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Les restaurateurs

Entre nostalgie restauratrice et désir de structurer le diocèse pour le faire dialoguer avec le monde nouveau né des diverses révolutions, deux évêques issus du clergé d’Ancien Régime et un organisateur rigoureux venu d’ailleurs.

 

  • Charles-Alexandre de Richery (16 mai 1823 - transféré le 8 février 1829 à l’archevêché d’Aix-Arles-Embrun).


    image001Armes : de gueules à l'oiseau d'argent posé sur un globe du même, au chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d'or et soutenu d'une tringle d'argent


    Charles-Alexandre de Richery naquit le 31 juillet 1759 au château d’Allons, dans le diocèse de Senez et fut baptisé le même jour.

    La famille de Richery était originaire d’Italie. Le premier de ses ancêtres qui vint s’établir en France, Jacques Riccieri ou Richeri était fils de Louis-Coelius, né à Rovigo vers 1450 ; il s’établit à Saint-Maximin dont il devint viguier et capitaine pour le roi. La famille y demeurera jusqu’à la fin du XVIIIème siècle où elle occupa à plusieurs reprises les fonctions de maire et de premier consul. Quatre générations plus tard, Jean-Annibal de Richery (dont le cousin germain, Jacques de Richery, était chanoine théologal de Lorgues) fut nommé juge royal en 1676, viguier et subdélégué de l’Intendant de Provence, il avait épousé Claire de Guillon d’Allons, décédée en 1706 qui lui apporta le titre de co-seigneur d’Allons et du Bourguet. C’est dans le premier de ces villages que, devenu veuf, il se fixa vers 1715 et mourut en 1727. Ainsi s’établit la branche d’Allons ; son fils aîné, François, épousa en 1723 Ursule d’Henri de la Mothière. Deux de leurs quatre enfants entrèrent dans les ordres : Charles-François, chanoine d’Amiens qui fut le parrain de notre évêque, et son frère, Tranquille, prévôt de Glandèves, qui le baptisa ; leur frère aîné Jean-Louis-Alexandre, né en 1724, capitaine de cavalerie dans le régiment d'Aquitaine, participa à la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745 et épousa le 4 septembre 1754 Lucrèce-Marguerite de Grasse de laquelle naquirent Joseph (l’amiral Richery), notre Charles-Alexandre, Baptistine, qui épousa le baron de Saint-Sylvestre, et Ursule qui, célibataire, accompagnera son frère évêque et mourut à Aix.
    Charles-Alexandre étudia d’abord auprès de son oncle, chanoine de Senez, et fut tonsuré le 19 décembre 1773. Après de bonnes études au collège des Oratoriens d’Aix, entré ensuite au séminaire de Saint-Sulpice, Charles-Alexandre y reçoit les ordres excepté la prêtrise, qui lui est conférée le 5 avril 1783 (ou 19 février 1785) à Aix, par l’évêque de Senez qui lui donnera le titre de vicaire général quelques jours plus tard. Il était en outre détenteur d’un canonicat de la cathédrale d’Aix depuis 1780 (ou 1784). Croyant déceler en lui une vocation monastique, il entra alors à la Trappe que sa santé fragile l’obligera bientôt à abandonner pour se voir nommer grand-vicaire de Mgr de Bonneval, évêque de Senez. C’est là qu’il affronta la Révolution française. Avec son évêque, il dut prendre le chemin de l’exil : il séjourna quelques temps à Puget-Rostang chez des parents, puis à Nice et, de là, se rendit à Rome où il accompagnait souvent Mgr de Bonneval, dans l’entourage du futur cardinal Maury ; il y côtoya Mesdames Adélaïde et Victoire de France. A l’occupation de Rome par les troupes françaises il se réfugia dans différentes villes d’Italie et revint dans sa patrie en 1801 où, retiré dans sa famille, il ne voulut accepter aucune fonction d’un gouvernement usurpateur.
    Les sentiments monarchistes de l’abbé de Richery, qui lui feront conclure plus tard chacune de ses interventions publiques par le cri de « Vive le roi ! » furent sollicités le 11 décembre 1814, lorsqu’une frégate rebaptisée la Fleur de lys, accosta à Toulon pour y apporter les dépouilles des deux filles de Louis XV connues à Rome et décédées à Trieste ; on les déposa le 20 dans un caveau de la chapelle Saint-Joseph de l’ancienne cathédrale Notre-Dame de la Seds jusqu’au 7 janvier 1817, jour où elles repartirent pour la basilique de Saint-Denis qui les accueillit le 20 janvier ; les accompagnaient Mgr Etienne des Galois de La Tour, ancien aumônier des princesses (qui sera nommé la même année archevêque de Bourges), l’abbé Jean-Baptiste Vigne, curé de Toulon, et l’abbé de Richery. Ce fut pour lui l’occasion d’être présenté au roi ; il en reçut quelques mois plus tard sa nomination au siège de Fréjus.
