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Les évêques de Fréjus et Toulon

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 Ce siècle qui va de 1852 à 1958 est marqué par l’affrontement avec une République laïciste avant la réconciliation nécessaire face aux drames des deux guerres mondiales.

 

  • Joseph-Antoine-Henri Jordany (6 novembre 1855 – retiré le 4 avril 1876)


    image002Armes : tiercé en fasce : au 1 d’azur à trois étoiles d’argent, rangées en fasce ; au 2 d’argent plain ; au 3 à la mer d’azur dans laquelle nage un poisson d’argent.
    image001Cet écusson est surmonté d’un petit écu placé dans le cartouche : d’azur au monogramme de la Vierge, de sable soutenu d’un croissant d’argent.
    Devise : In verbo tuo laxabo rete. (Lc V 5)

    image003Au départ de Mgr Wicart, une démarche de bon nombre de prêtres du diocèse, appuyée par M. Fourtoul, ministre de l’Instruction publique et des cultes, amena à la présentation, le 6 novembre 1855, de M. Jordany, chanoine de la cathédrale de Digne et ancien supérieur du grand séminaire de cette ville.
    L’annonçant dans leur mandement du 29 janvier 1856, les vicaires capitulaires louent « la pureté de sa doctrine, son attachement invariable au siège de Pierre, la puissance de sa parole, l’ardeur de son zèle, la sagesse de ses desseins, son expérience consommée, la douceur et l’aménité de son caractère. »
    Né à Puymoisson (Basses-Alpes) le 13 septembre 1798, il avait été baptisé en secret par un prêtre insermenté à Moustiers, village de sa mère. Il entra en 1816 au séminaire de Digne dont son grand oncle, ancien supérieur du séminaire de Riez, était chanoine. Il fut ordonné prêtre le 16 juin 1821. Il montra dans ses différentes fonctions une énergie et un talent qui lui valurent d’assumer les plus hautes charges du diocèse.
    Préconisé par Pie IX le 20 décembre 1855, il fut sacré dans l’église Saint-Sulpice de Paris le 25 février 1856 par Mgr Sibour, son ancien évêque, assisté de Mgr Menjaud et de Mgr Meirieu.
    Un de ses premiers actes fut de bénir le nouveau petit séminaire de Brignoles, le 12 mai 1856, et son dernier, de bénir le petit séminaire de Grasse reconstruit par ses soins, en avril 1876.
    image004En 1859, Mgr Jordany eut l’opportunité de racheter l’île de Saint-Honorat. L’antique abbaye avait été supprimée en 1787 et l’île mise aux enchères en 1791 ; un neveu de dom Alziary, dernier économe du monastère, Jean-Honoré Alziary de Roquefort, bourgeois acquis aux idées révolutionnaires, devenu administrateur du Var, l’avait achetée pour le compte d’une de ses soeurs, Marie-Blanche, plus connue sous le nom de « La Saint Val », actrice de la Comédie française qui avait défrayé la chronique, y vécut quelques années et, devenue pieuse sur le tard, manifesta le désir de restaurer une chapelle pour y faire dire la messe et confirma ses bonnes dispositions en offrant à Mgr de Richery une relique de saint Honorat... Revendue, l’île tomba finalement entre les mains d’un ministre anglican, le révérend Henry Sims auquel un habitant de Draguignan, Lewis Augier, la racheta en 1859 pour le compte de Mgr Jordany. Le diocèse, devenu propriétaire, l’évêque eut la joie d’en prendre solennellement possession et d’y rendre l'église au culte. Après y avoir accueilli les Frères agriculteurs, il demandera à Dom Barnouin, le restaurateur de la vie monastique cistercienne à Sénanque, de rétablir une communauté sur l'île, qui s’y établit en novembre 1869. Mgr Jordany l’installa solennellement le 30 septembre 1872.

    image005Sa propriété familiale de Ségriès, (à Moustiers-Sainte-Marie) sera plus tard confiée aux moines de Lérins qui y établirent un petit monastère qui devint propriété du diocèse de Fréjus-Toulon et fut vendue à un particulier dans les années 1960.

    En 1859, le Père Lacordaire avait, de son côté, racheté l’ancien couvent de Saint-Maximin, Mgr Jordany y procéda en 1860 à la translation solennelle de la tête de sainte Marie-Madeleine dans sa nouvelle châsse.
    Mgr Jordany eut l’occasion d’accueillir Napoléon III à Toulon, venu inaugurer les travaux d’urbanisme le 11 septembre 1860 et, à cette occasion, fut fait chevalier de la Légion d’honneur. C’est dans cette ville, qu’il témoigna encore sa sollicitude pastorale aux populations atteintes du choléra en 1865, le chanoine Jean-Baptiste Tardieu qui l’accompagnait le paya de sa vie.
    Il se rendit plusieurs fois à Rome : en 1862 pour la canonisation des martyrs japonais, en 1867 pour les canonisations célébrées en la fête de saint Pierre et, bien sûr, en 1870 pour le premier concile du Vatican où ses sentiments entièrement dévoués au Saint-Siège le placèrent dans la majorité des Pères.
    A Fréjus, il rétablit les Conférences ecclésiastiques suspendues depuis des années et fonda en 1866 la Semaine religieuse de Fréjus, une des premières de ces publications régulières qui firent alors leur apparition dans les diocèses de France.
    image006Avec le séminaire, les relations ne sont plus celles du temps de Mgr Wicart : en 1856, Mgr de Mazenod annonce à Mgr Jordany qu'il rappelle le supérieur à cause des «petits nuages qui se sont élevés contre notre bon Lagier qui a eu vraisemblablement le tort d'exprimer trop ouvertement son opinion sur l'opportunité de l'admission dans vos conseils de tel personnage très recommandable d'ailleurs». Il s'est créé ainsi des inimitiés qui rendent difficile la continuation de sa charge.
    Le père Magnan, nommé alors supérieur (le séminaire compte alors 57 séminaristes) ne fut jamais aimé de Mgr Jordany. Il fallut le remplacer en 1859. Dans le compte rendu du conseil général des Pères Oblats, le 26 septembre 1858, on lit ceci à son sujet: le père Magnan recevra «quelques avis un peu serrés au sujet de la négligence qu'on lui reproche dans l'accomplissement de ses devoirs de supérieur». Son successeur, le père Balaïn fut autrement apprécié de l’évêque avec lequel il collabora pour la construction d'une belle chapelle au séminaire dont les séminaristes furent expulsés lors de la guerre de 1870 pour faire temporairement place à l’armée. Une visite canonique des Oblats note à cette époque la faiblesse des études qu’on impute à celle « des études classiques faites à l’un et l’autre petit séminaire » de Brignoles et de Grasse. Quelques mésententes se produisirent pourtant en 1871 et surtout en l874 où les Oblats notent qu’influencé par son entourage, «Mgr Jordany a exprimé à son sujet des plaintes, sans fondement mais de nature à rendre désormais impossible les relations de confiance qui devraient toujours exister entre un évêque et le supérieur de son séminaire, membre de son conseil». Monseigneur l'accusait, entre autres, «de démontrer trop d'intérêt à la jeunesse et peut-être quelquefois avec un peu de partialité», mais au conseil général de la congrégation du 17 juin 1874, on conclut que «ceci peut être l'objet d'une admonition et non d'un changement».
    image007Père bienveillant et aimé de tous, il sentait le poids de l’âge et ses forces diminuer, il souhaita alors se retirer pour permettre à un évêque plus jeune de gouverner le diocèse ; le pape l’ayant autorisé, il le fit savoir à ses diocésains fin mars 1876 et quitta Fréjus dans la nuit du 31 mai, le plus discrètement du monde.
    C’est à Riez, près de son pays natal, où il avait élu domicile, qu’il mourut le 25 octobre 1887 après une humble retraite. Il fut inhumé dans la cathédrale de Riez.

     

     

     

     

     

    Inscription funéraire :

    HIC PLACIDA PACE QUIESCIT
    IN ANTIQUO REIENSIUM EPISCOPORUM SEPULCRO
    ILL. AC RR. HENRICUS JORDANY
    PODIO MUXONIS NATUS D. 13 SEPT. 1798
    EPISCOPUS FOROJULIENSIS CONSECRATUS PARISIIS
    D. 20 FEBR 1856
    DOGMATI INFALLIBILITATIS SS. P.
    RELIGIOSE SUFFRAGATUS EST
    IN CONCILIO VATICANO ;
    ECCLESIAM SUAM CARISSIMAM FELICITER REXIT
    ANNOS VIGINTI
    CUI PLENUS DIERUM ET MERITIS AUCTUS
    HUMILLIME VALEDICENS
    CIVITATEM REIENSEM PETIIT
    UBI VITAM ABSCONDITAM CUM CHRISTO
    DILECTUS DEO ET HOMINIBUS
     CUJUS MEMORIA IN BENEDICTION EST
    SANCTO FINE QUIEVIT D. 25 OCT. 1887
    AETATIS SUAE NONAGESIMO.

