre, Tempora, 2009
    Laïcs dans l’Eglise aujourd’hui, Salvator, 2010
    Qui enverrai-je ? Artège, 2010
    Urgence éducative, Salvator, 2010
    L’héritage et la promesse, Editions RCF Méditerranée, 2011
    Peut-on être catho et écolo ? Artège, 2012
    Confidences, Editions Onésime, 2012
    Paroisses, réveillez-vous ! Editions de l’Emmanuel, 2012
    De l’adoration à l’évangélisation, EdB 2013
    Au sein de la Conférence des évêques de France, il est membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes.
    image021Le 15 octobre 2008, un de ses deux vicaires généraux, Don Marc Aillet est nommé évêque de Bayonne.

    Mgr Rey est encore le fondateur des rencontres « Communion évangélisation » : ce réseau rassemble des chrétiens — pour la plupart en dehors des grandes initiatives institutionnelles ou communautaires — engagés ou désirant s’engager davantage dans la « Nouvelle Evangélisation » : ils désirent partager des expériences, découvrir des initiatives innovantes ou créatives, trouver de nouvelles idées pertinentes, prier et se ressourcer pour (re)trouver un nouvel élan missionnaire pour l'Eglise.

    Il crée, à l’ombre de la cathédrale de Toulon, la première paroisse personnelle au service des fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain en France.
    Le 18 mai 2008, à La Castille, il renouvelle la consécration de son diocèse à la Vierge (déjà effectuée par son prédécesseur Mgr Barthe en 1965), devant 4000 à 5000 personnes et le 17 mars 2012, au sanctuaire de Cotignac, il consacre le diocèse à saint Joseph.

    Le 2 mai 2009, il préside la messe de mariage de Jean d’Orléans, « duc de Vendôme » avec Philomena de Tornos Steinhart en la cathédrale de Senlis.
    Mgr Rey crée l’Observatoire socio-politique diocésain et participe activement aux questions de société, avec audace et courage.

    Son indépendance d’esprit dans le gouvernement de son diocèse, sa fidélité au magistère romain, son ouverture à la dimension internationale de l’Eglise placent le diocèse de Fréjus-Toulon dans une situation unique et, à bien des égards, enviable dans le paysage français.
    image022En 2012, il est nommé membre du Synode romain sur la Nouvelle évangélisation par le pape Benoît XVI, et se trouve élu rapporteur d’une des commissions francophones.
    Le 6 février 2014, il est nommé par le pape consulteur au Conseil pontifical pour les laïcs.
    Le vendredi 13 novembre 2015, dans la cathédrale de Toulon, il signe avec l’archevêque melkite Jean-Abdo Arbach l’acte de jumelage du diocèse avec celui d’Homs, en Syrie.