    image002En effet, un concordat fut signé le 11 juin de cette année qui prévoyait le retour partiel à celui de Bologne et le rétablissement d’un certain nombre de sièges supprimés en 1801. La nouvelle circonscription ecclésiastique fut promulguée par la bulle Commissa divinitus le 27 juillet 1817 et le roi « nommait » le 8 août suivant toute une série de prélats dont Mgr de Richery au siège restauré de Fréjus, la confirmation romaine leur fut accordée au consistoire du 1eroctobre.
    Immédiatement, l’abbé de Richery, de son château d’Eoulx où il résidait, avait pris des contacts, répondu aux premières sollicitations et s’était préparé à un ministère qui l’inquiétait. Les évènements lui concédèrent un répit ... de six ans.
    En effet, on s’aperçut un peu tard que ce type de traité ne pouvait se passer d’être entériné par les Chambres à l’instar d’une loi aux conséquences administratives internes. Ce fut l’occasion de redonner de la voix à un gallicanisme qu’on avait peut-être cru trop tôt vaincu. L’affrontement entre Rome et Paris fit alors tout suspendre et Pie VII annonça le 23 août 1818 qu’il préférait en rester provisoirement aux termes du concordat de 1801. Il faudra de nouvelles négociations pour que le pape accorde à la France, le 6 octobre 1822, une trentaine de nouveaux sièges, avec la bulle Paternae charitatis publiée par l’ordonnance du 31 octobre suivant.
    Sur la base d’une nomination en date du 10 avril 1823, les nouvelles bulles de préconisation furent signées le 16 mai 1823 ; Mgr de Richery fut sacré le 20 juillet suivant dans l’église des Missions Etrangères, à Paris, par le neveu de son prédécesseur, Mgr Pierre-François de Bausset-Roquefort, archevêque d’Aix assisté de Mgr François-Antoine Arbaud, évêque de Gap et de Mgr Fortuné de Mazenod, évêque de Marseille qui venaient tous les deux d’être consacrés le 6 juillet dans la même cérémonie. Le 23 juillet il signe une procuration au profit de l’abbé André Saurin, curé de la cathédrale de Fréjus, afin qu’il prenne possession du siège en son nom, ce qui sera fait le 3 août suivant. Mgr de Richery fit son entrée dans sa ville épiscopale le 1er octobre 1823, et quelques semaines plus tard à Toulon (le 15 janvier 1824), désormais réuni à Fréjus.
    Après trente années de vacance du siège, tout était à refaire.
    Son premier souci fut le séminaire : dès le 14 octobre il écrit au préfet : « c’est le plus pressant et le plus cher de mes vœux. Il est essentiel, il est indispensable pour le bien du diocèse que l’ouverture s’en fasse dès cette année. ». Et le 30 novembre 1823, dans l’ancien édifice construit en 1776, il peut rouvrir le séminaire fondé en 1677 par Mgr de Clermont-Tonnerre et fermé à la Révolution ; Mgr de Richery le place sous le vocable de l’Immaculée Conception et en confie la direction à l'abbé Maunier qui l'assumera jusqu'à sa mort en 1844. Emmanuel-Fréjus Maunier, fils de l'adjoint au maire de l'époque, était né à Fréjus en 1769 ; après s'être marié très jeune, il avait perdu en quelques mois sa fille et son épouse et s'était alors orienté vers la prêtrise qu'il reçut dans la clandestinité à Marseille des mains de l'évêque de Grasse, l'année 1797, en pleine révolution ; il fut ensuite un des cinq premiers compagnons de saint Eugène de Mazenod et s'engagea dans la nouvelle Société qu'il venait de fonder. La création du diocèse de Fréjus nécessitait des forces vives et Mgr de Richery ne craint pas de faire appel à tous les prêtres originaires du diocèse en les relevant de leurs voeux le cas échéant et en leur offrant des postes de responsabilité. C'est ainsi que les Pères Maunier et Deblieu (originaire de Brignoles) quittèrent la Société des Missionnaires de Provence qu'ils avaient contribué à établir, au grand scandale d'Eugène de Mazenod qui saluiat dans celui qu'il appelait le "saint abbé Maunier" sa douceur et sa charité, mais aussi une extrême susceptibilité "malgré toute sa vertu".