    ORATE
    PRO EO

    (Ici repose d’une douce paix dans l’ancien tombeau des évêques de Riez l’illustrissime et révérendissime Henri Jordany, né à Puymoisson le 13 septembre 1798, consacré évêque de Fréjus à Paris le 24 février 1856, qui apporta pieusement son suffrage au dogme de l’infaillibilité du Très Saint Père au concile du Vatican. Vingt ans il dirigea avec bonheur sa très chère Eglise que, rassasié de jours et comblé de mérites, il quitta humblement pour gagner la cité de Riez où il mena une vie cachée avec le Christ, aimé de Dieu et des hommes et dont la mémoire est en bénédiction. Il mourut saintement le 25 octobre 1887 à 90 ans. Priez pour lui.)

  • Joseph-Sébastien-Ferdinand Terris (17 mars 1876 - mort le 8 avril 1885)


    image008Armes : écartelé aux 1 et 4 d’or à trois taupes de sable, deux et une (de Terris), au 2 d’azur fretté de 8 pièces d’argent (d’ Anselme de Venasque, famille de sa mère), au 3 d’azur au châtaigner arraché et fruité d’or soutenu d’un croissant d’argent (de Chaternet, famille de son aïeule)
    Devise : Nocte ac die. (Act. Ap. XVI 7)

    image009Né à Bonnieux (Vaucluse) le 20 janvier 1824, il est le fils de Jean-Baptiste Terris et de Félicité d’Anselme dont les familles s’honorent d’une antique ascendance, irlandaise (O'Terris) du côté paternel et florentine du côté maternel (La mère de notre évêque est une lointaine parente - au 19ème degré - du général des troupes révolutionnaires Jacques d’Anselme (1740-1820) dont l’armée avait poussé Mgr de Bausset-Roquefort sur les routes de l’exil).
    L’abbé Terris après des études à Avignon puis au séminaire de Saint-Sulpice à Paris est ordonné prêtre le 29 mai 1847 dans la capitale par Mgr Affre. Revenu alors dans son diocèse, il fut nommé après quelques années d’un vicariat actif, curé-doyen de Cavaillon en 1858 et chanoine honoraire ; réputé pour ses talents oratoires, il prononce le 2 octobre 1863 l’oraison funèbre de son archevêque Mgr Debelay, dont il semble avoir été proche, à la métropole d’Avignon. En 1867, il est nommé curé archiprêtre de Saint-Siffrein de Carpentras.
    C’est dans cette ville qu’il est sacré le 29 juin 1876 par l’archevêque d’Avignon Mgr Dubreil, assisté par NN. SS. Meirieu et de Cabrières, après avoir été nommé le 25 mars, préconisé le 7 avril et avoir fait une retraite à Saint-Maximin auprès des reliques de sainte Marie-Madeleine.
    Il fait son entrée le 8 juillet 1876 à Fréjus et se consacre désormais tout entier à son diocèse, le visitant jusque dans ses paroisses les plus reculées, consacra plusieurs églises nouvelles (Les Arcs, Collobrières, Saint-Cyr, Rians), fonda une maison pour les prêtres malades à Cannes, y créa deux nouvelles paroisses (Sainte-Marguerite de la Bocca et Notre-Dame des Pins).
    En 1877, après sa visite ad limina, Mgr Terris reçut les titres de Prélat de la maison de Sa Sainteté, d’assistant au trône pontifical et de comte romain (bref du 16 mars). 
    Le 25 février 1878, la cathédrale de Fréjus vit le sacre par le cardinal Guibert, archevêque de Paris, du supérieur du séminaire, le Père Balaïn, élevé sur le siège de Nice, dont Mgr Terris fut le deuxième co-consécrateur.
    Le 11 juillet 1879, l’évêque approuva le nouveau propre du diocèse rendu obligatoire par l’ordonnance du 6 janvier 1880. Il travailla encore à la révision du catéchisme, au soutien des séminaires et tint deux synodes le 25 septembre 1880 et le 23 septembre 1882.
    image010Mgr Terris fut un évêque actif et volontaire dont le tempérament pouvait être jugé autoritaire par ceux qui avaient à s’en plaindre ; ainsi en va-t-il du préfet de Nice, le comte Raguet de Brancion, en poste de 1879 à 1882, qui déplore dans une lettre confidentielle du 5 juin 1880 au ministre de l’Intérieur et des Cultes : « L’évêque de Fréjus, esprit très violent, ne perd pas une occasion de prouver son hostilité contre les institutions républicaines et de susciter des conflits avec l’administration. Il serait donc, selon moi, absolument nécessaire de soustraire à son autorité l’arrondissement de Grasse dans lequel ce prélat ne pourra que nous créer des embarras. » Le même, dans sa réponse à l’enquête diligentée en 1882 auprès des Préfets par Paul Bert, ministre de l’Instruction publique, sur le personnel épiscopal, insiste : « Je pense que mon collègue, le Préfet du Var, vous donnera les renseignements que vous désirez sur l'évêque de Fréjus. Depuis trois ans je n'ai eu avec ce prélat que des rapports par correspondance. Ces rapports, tout en étant courtois, m'ont laissé l'impression que Mgr Terris devait être un prêtre ardent et autoritaire, je le crois même susceptible, à un moment donné, de se laisser entraîner par son argumentation au point de perdre la mesure du juste et même de dénaturer la vérité. J'ai entendu parler de Mgr Terris dans le département du Vaucluse où il était curé de Carpentras, il a été nommé évêque peu avant mon arrivée sur les instances de mon prédécesseur, M. Doncieux, et sur la proposition de l'archevêque, Mgr Dubreil, qui ayant eu quelques difficultés avec lui était bien aise de l'éloigner de son diocèse »...
    Il est vrai que Mgr Terris eut à essuyer les premières mesures vexatoires d’un Gouvernement de plus en plus hostile : arrêtés d’interdiction des processions, laïcisation des écoles communales, enrôlement des séminaristes, imposition de manuels d’instruction civique tendancieux, etc.
    En 1880, on déjoua une première tentative du gouvernement français pour enlever l'enseignement aux religieux. Par lettre du 4 octobre 1880, le ministre des cultes demanda à Mgr Terris de confier le séminaire au clergé diocésain. Le 20 octobre suivant, le préfet du Var signait un «arrêté de dissolution» de la communauté des Oblats du séminaire. Mais ceux-ci répondirent, le 30 octobre, qu'ils faisaient partie du clergé diocésain par indult de sécularisation du pape. Le 1er décembre, le préfet fit alors savoir au supérieur, le Père Rambert que l'application du décret de dissolution était reportée et que les directeurs pouvaient continuer leur tâche. Est-ce à cause de ces menaces qu’on lit dans une lettre du Père Chevalier OMI, en 1882, qu'il y a tension entre le supérieur du Grand séminaire et Mgr Terris qui veut confier «la haute direction» du séminaire à deux chanoines, selon les prescriptions du concile de Trente alors que Mgr Wicart avait exempté les Oblats de cette prescription. Le père Louis Soullier fit alors une visite canonique et on résolut de demander un indult à Rome.
    En mars 1882, le peintre lyonnais Louis Janmot qui peint son portrait décèle déjà que "ses traits sont alourdis, vite éteints... On croit surprendre avec peine que jadis son intelligence comme sa parole eurent plus de mordant". En effet, après des années de labeur incessant où il ne cessa de sillonner le diocèse, l’évêque fut atteint d’une attaque de paralysie en 1883, qui l’affligea jusqu’à sa mort prématurée, à Fréjus, le 8 avril 1885 : « Partons pour le ciel ! » furent les derniers mots laissés à son entourage. Ses obsèques furent présidées par l’archevêque d’Aix. Le futur cardinal de Rovérié de Cabrières qui fut l’un de ses co-consécrateurs prononça l’oraison funèbre de sa messe de quarantaine.
    Il fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale quelques jours plus tard, comme pour Mgr Michel, le temps d’aménager un caveau, du côté de l’évangile. Il avait nommé son neveu Paul Terris (1842-1904) chanoine de Fréjus et vicaire général. Son arrière petit-neveu, Dom Marie-Bernard de Terris, sera bénit abbé de Lérins le 18 janvier 1959.

    Inscription funéraire : Hic jacet Josephus Sebastianus Ferdinandus Terris episcop. Forojul. Ac Tolon. Obiit VI idus aprilis an. D. MDCCCLXXXV.

  • Frédéric-Henri Oury (2 mars 1886, transféré le 3 juin 1890 au siège de Dijon).