    Mgr de Richery voulu que ce même jour du dimanche 30 novembre 1823, soit célébrée, avec la première promotion de chanoines, la reconstitution du chapitre détruit par les lois de 1789 et pour la renaissance duquel l’autorisation royale venait de lui parvenir. C'est alors que l'abbé Maunier reçut le titre de chanoine honoraire, qui sera également accordé quelques années plus tard à son ancien confrère, le vigoureux missionnaire Sébastien Deblieu.

    image003Les bâtiments aussi étaient à remettre en état : la cathédrale qui avait besoin de travaux, mais aussi l’évêché qui ne sera inauguré que pour l’arrivée de Mgr Michel ; en attendant Mgr de Richery se contenta de la « maison aux atlantes » mise à sa disposition.
    Le 1er décembre 1824, il publia des instructions pour ses prêtres. Il travailla à la création d’un petit séminaire à Brignoles, qui ouvrit ses portes le 15 octobre 1825. Il visita avec soin les paroisses de son diocèse avec une tournée pastorale qui dura cinq ans et lui gagna les cœurs. Le 1er décembre 1827 il posait la première pierre du nouvel hôpital de Fréjus. Mais surtout, il se distingua par une charité très active auprès des plus pauvres, qui savaient sa porte toujours ouverte pour eux : ce fut là sa qualité distinctive tant à Fréjus qu’à Aix où il fut appelé après la mort de l’archevêque qui l’avait consacré.
    Malgré ses réticences il y fut transféré par nomination du 8 février 1829 confirmée le 27 juillet 1829. Il fut installé le 12 septembre 1829 sur le siège métropolitain. La semaine suivante (le 21 septembre), il sacrait Mgr Michel, son successeur à Fréjus. Aix eut le temps d’expérimenter sa charité, mais la révolution de 1830 l’affecta considérablement et il mourut soudainement le 25 novembre 1830. Il fut inhumé dans un caveau de la cathédrale d’Aix.

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    image007Ses armes comportent une décoration suspendue à un ruban, c’est la même qu’il arbore sur le portrait conservé à la cathédrale de Fréjus. Il s’agit de la croix du chapitre d’Aix ainsi décrite : « Par brevet du 12 décembre 1779, suivi de lettres patentes du 3 janvier d'après, le roi Louis XVI permit aux vingt, tant dignitaires que chanoines du chapitre d'Aix, ainsi qu'à leurs successeurs à perpétuité, de porter une croix d'or émaillée, à huit pointes égales ornées de fleurs de lys d'or, une dans chaque angle, sur le médaillon de laquelle croix était représentée la transfiguration de Notre-Sauveur à qui l'église d'Aix est dédiée avec cette légende : Antiqua sine lege nobilitas ; et sur le revers se trouvait la représentation de la façade de ladite église, avec cette devise, venerabilis ecclesia Aquensis ; cette croix était suspendue à un ruban moiré de couleur bleue etc. » Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle (outre Lyon qui en bénéficia dès 1748) que le privilège de la croix pectorale avait été concédé par le souverain aux chanoines et encore, qu’à seuls huit chapitres cathédraux de France parmi les plus insignes. A l’exemple des décorations civiles, une réduction pouvait être portée sur l’habit de ville. Fiers de cette rare distinction, les anciens chanoines de Saint-Sauveur qui vivaient encore, reprirent à la quasi unanimité la croix et le ruban bleu sous la Restauration. Selon un usage de l’Ancien Régime certains évêques du XIXème siècle tinrent à porter la croix capitulaire en tant que premier chanoine de leur diocèse, comme en témoigne le portrait de Mgr Terris peint par Bérengier où les deux croix pectorales se superposent...