    Armes : tailimage011lé cousu de gueules à la croix latine d'or, et d’azur à l’ancre d'argent
    Devise : Utrique fidelis.

     

    image012Né à Vendôme le 3 mai 1842, fils de René Oury et Catherine Barbet, après des études au collège de Blois puis de Précigné, Frédéric Oury entra au séminaire du Mans et fut ordonné prêtre pour ce diocèse le 23 septembre 1865. Il fut un temps vicaire à la Ferté-Bernard. Devenu en 1869 aumônier dans la marine, il servit pendant seize ans presque sur toutes les mers du globe : on le trouve sur la corvette cuirassée « Jeanne d’Arc », puis deux ans en Indochine avec les troupes à terre, quelques mois aumônier de l’hôpital de Saint-Mandrier, en 1884 aumônier de l’Ecole navale sur le « Borda ». Il y gagne la Légion d’honneur et bientôt sa nomination comme évêque de Guadeloupe et Basse-Terre le 31 décembre 1884, confirmée le 27 mars suivant. Plus jeune évêque de France, il est consacré le 21 juin 1885 dans la cathédrale du Mans par trois futurs cardinaux Mgr Guilbert, assisté de Mgr Couillié et de Mgr Labouré.
    Mais des difficultés budgétaires empêchèrent son installation et provoquèrent son transfert à Fréjus où il est nommé le 2 mars 1886, il est confirmé le 10 juin et installé seulement le 16 septembre.
    Le 28 août, la Semaine religieuse de Fréjus écrivait : « Ce retard surprenant provient uniquement des formalités que la Nonciature apostolique doit accomplir pour opérer la disjonction de l’arrondissement de Grasse d’avec le diocèse de Fréjus et l’annexion de cette région au diocèse de Nice. Nous n’avons jamais parlé de cet événement que nous redoutions depuis longtemps et qui est aujourd’hui définitivement décrété. ». En effet, il avait fallu plus d’un an pour pourvoir au remplacement de Mgr Terris. Profitant de la vacance du siège, le gouvernement avait du faire vite cependant pour mener à terme ce projet auquel aussi bien Mgr Jordany que Mgr Terris n’avaient voulu consentir. Déjà en 1877, le choix du gouvernement pour le siège de Nice du chanoine Matthieu Balaïn OMI, vicaire général, et supérieur du Grand séminaire de Fréjus depuis 1857, avait été en partie motivé par cette entreprise qui visait à casser les aspirations sécessionnistes d’un clergé niçois jugé trop italianisant. On a vu comment l’administration jugeait Mgr Terris à cet égard. Rome accepta sans faire de difficulté la requête gouvernementale. La bulle de nomination de Mgr Oury comporte donc l’incorporation au diocèse de Nice de l’arrondissement de Grasse (avec ses trois anciennes villes épiscopales d’Antibes, de Grasse et de Vence), à l’exclusion du territoire de l’île Saint-Honorat. Deux jours après, le 12 juin, un décret présidentiel lui donna force de loi. Mais il fallut attendre la proclamation solennelle du décret consistorial à Nice par l’évêque de Marseille, comme délégué du nonce apostolique, le 1er septembre 1886, et son application, pour permettre à Mgr Oury de prendre possession d’un diocèse amoindri.
    image013Le nouveau promu, à qui l’on trouve un « port dégagé » et des « allures militaires », fait son entrée à Fréjus le 16 septembre et dans la cathédrale de Toulon dont il porte aussi le titre, le 1er octobre 1886.
    Il fera un court séjour de quatre années seulement sur le siège de Fréjus où l’autorité républicaine le jugea beaucoup plus coopératif que ne l’avaient été Mgr Jordany et surtout Mgr Terris, le Préfet témoigne qu’il avait su « modérer les exaltés »...
    Effectivement, Mgr Oury faisait partie de ces rares prélats français qui avaient su gagner les bonnes grâces de la Direction des cultes dans un climat de tension croissante entre l’Eglise et la République. On lit dans un rapport du Préfet daté du 8 juillet 1888 : « Le trait principal du caractère de ce prélat est un véritable esprit de conciliation, soit au point de vue personnel, soit au point de vue administratif... Très courtois, d’une bienveillance plus humaine que religieuse, c’est là son côté original, Mgr Oury évite avec soin les petites difficultés et tout ce qui peut ressembler à une opposition mesquine et systématique. Il défend ses prêtres lorsqu’ils sont attaqués ; mais il le fait avec tact et mesure, comme un chef de service et non comme une puissance ennemie... Il garde en politique la neutralité la plus absolue, il est plus correct que bien des fonctionnaires civils. A mon avis, il est sur la limite extrême des bonnes relations qu’un évêque peut avoir avec l’administration sans être critiqué par son clergé dont quelques membres d’humeur militante le traitent d’opportuniste. ». On comprend pourquoi (« Utrique fidelis »...) c’est lui qui fut choisi pour entériner la soustraction de l’arrondissement de Grasse et pourquoi dès la mort de l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Guilbert en août 1889, son nom sortit encore dans un jeu complexe de nominations au cours de négociations serrées entre la nonciature et le gouvernement, qui l’aurait bien vu à Chartres.
    Pendant ce temps, après avoir découvert son diocèse, Mgr Oury accomplissait sa visite ad limina fin 1888 d’où il recevrait les titres de Prélat de la maison de Sa Sainteté, d’assistant au trône pontifical et de comte romain, ce qui semble devenu une habitude pour les évêques de Fréjus...
    Les relations avec le séminaire semblent encore connaître quelques difficultés : à son arrivée à Fréjus, Mgr Oury fut prévenu contre le supérieur par son entourage. On lui reprochait de ne pas laisser aux élèves le choix de leur directeur spirituel, d'avoir aménagé la chapelle d'une façon luxueuse, de ne pas avoir approuvé quelques décisions du conseil épiscopal, etc. Le conseil général allait décider le remplacement du supérieur, le Père Rambert, lors qu'on apprit son décès le 12 juillet 1889. Les choses s’apaisèrent avec son successeur. Il s’employa cependant à assurer les ressources nécessaires qui désormais ne provenaient plus de l’Etat pour soutenir et le séminaire et les prêtres âgés du diocèse.
    Le 25 octobre 1889, il prononça l’oraison funèbre de Mgr Jordany, son prédécesseur dans la cathédrale de Riez.
    Les tractations se poursuivaient pour trouver un archevêque à Bordeaux : le conciliant Victor Lécot, pressenti, fit savoir que Mgr Oury était le prélat le plus à même de poursuivre sa politique à Dijon, pendant qu’arrivaient à la Direction des cultes les recommandations les plus élogieuses sur un certain vicaire général de Soissons. Le 1er juin l890 un courrier partait de la nonciature expliquant le risque qu’un refus de la part du Saint-Siège bloque pour longtemps le train de nominations, la réponse positive arrivait de Rome le 4, et le 6 juin 1890 le Journal Officiel publiait la nomination de Lécot à Bordeaux, d’Oury à Dijon (préconisé le 26 juin) et de Mignot à Fréjus.

    image014Mgr Oury ne restera pas très longtemps non plus en Bourgogne puisqu’on le transfèrera encore à Alger dont il deviendra l’archevêque par nomination du 8 juillet 1898 et confirmation du 28 novembre suivant. Il ne se plut jamais à Alger où il avait été nommé contre l’avis du clergé local et où il rencontra de nombreuses difficultés qui le contraindront à présenter sa démission « pour raisons de santé » dès septembre 1905. Elle ne prit effet que le 15 décembre 1907. Le 29 avril 1909 il reçut le titre d’archevêque in partibus de Ptolemaïs de Thébaïde. D’abord retiré dans la petite commune de Conflans-sur-Anille, dans la Sarthe, il établit sa retraite dans la banlieue de Dijon où il passa ses dernières années. Il s’éteint à Marseille le 6 février 1921 à l’âge de 78 ans, dans la famille d’Henri Durand (frère de l’évêque d’Oran et neveu du doyen du chapitre de Fréjus, le chanoine Victor Durand) connue dans le Var, où il avait coutume de passer chaque hiver. Ses funérailles solennelles furent célébrées dans la cathédrale de Dijon. 
    Durant son épiscopat de plus de 35 ans, il avait consacré évêques NN SS Jean-Baptiste Frérot, Pierre-Emile Rouard et François Maillet.

  • Eudoxe-Irénée-Edouard Mignot (6 juin 1890 - transféré le 7 décembre 1899 à Albi)


    image015Armes : tranché d’or à la croix potencée de gueules, et d’azur au rameau d’olivier d’argent posé en bande
    Devise : In veritate et in pace.*

     

    image016Eudoxe Edouard Irénée Mignot naît le 20 septembre 1842 à Brancourt (Aisne), fils unique de l'instituteur de la localité et d’une mère pieuse et exigeante. Il est baptisé le 4 octobre suivant sous les noms d’Edouard Irénée Eudoxe. Il reçoit de son curé des cours de latin et de grec et entre en quatrième au petit séminaire Saint-Léger de Soissons, en 1856. Il poursuit ensuite ses études au grand séminaire d'Issy où il entre en 1860. A Saint-Sulpice, il a pour condisciples le futur Mgr d'Hulst, le futur cardinal Labouré, ou Félix Jourdan de la Passardière. Il y est initié aux questions de critique textuelle et découvre Newman et Renan. Sensible aux exigences scientifiques modernes, il reste cependant attaché aux formes de la foi de l’ancienne France (liturgie gallicane, plain-chant français, port du rabat dont il considère qu’il est « la dernière des libertés gallicanes »...). Eudoxe-Irénée Mignot est ordonné prêtre à Arras le 23 septembre 1865 par Mgr Parisis (l'évêque de Soissons, Mgr Dours étant en vacances). Il est successivement professeur de cinquième au petit-séminaire Notre-Dame de Liesse (1865-1868), vicaire à Saint-Quentin (1868-1871), desservant de Beaurevoir (1871-1875), aumônier de l'Hôtel-Dieu de Laon (1875-1878), curé-doyen de Coucy-le-Château (1878-1883) puis de La Fère. C’est au cours de ses premières années de sacerdoce qu’il eut l’occasion de faire un pèlerinage en Terre Sainte, qui ne fit qu’aiguiser son intérêt pour les questions bibliques.Il devint vicaire général de Mgr Thibaudier, évêque de Soissons, et archidiacre de Laon en 1887. Au transfert de son évêque sur le siège archiépiscopal de Cambrai en février 1889, il assume la gestion du diocèse.
    image017Il est choisi le 6 juin 1890 comme évêque de Fréjus, nommé par le pape le 26 juin, sacré le 31 août dans la cathédrale de Soissons par Mgr Thibaudier, archevêque de Cambrai, ainsi que par le futur cardinal Sourrieu, évêque de Chalons et Mgr Péronne, évêque de Beauvais. Il fait son entrée à Fréjus le 18 septembre 1890.
    Resté étranger aux démonstrations méridionales de son diocèse d’adoption, il sut cependant conquérir les cœurs par sa prestance et surtout sa bonté et éblouir son clergé par la qualité de ses lettres pastorales. Il mettait au service de sa science une puissante capacité de travail, et la traduisait dans une langue magnifique, qui fit la réputation de son éloquence aussi bien que de ses écrits.
    Le congrès régional des Cercles catholiques tenu à Toulon en février 1891 fut à l’origine de la création du quotidien La Croix du Var, que Mgr Mignot ne manqua jamais d’encourager.
    En 1893, il offrit aux Oblats de Marie Immaculée qui avaient déjà la responsabilité du Grand séminaire, de prendre la direction d'un petit séminaire qu'il voulait ouvrir à Fréjus, comme complément de celui de Brignoles.
    benediction Mgr Mignot 350Malgré les tensions croissantes entre le gouvernement français et l’Eglise, il rencontra le Président de la République Sadi Carnot lors des fêtes franco-russes de Toulon en octobre 1893 en présence duquel il bénit le nouveau cuirassé, le Jauréguiberry, et prononça un discours apprécié sur les rapports entre l’Eglise et l’Etat, qui le fera désormais connaître bien au-delà des frontières de son diocèse.
    Le Correspondant lui offrit aussi une tribune avec un article signé de sa main sur l’évolutionnisme.
    En 1896, Mgr Mignot qui avait manifesté son attachement à Léon XIII lors de son jubilé épiscopal reçut de lui les titres d’assistant au trône pontifical, de Prélat de Sa Sainteté et de comte romain.
    En 1898, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur.
    Le 7 décembre 1899 on le nomma archevêque d’Albi pour lequel il fut préconisé le 14. La veille, 13 décembre, il a la délicatesse de nommer chanoine honoraire le curé de Vinon, l’abbé Hippolyte Arnaud, neveu de son successeur (il mourra curé de Saint-Raphaël en mai 1902). Il quitta sa ville de Fréjus le matin du mercredi 14 février 1900.
    image018Ami personnel d’Alfred Loisy, Mgr Mignot fut l’un des rares membres de l’épiscopat français qui, sans épouser les thèses modernistes, tenta de soutenir avec plus de sincérité que de compétence théologique un homme qu’il estimait. Son attitude originale, à ce propos donna prise à certaines controverses et révèle un homme soucieux de concilier foi et raison dans une recherche intellectuelle permanente et inquiète, désireux de gagner à la foi une élite qui semblait s’en éloigner et surtout un homme d’une infinie délicatesse et d’une indéfectible fidélité en amitié, qui ne lui épargna ni erreurs ni déconvenues.
    Déployant un ministère actif et diversifié, il montra une attention particulière aux études bibliques et une grande ouverture aux questions de société : parfois tiraillé dans sa double fidélité à l’Eglise et à sa patrie, il joua un rôle important et controversé dans les affaires religieuses de la France de 1890 à sa mort, à Albi le 18 mars 1918.

    * L'adoption pour sa signature d'évêque du double prénom Eudoxe Irénée et l'adoption comme devise de la formule "In Veritate et in Pace" qui en est une traduction directe, procèdent d'un choix délibéré. A la fin de sa vie, l'archevêque d'Albi mesurera l'ambition, l'inachèvement et sans doute aussi la vanité de ce programme. Répondant à une de ses dirigées qui l'interroge sur le sens de sa devise il écrit :
    « Je vais vous dire simplement que, si je n'avais pas de respect humain [...] je changerai de devise et mettrais à la place : In fide et in pace. La paix de l'âme et de l'intelligence par la foi ! [...] Si le silence des espaces infinis effrayait Pascal, le silence de l'Absolu m'épouvante. [...] Nous ne savons de Dieu que ce qu'il a voulu nous apprendre lui-même ; d'où la nécessité de retomber dans le domaine de la foi : d'où l'In fide et in pace ; in pace per fidem. »
    (Lettre à Mlle de Coninck, 31 octobre 1915)

  • Aloys-Joseph-Eugène Arnaud (7 décembre 1899 - mort le 17 juin 1905)

    image019Armes : d’or à la montagne de gueules surmontée d’une étoile du même (de Roquevaire) au chef d’azur chargé du chrisme accosté à dextre de l’alpha et à senestre de l’oméga
    Devise : In caelestibus, in Christo. (Eph. I 3)

     