  • Louis-Charles-Jean-Baptiste Michel (16 avril 1829 - mort le 22 février 1845)


    image008Armes : fascé de sinople, d’or, de pourpre, d’or, de sinople, d’or et de pourpre, à 6 devises de gueules brochant sur les partitions, chargé de 21 tourteaux, de sable, posés sur les fasces à partir de la seconde qui est d’or : 6, 5, 4, 3, 2 et 1

     

     

    image009Né à Aix le 12 juillet 1761. Ordonné prêtre le 24 septembre 1785, il exerça son ministère au séminaire d’Aix. Au début des troubles, il dut s’exiler en Italie. L’abbé Pascal, futur curé de Carnoules, raconte comment lors des conférences théologiques organisées par les prêtres français réunis à Ferrare « un jour on mit à l’étude cette question : Quelle conduite conviendrait-il de tenir à l’égard des prêtres assermentés, dans le cas d’un retour en France ? On avait déjà dit des choses plus ou moins praticables, lorsqu’un prêtre encore jeune, à la chevelure blonde, à l’air angélique, se lève. Il s’excuse d’abord d’oser prendre la parole devant une telle assemblée ; on l’y a en quelque sorte contraint. Il traita la question avec tant de doctrine et de charité, que je me sentis attiré vers lui. Je demandai à l’abbé Besson, mort évêque de Metz, et mon voisin de place, s’il connaissait cet ecclésiastique. – C’est un des vôtres, me dit-il, et vous êtes voisins de logement. – Je me présentai le lendemain chez M. Bevilaqua, chez lequel le jeune orateur était placé en qualité de professeur et, dès ce jour-là, je fis la connaissance de l’abbé Michel, qui voulut bien me regarder comme un ami et que je suis heureux d’avoir aujourd’hui comme évêque. »
    Au retour de la paix, il travailla à la réorganisation du culte sur l’agglomération toulonnaise, fut nommé curé de Saint-Pierre, de Saint-Louis puis de Sainte-Marie, l’ancienne cathédrale, en 1821. Il fut nommé chanoine honoraire du tout nouveau chapitre de Fréjus, reçut la Légion d’honneur en 1824 après avoir prêché l’oraison funèbre de Louis XVIII et fut nommé vicaire général honoraire par Mgr de Richery en 1827.
    C’est sur l’insistance de son évêque qu’il fut nommé le 27 avril, puis préconisé le 27 juillet 1829, dans le même consistoire qui portait le pasteur de Fréjus sur le siège d’Aix (il avait été nommé le 16 avril précédent). Mgr de Richery tint à le sacrer lui-même en la cathédrale de Toulon, assisté de Mgr François de Miollis et de Mgr Fortuné de Mazenod, le 21 septembre 1829.
    Il annonça dès le 22 juin 1830 la visite générale de son diocèse : durant son épiscopat il aura visité au moins deux fois chacune des paroisses, parfois à cheval ou même à pied. Lorsque le choléra s’abattit sur Toulon en 1835, il s’y précipita et alors que son vicaire général, le chanoine Joseph-Antoine Dubuy qui l’accompagnait avait succombé la veille du terrible mal, il présida une grande procession le 14 juillet et continua les jours suivants, prêchant et visitant les hôpitaux, jusqu’à l’apaisement du fléau.
    Il établit les Conférences ecclésiastiques pour les prêtres dans le ministère. Il laissa une ample collection de mandements, lettres pastorales et circulaires.
    Mgr Michel montra toujours une très grande piété ; on parla même de plusieurs phénomènes mystiques à son sujet. Il entretint des relations privilégiées avec les communautés religieuses, en particulier les Visitandines de Grasse et surtout les Carmélites qu’il installa à Fréjus, ou encore les Sœurs du Bon Pasteur qu’il fonda à Draguignan.
    Il opposa toujours son sens de la mesure et une très grande prudence aux mouvements populaires et aux vexations du Gouvernement de Louis-Philippe, sans pour autant renoncer à exprimer avec dignité ce que lui dictait sa conscience. Si son épiscopat fut réputé « paisible et débonnaire » en des temps qui ne l’étaient pas, la fin de son pontificat fut assombri par des mécontentements qui visèrent son administration et plusieurs de ses vicaires (en particulier le chanoine Nicolas Riccardi accusé avoir la haute-main sur l’administration du diocèse), et qui se manifesta encore pendant la vacance du siège pour affecter enfin le pontificat de son successeur.
    Il mourut assez subitement le 22 février 1845. Il fut inhumé le 17 mars, après que l’on ait pratiqué une fosse dans le chœur de la cathédrale de Fréjus.
    Il était comte romain et assistant au trône pontifical.
    Le fameux chanoine Riccardi rédigea la longue épitaphe qu’on lit encore dans la cathédrale de Fréjus sur une plaque de marbre qui rappelle le souvenir de l’évêque défunt :