    image020Aloys-Joseph-Eugène Arnaud est né à Roquevaire (Bouches-du-Rhône) le 11 septembre 1834 et déclaré par son père Jérôme, serrurier de son état et membre du conseil municipal, sous les noms d’Eugène-Baudile. Confié jeune à l’abbé Brunet, curé de La Ciotat et frère de sa mère, Barbe Brunet, il fit ses études au collège catholique de Marseille et entra naturellement au Grand séminaire ensuite. Il fut ordonné prêtre le 27 juin 1858 par Mgr Eugène de Mazenod. Il fut nommé successivement vicaire aux Aygalades, à Saint-Adrien, à la cathédrale de Marseille puis à Saint-Théodore. En 1867, il devient curé de la Penne, puis de Sainte-Marguerite en 1873. Sa santé altérée par un zèle pastoral sans répit le conduit à prendre un peu de repos pendant lequel il assume les charges d’aumônier des religieuses de l’Espérance et de directeur de l’œuvre de la Sainte Famille. Enfin, on lui confie la paroisse de Cassis qu’il sert pendant deux ans. Déjà chanoine adjoint depuis 1889, il est fait chanoine titulaire en 1897 et assure alors l’aumônerie du pensionnat des religieuses Trinitaires. Il était en outre chanoine honoraire d’Oran et vicaire général honoraire de Mgr Jauffret, évêque de Bayonne, dont il avait partagé la jeunesse à La Ciotat. Depuis 1892, il était membre de la Société de statistique de Marseille qui lui conféra la médaille de vermeil en 1894 pour un travail intitulé Le vénérable chapitre de la cathédrale de Marseille. Il est nommé évêque de Fréjus le 7 décembre 1899 et confirmé par le pape le 14 décembre suivant. C’est Mgr Pierre-Marie Ardin, archevêque de Sens, qui lui donna la consécration épiscopale, assisté de Mgr François Jauffret, évêque de Bayonne et de Mgr Henri Chapon, évêque de Nice, le 18 février 1900 dans la cathédrale de Toulon. Il avait fait prendre possession canonique de son siège de Fréjus le mercredi précédent par le chanoine Joseph Albert Marthé, vicaire général, délégué à cet effet.
    Il fit son entrée solennelle à Fréjus le 20 février.
    Mgr Arnaud montra tout de suite une grande bonté à l’égard de tous et déploya surtout une activité intense, programmant une première visite pastorale qui lui fit découvrir de nombreuses paroisses d’avril à juin 1900. Il allait, chaque printemps réitérer ces tournées à un rythme soutenu. Au milieu de belles manifestations de foi, c’est l’occasion pour lui de mesurer aussi la montée de l’indifférence et la pauvreté d’un diocèse qui voyait mourir de nombreux prêtres de valeur sans que la relève sacerdotale compense ces disparitions.
    Voilà pourquoi il s’attacha à promouvoir les vocations, veilla sur le Petit séminaire de Brignoles et restructura le Grand séminaire de Fréjus pour la rentrée d’octobre 1901, forcé qu’il était de pallier le départ des Oblats de Marie Immaculée qui en assuraient jusqu’alors la direction et que la Loi sur les associations frappait de plein fouet. Le séminaire comptait alors 56 élèves (à l'arrivée des Oblats en 1851, le séminaire comptait une centaine d'élèves. Dans son rapport au Chapitre général de 1879, le provincial du Midi dit qu'en six ans 86 nouveaux séminaristes ont été reçus et qu'il y a eu 72 ordinations. En 1893, il restait encore 60 élèves, malgré une baisse sensible des vocations).
    Dans la lettre pastorale du 19 août 1901 qui annonce l'expulsion des Oblats, Mgr Arnaud écrit : «En franchissant le seuil du séminaire de Fréjus qui, pendant cinquante ans, leur fut hospitalier, ceux qui furent préposés à sa direction emportent nos regrets, regrets hélas! qui s'aggravent actuellement de l'incertitude de leurs destinées futures. Ils se retirent emportant l'estime de nos éminents prédécesseurs qui leur continuèrent, avant nous, sous les quatre régimes épiscopaux qui nous ont précédé, une confiance indéfectible, honorant ceux qui en furent l'objet. Ils emportent également la reconnaissance de leurs élèves, qui se souviendront du bienfait de cette formation cléricale qui les rendit dignes de l'important ministère dont la charge leur a été confiée...».
    Waldeck-Rousseau, président du Conseil et ministre des Cultes, écrivit à l'évêque le 14 mars 1901 pour dénoncer les religieux qui dirigeaient encore le séminaire, en menaçant de l’intervention du gouvernement qui serait, en l’absence de réaction, «dans l'obligation de reprendre l'immeuble domanial affecté au grand séminaire». L'évêque répondit, le 29 mars en affirmant que le séminaire était dirigé par trois ex-Oblats, sécularisés en 1880, et trois autres jeunes religieux. Il ajoutait: «Pour entrer dans les vues du gouvernement, pour ne pas me jeter dans un embarras inextricable et pour ne pas soulever par un brusque et radical changement trop de récriminations dans le diocèse, je sollicite de votre bienveillance, monsieur le ministre, l'autorisation de conserver dans mon séminaire seulement deux des trois anciens directeurs incorporés et sécularisés depuis 1880. Le concours de ces deux messieurs, vieillis par vingt-cinq ans d'enseignement dans la maison, qui ont d'ailleurs une conduite irréprochable devant l'autorité civile comme devant l'autorité ecclésiastique, et sont considérés comme appartenant à mon clergé par leur inamovibilité depuis un quart de siècle, me sera un élément indispensable pour la fusion du nouveau régime. Je me réserve de leur adjoindre, à la rentrée des cours, des prêtres autant que pourra me le permettre l'extrême pénurie de sujets qui me met dans la pénible nécessité de laisser environ vingt postes sans titulaires...»

    C'est ce qui a été fait, approuvé par le gouvernement et annoncé officiellement dans une longue lettre pastorale, signée le 19 août 1901. La direction du séminaire était confiée au clergé diocésain. Les pères Bonnet et Nemoz continuèrent leur enseignement jusqu'en 1906. Les autres Oblats quittèrent le séminaire par décision du gouvernement. L'évêque l'affirmait clairement dans sa lettre pastorale: «Qu'il nous serait agréable de pouvoir encore utiliser l'expérience des pieux et doctes religieux à qui notre vénérable prédécesseur avait confié la direction du séminaire de Fréjus! Des circonstances impérieuses et indépendantes de notre volonté, comme de la leur, ne permettent pas qu'ils nous continuent leur précieux concours. Si nous n'avons pu l'apprécier que peu de temps au milieu de la famille cléricale qui, depuis deux ans, est devenue la nôtre, du moins, nous avons vu, durant de longues années, à l'œuvre, le dévouement de ces maîtres distingués, dans notre diocèse d'origine, à Marseille, ayant eu l'avantage, nous-même, d'être formé par les fils de Mgr de Mazenod, de qui nous reçûmes l'imposition des mains, et qui, avec une bienveillance dont le souvenir ne s'éteindra qu'avec notre vie, avait daigné nous admettre près de sa personne auguste, en nous associant, jeune prêtre, au ministère paroissial dans sa cathédrale...».
    Provençal, Mgr Arnaud s’attacha à raviver la foi des populations en promouvant les pèlerinages aux sanctuaires des saints locaux, notamment ceux de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume dont les fêtes des 22 et 23 juillet 1900, qu’il voulut présider attirèrent plus de 5000 personnes.
    Dans un contexte d’affrontement avec l’Etat, il salua le Président de la République, Emile Loubet, en visite à Toulon le 10 avril 1901 et fut fait chevalier de la Légion d’honneur en janvier 1902. Comme d’autres communautés, les Chartreux durent quitter le diocèse et abandonnèrent Montrieux en septembre 1901 : le 30 du même mois, le prieur dom Doreau écrivait sa dernière lettre à l’évêque : « Au moment où Votre Grandeur ouvrira ce pli, les derniers solitaires de Montrieux seront sur le chemin de l’exil... ». Suivirent les Carmélites de Toulon, les Salésiens, les Dominicains qui durent abandonner Saint-Maximin et la Sainte-Baume, les Ursulines de Brignoles et de Saint-Tropez, les Dames de Sainte-Clotilde d’Hyères et près de soixante écoles congréganistes durent fermer leurs portes. Parmi les épisodes douloureux de la laïcisation des hôpitaux de la marine et des hospices civils de Toulon, on cite quelques anecdotes pittoresques comme le retrait chahuté des crucifix opéré en novembre 1901 par la commission des Hospices civils de Toulon, qui ne purent cependant rien faire contre la violence des « filles perdues » qui furent les seules à obtenir leur maintien dans leur salle.
    image021Son travail incessant conjugué aux persécutions minèrent la santé de l’évêque. Au cours de la visite pastorale de 1905, il dut s’aliter au Petit séminaire de Brignoles dans le courant du mois de juin. Le 14 juin, il y reçut les derniers sacrements en présence de toute la communauté et c’est là qu’il rendit le dernier soupir au matin du samedi 17 juin.
    Il fut inhumé dans la cathédrale de Fréjus le 23 juin 1905 en présence de l’archevêque d’Aix, dans le caveau situé à droite du chœur, redécouvert au cours de travaux, le 3 décembre 1903, où avait été déposé un temps le corps de Mgr de Castellane.

    Ouvrages publiés :
    - Notice historique et topographique sur Sainte-Marguerite (1876)
    - Nouveau Manuel des enfants de Marie à l'usage des congrégations paroissiales (1884)
    - Guide du saint Rosaire
    - Précis historique et critique des littératures célèbres anciennes et modernes, depuis leurs origines jusqu'à nos jours (1885)
    - La ville de Roquevaire et son église (1891)

    Inscription funéraire : Hic jacet Aloysius Josephus Eugenius Arnaud episcop. Forojul. Ac Tolon. Obiit XV kalendas julii an. D. MCMV.

  • Adolphe-Camille-Jean-Baptiste-Félix Guillibert (21 février 1906 - mort le 31 mai 1926)


    image022Armes : d’or semé de fers de lances de gueules, au lion du même brochant
    Devise : Magnificetur Dominus.