    D.O.M.
    MEMORIAE
    LUDOVICI KAROLI JOAN BAPTISTAE MICHEL AQUEN
    EPISC FOROJULIEN
    PIETATE IN DEUM PROXIMOS CARITATE IN OMNES BENEVOLENT
    INSIGNIS
    MORUM SUAVITATE MODESTIA MANSUETUDINE ANIMI DEMISSIONE
    PRAESTANTISSIMI
    IN EGENOS LIBERALITATE
    NEMINI SECUNDI
    QUI
    ALTIORIB DISCIPLIN EXCULTISSIMUS
    DOCTORALI LAUREA INSIGNITUS
    QUOS UBERTIM HAUSERAT SACRAE SCIENTIAE THESAUROS
    IN ARCHID AQUEN SEMINAR ALUMNOS FELICIOR SUCESS DIFFUDIT
    MOX EXSURGENTE PERSECUT PROCELLA
    VIRGINEUM FIDEI DECUS
    PATRIIS FINIBUS EXSUL ILLIBATUM SERVAVIT
    RESTITUTA DEIN ECCLESIAE GALLIAR PACE
    PAROCHI MUNUS
    DIFFICILLIMIS REI CHRISTIANAE ET PUBLICAE TEMP
    TOLONI ANN DUODETRIGINTA SUMM OMN LAUDE SUBSTIN
    TUM SEDI FOROJULIEN PRAEFECTUS
    RELIGIONIS AMPLIFICANDAE ZELO
    NECNON CLERI POPULIQ AD SANCTIOR VITAE NORMAM COMPONEN
    PLURIM INSUPER PRAECLARE SANCTEQ GESTIS
    ECCLESIAM SIBI COMMISSAM
    ANN XV ILLUSTRAVIT FORMA FACTUS GREGIS EX ANIMO
    SS D. N. GREGORIO XVI P.O.M . ACCEPTISSIMUS
    ATQUE INCLYT ROMANOR COMITUM ORDINI
    AMPLISSIMOQ EPISCOPOR SOLIO PONTIF ADSISTEN COLLEGIO
    AB EODEM ADLECTUS
    OBIIT VIII KAL MARTII ANNO DOMINI MDCCCXLV
    AETAT SUA LXXXIV
    EJUS MORTALES EXUVIAE IN CHORO AD CORNU EPIST TUMULAT
    JACENT

    (traduction : « Au Dieu très bon et très grand. A la mémoire de Louis Charles Jean-Baptiste Michel, né à Aix, évêque de Fréjus, remarquable par sa piété envers Dieu, sa charité envers le prochain, sa bonté envers tous, remarquable par la douceur de ses mœurs, sa modestie, sa mansuétude, son humilité, inférieur à personne par sa libéralité envers les indigents, qui, après s’être appliqué aux plus hautes études et avoir obtenu les palmes du Doctorat, répandit avec succès parmi les élèves du séminaire d’Aix les trésors de la science sacrée dont il était rempli. Bientôt quand se fut élevée la tempête de la persécution, il quitta sa patrie et conserva intacte l’honneur virginal de la foi. La paix ayant été ensuite rendue à l’Eglise des Gaules, il exerça à Toulon pendant trente-deux ans à la satisfaction générale et dans des temps très difficiles pour l’Eglise et la Patrie, les fonctions de curé. Enfin placé à la tête du siège de Fréjus, plein de zèle pour le développement de la religion, s’appliquant à procurer la sanctification du clergé et du peuple, il illustra pendant quinze ans par un grand nombre d’actions saintes et éclatantes l’Eglise qui lui était confiée, en devenant par son esprit la forme de son troupeau. Très estimé de Sa Sainteté Grégoire XVI, Pontife très bon et très grand, et nommé par lui comte romain et assistant au trône pontifical, il mourut le huit des calendes de mars de l’année 1845, à l’âge de 84 ans. Ses dépouilles mortelles sont ensevelies dans le chœur du côté de l’épître. »)