     

    image023Adolphe-Camille-Jean-Baptiste-Félix Guillibert naquit le 1er novembre 1842 à Aix, de François Guillibert et Catherine Bernard, dans une vieille famille de robe mais son père mourut avant sa naissance. Il fut baptisé dans sa paroisse de Saint-Jean-de-Malte à Aix, où il fit sa première communion et fut enfant de chœur.
    Entré au Petit Séminaire, il poursuivit au Grand Séminaire de la ville et, après la quatrième année, fut orienté au séminaire Saint-Sulpice, à Paris où il acheva ses études théologiques. Il fut ordonné prêtre le 23 décembre 1865.
    Monseigneur Chalandon, archevêque d’Aix se l’attacha comme secrétaire et lui donna le titre de chanoine honoraire en 1868. En 1873, il fut nommé curé-doyen de Martigues où il se révéla véritable pasteur et orateur apprécié. De là il fut tiré en 1877 pour assumer la charge de supérieur du Collège catholique d’Aix, où il assura encore l’enseignement de la philosophie. Il garda un véritable attachement pour ses élèves et, même s’il ne partageait pas tout de ses opinions et de son combat, n’oubliera jamais l’un d’eux qui s’appelait Charles Maurras. En 1886, le nouvel archevêque, Monseigneur Gouthe-Soulard en fit son vicaire général : leurs qualités opposées n’empêchèrent pas une étroite collaboration de quatorze ans. Les archevêques d’Aix et de Bourges le présentèrent d’ailleurs en 1892 pour le siège de Clermont que quittait Monseigneur Boyer mais la Direction des Cultes l’écarta, lui faisant payer la liberté de parole de son archevêque. C’est la même hostilité qui se manifesta quand le Gouvernement refusa d’entériner le choix du chapitre qui avait désigné le chanoine Guillibert comme vicaire capitulaire à la mort de Monseigneur Gouthe-Soulard le 9 septembre 1900. Le nouvel archevêque, Mgr Bonnefoy, ne fut autorisé qu’à lui proposer l’aumônerie du pensionnat de la Nativité de Notre-Dame... ce dont il s’acquitta avec ferveur.
    L’orage de la Séparation allait à la fois rendre au pape et aux évêques la liberté de leurs choix et offrir une belle revanche à Adolphe Guillibert : on le nomma dès que possible curé de la belle paroisse de la Madeleine à Aix mais avant même d’être installé, il fut averti par son évêque de devoir se rendre à Rome. C’est là qu’il apprit que le pape Pie X l’avait choisi pour être l’un des quatorze nouveaux évêques « de la Séparation » qu’il consacrerait lui-même dans la basilique vaticane. La cérémonie historique pour laquelle le pape était assisté du cardinal Luçon et de Mgr Enard, archevêque d’Auch eut lieu le 25 février 1906 ; la bulle de nomination de Monseigneur Guillibert à l’évêché de Fréjus avait été signée quatre jours plus tôt, le 21 février 1906.
    En en sortant, le nouvel élu « eut alors conscience qu’il devait contribuer de tout son pouvoir à sceller à la place des entraves légales que l’on venait de rompre, un concordat de mutuel amour entre l’Eglise et le peuple de France. » (Mgr Emilien Touze).
    Il fit son entrée solennelle à Fréjus le jeudi 15 mars 1906 et le jeudi 22 mars suivant, il prit possession de la co-cathédrale de Toulon.
    image024Il n’ignorait pas les difficultés qui l’attendaient et il sut quitter avec dignité le palais épiscopal dont on le chassait le 19 décembre 1906. Il résidera alors rue Siéyès à la « maison aux atlantes », avant de s’installer au 133 de la rue Jean-Jaurès actuelle. Ses successeurs Auguste Simeone et Auguste Gaudel y demeureront jusqu’au transfert de la résidence épiscopale à Toulon, en 1958.
    Il ne faillit pas pour autant à ses devoirs en présidant à Toulon le 16 mars 1907 les obsèques solennelles des victimes du Iéna (cuirassé d’escadre explosé dans la rade de Toulon le 12 mars 1907) devant les autorités civiles et militaires, et remplit honorablement sa charge d’inspecteur apostolique de la Marine en pourvoyant à son aumônerie. Il fut décoré de la Légion d’honneur.
    Déployant une activité prodigieuse, il répondit à une des premières urgences en mettant en place le Denier du clergé et fut secondé par la Providence pour répondre à son souci du recrutement sacerdotal : après avoir aménagé son séminaire dans des locaux provisoires il reçut en 1921 la lettre de Madame Aubert de la Castille lui offrant le domaine familial situé aux portes de Toulon où la première rentrée put avoir lieu l’année suivante Cet « évènement considérable, où se manifestent clairement les vues de la Providence », selon ses propres mots offrira jusqu’en 1969, puis de nouveau à partir de 1983 un lieu favorable à la formation des futurs prêtres et réalisera d’une certaine façon les vœux des donateurs : « Je suis heureuse d’avoir pu enfin réaliser les saints désirs de mes chers disparus et maintenant ils vont être les protecteurs de votre Séminaire. Oui, les vocations vont affluer et de La Castille redevenue la Maison du Bon Dieu il sortira des Saints. Je comprends maintenant les paroles de mon regretté fils bien aimé, mon cher petit saint, lorsqu’il me disait : « Vous verrez, Maman, que notre département du Var deviendra département de foi et de piété ». C’est pour moi une grande consolation de penser que mes chers disparus auront la récompense de leur belle œuvre accomplie et jusqu’à mon dernier jour, je demanderai au Sacré-Cœur de la bénir ».
    Ainsi put-il inaugurer le nouveau grand séminaire le 9 septembre 1922 et consacrer sa chapelle l’année suivante.
    Le « bon Monseigneur Guillibert » aimait ses diocésains et surtout ses prêtres, se rappelle-t-on.
    Très actif, d’une large curiosité intellectuelle, il était un homme de caractère, souvent enthousiaste, toujours charitable. Frappé de l’emprise populaire du laïcisme, il ne cessa de tendre ses bras avec des manifestations d’une tendresse paternelle irrésistible qui fut le secret de son gouvernement spirituel.
    Sa foi était solide, il se vantait d’être « romain » d’opinion et de doctrine (il reçut le titre d’assistant au trône pontifical), et sa piété, réelle et palpable : elle se manifesta parfois de façon solennelle, notamment lors du couronnement de la statue de Notre-Dame de Consolation à Hyères le 21 juin 1909 au milieu d’une foule de 17000 fidèles ou lors des mémorables fêtes de Saint-Maximin en 1912.
    Sans que l’âge ait jamais paru l’atteindre - ce sur quoi on le plaisantait encore - il programma à près de quatre-vingt-quatre ans une nouvelle tournée pastorale. Le samedi 15 mai 1926 il était à Châteauvieux où il prit froid, une congestion pulmonaire se déclara, qui le força à s’aliter. Il célébra sa dernière messe dans sa chambre, le dimanche de Pentecôte 23 mai ; le mal s’aggrava alors mais il ne cessa d’édifier les siens par la façon dont il reçut les derniers sacrements et rendit son âme à Dieu, le lundi 31 mai 1926 au soir.
    Ses funérailles eurent lieu le mardi 8 juin suivant et il fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale, où une stèle rappelle son souvenir.
    image025Acte de décès : « Le 31 mai 1926, 20 heures est décédé en son domicile rue Jean Jaurès Adoplphe Camille Jean Baptiste Félix Guillibert, né à Aix-en-Provence (Bouches du Rhône) le 1er novembre 1842, évêque de Fréjus & Toulon, fils de François Henri Maurice Félix Guillibert et de Catherine Eudoxie Bernard, tous deux décédés, domicilié à Fréjus. Dressé le 3 juin 1926 à 10 heures sur la déclaration de Pierre Chaix, âgé de 53 ans, profession d’ecclésiastique, domicilié à Fréjus, ami du défunt qui, lecture faite, a signé avec Nous, Paul Marin, premier adjoint au Maire, officier de l’état civil par délégation. »

    Inscription funéraire : Hic jacet Adolph. Camil. J-Bapt. Félix Guillibert episcop. Forojul. Ac Tolon. Obiit prid. kalend. junii an. D. MCMXXVI.

    Stèle commémorative dans la cathédrale :
    D.OM.
    MEMORIAE
    ILL. AC RR DD ADOLPHI CAMILLI IOANNIS BAPTISTAE
    FELICIS GUILLIBERT
    EPI FOROIULIEN AC TOLONEN
    INSPECTORIS APLICI PRO CLASSI NAUTICA
    A PIO X P. M.
    ROMAE CONSECRATI MCMVI
    CARITATE IN DEUM
    IN OMNES BENIGNITATE IUVENES PRAESERTIM
    VERBI PERITIA CULTUS DIVINI STUDIO
    INSIGNIS
    AETATE INVICTUS
    GREGI VITAM IMPENDENS
    DECESSIT AN MCMXXVI ANNOS NATUS LXXXIII
    CLERUS ET POPULUS POSUERUNT

    (Le clergé et le peuple posèrent (cette plaque) à la mémoire de l’illustrissime et révérendissime seigneur Monseigneur Adolphe Camille Jean Baptiste Félix Guillibert, évêque de Fréjus et Toulon, inspecteur apostolique de la Flotte, sacré à Rome par le pape Pie X en 1906, insigne par son amour de Dieu, sa bonté à l’égard de tous et des jeunes en particulier, son talent oratoire et son goût pour le culte divin, hors des atteintes de l’âge, dépensant sa vie pour son troupeau, il mourut en 1926, la 83ème année de son âge).

  • Augustin-Joseph-Marie Simeone (30 juillet 1926 - mort le 22 octobre 1940)


    image026Armes : de gueules à l’agneau pascal d’argent passant sur une terrasse de sinople, accosté à dextre d’une colonne couronnée, d’argent (qui est d’Ajaccio) et à senestre d’une croix potencée du Saint-Sépulcre de Jérusalem de même, au chef cousu d’or, chargé des saints cœurs de Jésus et Marie de gueules et enflammés du même, le premier couronné d’épines et crucé de sable, le deuxième couronné de roses, percé d’un glaive et surmonté d’un lys, le tout d’argent
    Devise : In caritate Christi cum Maria matre ejus.

    image027Augustin Joseph Marius Siméone naquit à Marseille, dans la paroisse Saint-Laurent, le 30 septembre 1863, fils de Diègue Siméone et de Marie-Madeleine Ciforié. Enfant, il fut confié à l’école des Frères de la Doctrine chrétienne, de là il entra au Petit puis au Grand Séminaire de la ville. Il est envoyé ensuite au Séminaire français de Rome où il reste quatre ans et obtient le doctorat en théologie, il est ordonné prêtre en 1888. Quelque temps professeur au Petit Séminaire, il est nommé vicaire à Saint-Joseph, cinq ans plus tard il devient secrétaire général de l’évêché puis passe au service de Mgr Andrieu, le nouvel évêque de Marseille dont il est très proche ; le chanoine Simeone se voit confier la charge de sa paroisse natale de Saint-Laurent puis la délicate responsabilité du Petit Séminaire dont viennent d’être chassé les Lazaristes. Il l’installe dans de nouveaux locaux bientôt investis par un hôpital de la Croix Rouge pendant la guerre. Il est élu évêque d’Ajaccio le 27 mai 1916 et consacré le 31 août suivant par Mgr Joseph Fabre, évêque de Marseille, assisté de Mgr Dominique Castellan, archevêque de Chambéry et du futur cardinal Maurin, alors évêque de Grenoble (tous deux originaires de Marseille). En Corse, il dotera l’île d’un Petit et d’un Grand Séminaire et s’employa de tout son pouvoir à subvenir aux besoins matériels de son clergé qu’il s’attachera par sa bonté, sa douceur et sa générosité. Il y consacrera son évêque auxiliaire, Mgr Giustiniani, le 7 mai 1922.
    Il est transféré au siège de Fréjus et Toulon le 30 juillet 1926 et prend possession le 28 octobre. Il fait son entrée à Toulon le 22 novembre où il est accueilli par les notabilités de la ville que préside le général Castaing, avant d’entrer dans la co-cathédrale où, comme il est aussi d’usage à Fréjus, il reçoit au trône, l’obédience de chacun de ses prêtres.
    Mgr Simeone porta le souci récurrent des vocations sacerdotales et pensait sans cesse à ses deux séminaires (le grand, de Toulon et le petit, de Brignoles). Il augmenta les bâtiments du séminaire de la Castille de deux étages et mérita le titre de bâtisseur du séminaire et de bâtisseur d’églises : dans les faubourgs de Toulon, il posa la première pierre des églises Sainte-Jeanne-d’Arc et Sainte-Roseline et y inaugura ensuite le culte, comme dans les chapelles de Saint-Paul et de Valbertrand.
    Son clergé fut l’objet de ses attentions, qu’il invitait tous les ans à l’une des deux retraites sacerdotales successives qu’il lui offrait. Il aménagea encore une maison pour les prêtres âgés ou infirmes.
    image028Il participa toujours de grand cœur aux festivités qui réunissaient les fidèles dans les sanctuaires du diocèse et fit entendre sa voix bien au-delà de ses frontières : à Marseille pour le couronnement de Notre-Dame de la Garde (20 juin 1931), à Notre-Dame de Paris et à Marseille encore où il prêcha pour le centenaire de la Société Saint-Vincent-de-Paul, à Avignon pour les fêtes de Jean XXII (20 octobre 1934, à Lyon pour l’oraison funèbre du cardinal Maurin (19 janvier 1937).
    Sa piété mariale s’exprima magnifiquement avec le couronnement solennel, au nom du pape Pie XI, de l'antique et miraculeuse image de Notre-Dame de Pitié à Roquebrune-sur-Argens le lundi de Pentecôte 25 mai 1931 (quinzième centenaire du concile d'Ephèse), et de Notre-Dame de grâces à Cotignac, le 7 août 1938 (300ème anniversaire du vœu de Louis XIII) devant des dizaines de milliers de pèlerins, ainsi que dans sa participation fidèle, autant que sa santé le lui permit, au pèlerinage diocésain annuel de Lourdes.
    Mgr Simeone consacra ses deux successeurs sur le siège d’Ajaccio : Mgr Rodié, le 2 juillet 1927 et Monseigneur Llosa, le 9 novembre 1938.
    En 1933, à sa demande, les sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur s’installent à Toulon et ouvrent un foyer pour les soldats africains. D’autres maisons de la nouvelle congrégation s’ouvriront peu après à Fréjus et à Marseille.
    Le 12 mars 1938 il préside, au couvent dominicain de Saint-Maximin, les funérailles du Père Marie-Joseph Lagrange qui y avait pris l’habit le 5 octobre 1879.
    Le trait distinctif de toute sa vie fut la bonté qui rayonna sur tous les actes de son service épiscopal.
    Après une maladie qui laissait entrevoir son issue fatale mais qui jusqu’au bout ne prit à défaut ni la patience ni la douceur du prélat, Mgr Simeone s’éteint le 22 octobre 1940 à Fréjus.
    Le 28 octobre, il fut inhumé dans le sanctuaire de la cathédrale, du côté de l’épître, sous le trône épiscopal dans le caveau où reposaient déjà NN. SS. Arnaud et Guillibert.
    Il était chevalier de la Légion d’honneur, Inspecteur apostolique près la Flotte française.

    Inscription funéraire : Hic in pace quiescit Augustinus Josephus Maria Simeone epus Foroiul. Ac Tolon. Decess. XI kal. novembris anno MCMXL annos natus LXXVII vive memor nostri.

    Acte de décès : « Le 22 octobre 1940, 18 heures est décédé en son domicile 80, rue Jean Jaurès Augustin Joseph Marius Siméone domicilié à Fréjus (Var) 80, rue Jean Jaurès, né à Marseille (Bouches du Rhône) le 27 (sic) septembre 1863, évêque de Fréjus & Toulon, Inspecteur apostolique près le Flotte Française, fils de Diègue Siméone et de Marie Madeleine Ciforié, époux décédés, célibataire. Dressé le 23 octobre 1940 à 11 heures sur la déclaration de Albert Bouchet, 78 ans, chanoine titulaire, domicilié à Fréjus (Var) qui, lecture faite, a signé avec Nous, Marius Revol, adjoint au Maire de Fréjus (Var), officier de l’Etat civil par délégation. »

  • Auguste Joseph Gaudel (24 septembre 1941 - retiré le 30 juin 1960)


    image029Armes : tranché, au 1 d’or à une croix patriarcale de gueules, au 2 d’azur à une branche d’olivier de sinople
    Devise : Pacem et veritatem diligite.