    Inscription funéraire : Hic jacet Ludovicus Carolus Ioannes Baptista Michel episcopus Foroiuliensis obiit VIII kalendas martii an D. MDCCCXLV.

  • Casimir-Alexis-Joseph Wicart (29 mars 1845 - transféré le 30 juillet 1855 à Laval)


    image010Armes : d’azur à la croix de calvaire d’argent, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d’or
    Devise : Absit gloriari nisi in Cruce. (Gal. VI 14)

     

    Alexis-Casimir-Joseph naît à Méteren (Nord) le 13 ventôse an 7 de la République (4 mars 1799), fils d'Alexis-Joseph Wicart, marchand drapier, et de Marie-Catherine Degroote. Ordonné prêtre le 28 septembre 1821 pour le diocèse de Cambrai, il y exerça la fonction de curé-doyen de Sainte-Catherine à Lille. En 1841, il prononça l’oraison funèbre de Mgr de Belmas, dernier évêque de Cambrai. Tout en poursuivant son ministère curial dans « une grande et belle paroisse, dans une grande et noble cité ... où durant 13 ans passés ... (il fut) le plus heureux des pasteurs au milieu des meilleures des ouailles » (lettre pastorale du 12 juin 1845...), il devint le vicaire général du nouvel archevêque.
    image011Il fut choisi comme évêque de Fréjus le 29 mars 1845, confirmé le 24 avril et sacré dans l’église métropolitaine de Cambrai le 11 juin 1845 par le cardinal Giraud assisté de Mgr Mioland et de Mgr Gignoux.
    Il fut installé à Fréjus le 20 juin 1845. Il y ressentit immédiatement le besoin d’organiser administrativement son diocèse, le divisant en deux archidiaconés, 6 archiprêtrés et 36 doyennés, créant ainsi 44 titres expressément déclarés « révocables à volonté ». Il n’en fallait pas plus pour s’aliéner la confiance de son clergé qui le lui fit payer.
    Il faillit accueillir l’exil du pape Pie IX en 1848 pour lequel le Gouvernement français avait fait aménager le « château Aiguillon » à Toulon et régler le protocole sous l’autorité du Préfet maritime. Les sentiments courageusement ultramontains de l’évêque y auraient été flattés, mais le pape préféra au dernier moment ne pas s’éloigner au-delà de Gaète...
    Son sens de l’ordre le rendit sympathique aux nouvelles autorités de la République avec lesquelles il entretint les meilleures relations comme en témoigne le jugement du baron Haussmann, alors préfet du Var : « l’excellent évêque de Fréjus, un homme d’un grand sens et d’excellent esprit, un aimable prélat, un très digne évêque » ; dans le souci d’apporter son concours à la loi qui porte son nom, il entretint une correspondance avec le ministre de l’Instruction publique et des cultes, Alfred de Falloux, qui vint même lui rendre visite un jour à Fréjus. Soucieux de ces questions, il multiplia les créations d’établissements d’éducation et porta un soin particulier aux petits séminaires de Brignoles (dont il bénit la reconstruction) et de Grasse.
    En 1849, lors de l’épidémie de choléra qui fit des centaines de victimes à Toulon, Mgr Wicart se montra d’un courage exemplaire.
    Il assista au concile provincial d’Aix, en septembre 1850.
    C’est l’année suivante qu’eut lieu le soulèvement républicain qui meurtrit particulièrement le Var, on imagine de quel côté penchait le cœur du prélat ; bien que des curés eurent à en souffrir (celui des Mayons enlevé comme otage ou celui d’Aups mort de mauvais traitements), Mgr Wicart resta sereinement à son poste et récusa l’offre du préfet de se réfugier à la préfecture. Il accueillit le prince-président à Toulon le 27 septembre 1852 et convia son clergé à cette occasion, ce qui lui valut la Légion d’honneur, malgré sa mésaventure : depuis toujours en conflit avec l’archiprêtre de la cathédrale de Toulon, c’est à l’église Saint-Pierre que l’évêque avait invité ses prêtres pour la cérémonie mais, averti que Louis-Napoléon l’attendait à la cathédrale, il s’y précipita en habits pontificaux, pas assez vite toutefois pour voir le président, qui était déjà reparti...