    Il est né à Gerbéviller (diocèse de Nancy) le 21 mai 1880, d’un père artisan tonnelier, dans une famille qui lui donna les vertus humaines et chrétiennes fortes sur lesquelles il s’appuya toute sa vie. Au soir de sa première communion, il demande à son père de le conduire chez le curé du village pour lui exprimer son désir d’entrer au séminaire. Auguste fait donc ses études au petit séminaire de Pont-à-Mousson puis au grand séminaire de Nancy où se nouèrent de solides amitiés avec d’autres condisciples comme l’historien et futur directeur du Dictionnaire de Théologie Catholique, Emile Amann ou le futur doyen du Sacré Collège, Eugène Tisserant. Il y eut pour maîtres le futur évêque de Strasbourg, Charles Ruch ou le directeur du Dictionnaire de Théologie Catholique, Eugène Mangenot.
    Il fut ordonné prêtre le 5 juillet 1903.
    Il est envoyé ensuite à l'Institut Catholique de Paris où il reste de 1903 à 1906, sous la houlette de professeurs aussi éminents que Monsieur Alfred Baudrillart ou le père Jules Lebreton. Là, l’étudiant brillant et plein d’intérêt pour le débat d’idées fut un instant désemparé devant l’ampleur de la crise moderniste (il refusa toujours de s’inscrire au cours d’exégèse biblique que donnait Alfred Loisy désormais à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes), devant les dangers de l’érudition libérale allemande mais aussi face aux ravages opérés chez un certain nombre de prêtres dont les défections le blessèrent cruellement. Il travaille alors sur la théorie du Logos chez saint Athanase.
    A l’automne 1906, il est distingué pour suivre à Munich le cours de philologie et d’histoire du dogme. Mais déjà de graves problèmes ophtalmiques, qui lui donnèrent des maux de têtes effroyables jusqu’à sa mort, le ramenèrent à un ministère paroissial.
    Vicaire à Saint Nicolas de Nancy de 1908 à 1913, il se rapprocha de son village natal en devenant curé de Magnières, en Meurthe et Moselle, de 1913 à 1920. Il eût à souffrir les horreurs de la guerre : à Gerbéviller, le curé et plusieurs vieillards dont son père sont emmenés en otage et retenus prisonniers pendant quatre ans, et partout les exécutions et les destructions se multiplient. A Magnières dont le maire est déporté, l’abbé Gaudel, que ses problèmes de santé avait préservé de la conscription, est sur tous les fronts, il sauve la vie à dix-neuf otages qui allaient être fusillés en offrant sa vie à leur place, condamné à mort et providentiellement épargné, blessé, il y mérite une citation à l’ordre de la nation (publication du Journal Officiel le 8 avril 1922) et fait fonction de maire. Finalement mobilisé en 1915, il termine la guerre comme brancardier.
    La paix revenue, le corps professoral de la faculté de théologie à l’Université de Strasbourg est à reconstruire : sans jamais abandonner l’activité pastorale, Auguste Gaudel s’y voit nommé maître de conférences en 1920, puis professeur de dogme en 1927.
    Son enseignement s’accompagne encore de publications : "Le mystère de l'Homme-Dieu" (1939), il collabore au Dictionnaire de Théologie Catholique (articles Immanence, Kénose, Limbes, Messe, Sacrifice, Péché originel, Stercoranisme) créé en 1897 par l'abbé Alfred Vacant professeur et bibliothécaire au séminaire de Nancy, au Bulletin Thomiste et à la Revue des Sciences Religieuses
    En 1939, l'Université de Strasbourg se replie à Clermont-Ferrand : là, il enseigne mais doit encore prendre la responsabilité du image030séminaire universitaire où il fait fonction tout à la fois de supérieur, d’économe et de professeur. C’est alors qu’il accompagne ses séminaristes alsaciens en colonie dans le Vercors, qu’il reçoit le 11 septembre 1941 la lettre de la nonciature lui annonçant sa nomination d’évêque de Fréjus et Toulon. Mais il ne quitte pas Saint-Laurent-en-Royans avant la fin du séjour et, de retour à Clermont-Ferrand, s’occupe des détails pratiques de la rentrée. C’est le 20 septembre que la radio apprend aux Varois le nom de leur nouveau pasteur, ses bulles de nomination porteront la date du 24 septembre 1941.
    Monseigneur Pierre Chaix, chanoine de Fréjus, analyse en quelques mots l’impression d’une première visite, le 14 octobre, de l’évêque élu : « Tout en restant fidèle à l’Eglise de Fréjus et à son siège, il entend donner à l’Eglise de Toulon tout ce qu’il pourra donner de son zèle et de son activité apostolique »... Quelle impression donna à cet homme habitué aux rumeurs de la métropole alsacienne la vieille cité provençale assoupie en ce matin d’automne ? L’idée d’un transfert du siège épiscopal à Toulon déjà évoquée au temps de Mgr Wicart semblait de nouveau d’actualité.
    Le 16 novembre 1941, Mgr Sivan, vicaire capitulaire, prenait possession du siège au nom du nouvel évêque devant le chapitre réuni à la sacristie de la cathédrale. Et c’est le jour où Fréjus fêtait saint Léonce, le 1er décembre, qu’eût lieu le sacre de Mgr Gaudel dans la cathédrale de Clermont-Ferrand par Mgr Piguet, assisté de NN. SS. Heintz et Fleury, sous la présidence du cardinal Gerlier.
    Le 16 décembre, Mgr Gaudel faisait son entrée solennelle dans sa ville épiscopale ; devant l’église Saint-François-de-Paule, le maire, Monsieur Joly, laisse percer une inquiétude dans sa harangue de bienvenue: « Vous devenez l’hôte permanent de notre vieille cité latine et médiévale (...) mieux que tout autre cité plus moderne, plus vaste ou plus trépidante, Fréjus vous offre ce calme, cette quiétude qui faciliteront votre bienfaisante activité... ». Quelques instants plus tard il recevait l’obédience de ses prêtres à la cathédrale. Deux jours plus tard, il fit de même à la co-cathédrale de Toulon.
    Le nouvel évêque affrontera la pénurie du clergé diocésain et ses difficultés matérielles aggravées par la guerre. Lui-même, il assura un temps l’enseignement du dogme aux séminaristes de la Castille, ce qui lui vaudra une lettre autographe de félicitations de Pie XII et travailla à la constitution d’un corps professoral plus solide, il établit des aumôniers diocésains et des aumôniers pour l’enseignement public, travailla à développer les mouvements d’Action Catholique et les « Œuvres », ne craignant pas d’introduire des laïcs dans leurs conseils. image031Mais il est une décision difficile qu’il voulut prendre à son compte pour en « libérer ses successeurs », selon ses mots, et qui marquera son ministère : c’est le transfert du siège épiscopal à Toulon, centre démographique du diocèse. Pour cela il mit à profit l’occasion à saisir d’une dernière offre de dommage de guerre. Il obtint du Saint-Père le 28 avril 1957 le changement de nom du diocèse qui, de « Fréjus et Toulon » devenait « Fréjus-Toulon ». Le 12 janvier 1958, à Toulon, l’archevêque Mgr de Provenchères sanctionnait le transfert du siège épiscopal en exécution de la bulle Qui Arcana Dei.
    Monseigneur Gaudel avait voulu attendre le nouvel ordre des choses avant de demander un coadjuteur, car sa santé l’incommodait de plus en plus, il sentait s’affaiblir sa mémoire et sa vue sans que sa vivacité intellectuelle en soit jamais affectée, il souhaitait donc accompagner son successeur deux années avant de lui céder la place lorsqu’il atteindrait ses 80 ans. C’est ainsi que Mgr Henri Mazerat, fut nommé le 1er septembre 1958 et sacré le 25 novembre suivant.
    A contre-cœur l’enseignant et le formateur de prêtres que fut Mgr Gaudel dut se résoudre à fermer en 1959 le séminaire de la Castille qui, depuis le début du siècle, n’avait jamais accueilli beaucoup de séminaristes. L’évêque l’annonce à ses diocésains par une lettre publiée le 1er août 1959 en justifiant la mesure par le trop petit nombre de candidats, qui seront répartis entre les séminaires d’Aix et de Marseille, mais l’évêque a soin de préciser que le séminaire de la Castille reste pour eux leur port d’attache en attendant les jours meilleurs qui permettront sa réouverture ; il faudra attendre vingt-quatre ans pour que cet acte de foi porte ses fruits.
    Le 30 juin 1960, Mgr Gaudel se retira du gouvernement de l’Eglise de Fréjus-Toulon, avec le titre d’évêque de Nisiro et obtint par une lettre du pape Jean XXIII datée du 22 juillet, de continuer à résider dans le diocèse.
    Il passa ses dernières années à quelques kilomètres de Toulon, entouré de l’attention affectueuse de Mgr Mazerat puis de Mgr Barthe ainsi que de l’assistance fidèle de son ancien secrétaire et vicaire général, Mgr Brand. Les lourdes chaleurs de l’été 1969 l’affectèrent, il mourut à Toulon le soir du 8 août 1969, emporté comme son père en quelques heures d’une congestion pulmonaire. Le premier évêque depuis deux cents dix ans, il fut inhumé dans la cathédrale de Toulon le 10 août.
    Mgr Gaudel était assistant au trône pontifical depuis le 20 juin 1953 (à l'occasion de son jubilé sacerdotal), chevalier de la Légion d’honneur et officier des palmes académiques. Il était également chanoine honoraire de Gap (1955).

    Inscription funéraire :
    A la mémoire
    de
    Mgr Auguste Gaudel
    né à Gerbéviller (diocèse de Nancy)
    le 21 mai 1880
    professeur de théologie
    à l’université de Strasbourg
    évêque de Fréjus-Toulon
    (1941-1960)
    assistant au trône pontifical
    transféra le siège épiscopal du diocèse
    à Toulon
    le 12 janvier 1958
    rappelé à Dieu le 8 août 1969
    enseveli dans cette chapelle
    *
    Son esprit conciliant et sa fidélité doctrinale
    justifièrent la devise de son épiscopat :
    « Pacem et veritatem diligite. »
    (Zach VIII 19)