    image012Il confia la direction du Grand séminaire de Fréjus aux Pères Oblats de Mgr de Mazenod à partir de la rentrée d’octobre 1851, qui l’occupèrent cinquante ans, jusqu’à leur expulsion en 1901. Mgr Wicart avait rencontré Mgr de Mazenod à plusieurs reprises : à Marseille en 1846, au concile provincial d’Aix en 1850 puis lors de la consécration à Marseille de Mgr Jean-François Allard et depuis longtemps souhaitait confier aux Oblats la direction de son séminaire. Il y avait alors pénurie de clergé dans le diocèse et mauvais esprit parmi les séminaristes (qui étaient alors une centaine) : six d’entre eux furent d’ailleurs renvoyés à l’arrivée des Oblats et quatre l’année suivante. Mgr de Mazenod, cicatrisant la blessure de l'abandon à son égard de celui qui fut le premier supérieur du séminaire restauré de Fréjus, signa lui-même, le 15 août 1851, avec Mgr Wicart la convention par laquelle l'évêque de Fréjus confie à perpétuité aux Oblats la direction de son séminaire. Ceux-ci ne dépendront que de l'évêque, seront nourris et logés et recevront un traitement qui sera de 1200 francs par année pour le supérieur et 700 francs pour chacun des directeurs. De son côté, la Congrégation s'engage à fournir au moins cinq prêtres pour l'enseignement et la direction spirituelle, puis à s'occuper de l'administration financière, des admissions et expulsions des séminaristes, etc.
    Six pères furent supérieurs de la maison : Jean-Joseph Lagier de 1851 à 1856, dont saint Eugène de Mazenod écrira à son départ que "le séminaire de Fréjus lui doit la ferveur dont la communauté est animée depuis qu'il en a pris la direction", Jean-Joseph Magnan de 1856 à 1859, Mathieu-Victor Balaïn de 1859 jusqu'à son élévation à l'épiscopat en 1877, Toussaint Rambert de 1877 jusqu'à son décès en 1889, Jean Corne de 1889 à sa mort en 1893 et Eugène Baffie de 1894 jusqu'aux expulsions en 1901. Trente-cinq pères furent professeurs et directeurs en cinquante ans. Comme dans toutes les maisons oblates d'alors, leur séjour ne dura, en moyenne, que trois ans chacun voire moins, mais le père Jacques Bonnet y demeura 30 ans, le père Élie Nemoz, 27 ans et le père Étienne-E. Chevalier, 20 ans.
    L’accueil du diocèse fut plutôt positif comme en témoigne cette lettre du Père Lagier, en 1853-4 : «Le bienveillant accueil qui avait comme présidé à notre début ne nous a pas fait un seul moment défaut depuis lors. On peut même dire que l'estime et l'affection dont n'ont cessé de nous honorer le digne prélat qui nous a appelés ici, ainsi que son excellent chapitre et tout ce bon clergé de Fréjus, n'ont fait que s'accroître avec le temps». La présence et l’activité des Oblats : prédication de la retraite pastorale par le Père Ambroise Vincens en 1856 ou le Père Marc-Antoine Sardou en 1862, prédication du carême à la cathédrale (en 1868, 1886 et 1898), missions dans le diocèse (en 1891 à Belgentier, en 1898 à Fréjus, etc.) orientèrent quelques vocations dans le diocèse puisqu’une quinzaine de séminaristes ou de jeunes du Var entrèrent dans la Congrégation dans la deuxième moitié du siècle.
    image013Mgr Wicart prescrivit le rétablissement de la liturgie romaine par un mandement du 8 septembre 1851, fit composer un propre des saints locaux, tint un synode le 19 septembre 1852 suivi de la publication d’ordonnances et de statuts. A sa demande et parce qu’il nourrissait le désir d’abandonner Fréjus au profit de Toulon, il porta pour la première fois le titre d’évêque de Toulon qu’un décret consistorial en date du 28 septembre 1852, et reçu par décret présidentiel du 22 janvier 1853, lui permettait d’ajouter au titre d’évêque de Fréjus. Cependant Rome dut intervenir pour corriger le titre d’ « évêque de Fréjus et de Toulon » que portait l’évêque, pour le changer en « évêque de Fréjus et Toulon » : il n’y avait bien toujours qu’un diocèse, celui de Fréjus, auquel on associait le nom de l’évêché supprimé en 1801. On voudra encore lever d’avantage l’ambiguïté le 28 avril 1957 en modifiant le titre en « évêque de Fréjus-Toulon », à la veille de transférer le siège épiscopal d’une ville à l’autre.
    Tant d’activité ne suffit pas à corriger le malaise qu’une autorité trop systématique avait engendré dans un clergé méridional qui y était assez peu habitué, mais qui s’était déjà manifesté dans les dernières années du pontificat de Mgr Michel. Parmi la quantité de règlements publiés sous le pontificat de Mgr Wicart, il est une circulaire datée du 10 mars 1854 qui portait directement atteinte à l’autorité des curés en réservant les pouvoirs de confesser aux seuls congréganistes lorsqu’ils prêchaient des retraites. Une pétition fut alors adressée au pape par les mécontents pour dénoncer cette « violation arbitraire des droits curiaux ». Le 18 octobre 1854, Mgr Wicart, envoya à ses curés une circulaire frappant de suspense ipso facto quiconque retiendrait ou conserverait la pétition ou la lettre explicative qui l’accompagnait et, avouant implicitement que sa mesure était outrée, stipulait que cette circulaire épiscopale « ne devait pas entrer dans la collection de ses actes administratifs », ce qui était reconnaître ses torts.
    La mort subite, le 14 novembre 1854 et la célébration des funérailles de son plus populaire opposant, le chanoine Etienne Courdouan, archiprêtre de la cathédrale de Toulon, ne fit qu’envenimer les choses.
    On ne fut donc pas surpris d’apprendre quelques mois plus tard, le 30 août 1855, le transfert de Mgr Wicart sur le siège de Laval qui venait d’être créé le 30 juillet. Il quitta Fréjus le lendemain du jour où il en reçut la notification officielle, sans adresser aucune lettre d’adieu et fit son entrée triomphale à Laval le 28 novembre 1855, accompagné par le nonce apostolique.
    Très pieux et animé d’un haut idéal, il fut reconnu dans son nouveau diocèse comme un « homme de valeur, au fort tempérament, mais humble », le chanoine Eugène-Louis Couanier de Launay précise que les élans de son âme « avaient moins besoin d’être excités que contenus »... image014image015Un autre historien (Gaston Chérel) poursuit : « Ne se laissant jamais aller à la familiarité, il impressionne, veille à la décence des cérémonies et à la qualité de l’accueil que l’on doit réserver à un évêque, non en considération de sa personne mais de sa mission. » Il visite infatigablement les paroisses, faisant cinq fois le tour de tout son diocèse, et place sa priorité dans la formation du clergé qu’il astreint à des examens réguliers. Il construit le séminaire, participe au premier concile du Vatican, obtient par un vœu public que sa cité soit épargnée par les troupes prussiennes en 1871 et aura à enquêter sur l'apparition de la Vierge Marie à Pontmain, dont il reconnaîtra l’authenticité le 2 février 1872.

    image016Retiré le 3 mai 1876, il mourra après de long mois d’infirmité, le 8 avril 1879 à Laval où il sera inhumé dans la cathédrale.
    Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur le 22 août 1858, puis officier le 28 septembre 1852.
    Si au cours d’une visite suggérée par son successeur, Mgr Wicart avait exprimé en 1867 au chapitre cathédral de Fréjus ses regrets de ce qui s’était passé, la population fut moins prompte à pardonner son projet de transfert du siège et s’abstint d’assister au service funèbre célébré pour lui.

    « Absit gloriari nisi in Cruce. »...