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Joseph-Théophile-Louis-Marie Madec (8 février 1983 - retiré le 16 mai 2000)


image011Armes : d’argent, à la moucheture d’hermine de sable, accompagné de deux écussons anciens des villes de Fréjus (de gueules à la crois d’argent) à dextre, et de Toulon (d’azur à la croix d’or) à senestre
Devise : In verbo tuo, laxabo rete. (comme Mgr Jordany)

 

Joseph Théophile Louis Marie Madec, né le 15 mars 1923 à Ploemel (Morbihan), fait ses premières études à Sainte-Anne d’Auray, avant d’entrer au grand séminaire de Vannes et de poursuivre au séminaire français de Rome où il resta de 1945 à 1950. Il est ordonné prêtre le samedi saint 5 avril 1947 dans la cathédrale Saint-Jean-de-Latran. Il rejoint son diocèse avec une licence de théologie obtenue à l’université grégorienne et une de sciences bibliques accordée par l’Institut pontifical biblique. Il est nommé successivement secrétaire de l’évêché de Vannes, aumônier de lycée, vicaire à Lorient. En 1953 il est affecté au grand séminaire de Vannes où il enseigne la théologie dogmatique avant d’en devenir le supérieur. A partir de 1965 il est en outre chargé de la formation permanente des prêtres. En 1971, les séminaires bretons ayant été regroupés, il prend la responsabilité du second cycle interdiocésain de Rennes. Il est nommé en 1975 vicaire général du diocèse de Vannes. Il devient ensuite recteur de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome de 1980 à 1983. Il est nommé évêque de Fréjus-Toulon le 8 février 1983 et reçoit la consécration épiscopale à Toulon, le 10 avril suivant des mains du cardinal Roger Etchegaray assisté de Mgr Boussard et de Mgr Barthe.
image012A contre-courant de la crise des vocations qui sévissait en France, il prit la décision courageuse de rouvrir le Grand séminaire en 1983, peu après son installation. Il lui donnera une impulsion décisive qui fit de Fréjus-Toulon un des diocèses les plus actifs. Voici comment, en 2003, Mgr Madec relit cette histoire :
"Dès les premiers jours de mon ministère épiscopal, il m’a paru important de poser un acte qui réveille la conscience de mes diocésains. Depuis des années, j’entendais proclamer, comme une évidence, qu’il y aurait désormais de moins en moins de prêtres au service de l’Eglise, qu’il fallait donc préparer les communautés chrétiennes, non pas à s’en passer tout à fait – il n’y a pas d’Eglise sans prêtre – mais enfin à s’accommoder d’un nombre beaucoup plus restreint de ministres ordonnés. Et j’ai compris que, dans le diocèse où j’arrivais, beaucoup de prêtres et de fidèles partageaient cette opinion courante.
Les statistiques du clergé de France et des pays voisins confirmaient d’ailleurs de tels pronostics. Nous assistions, depuis un certain nombre de décennies déjà, et particulièrement depuis les années 1970, à une chute inexorable du nombre des prêtres de nos diocèses en France.
C’est un peu contre cette mentalité fataliste que j’ai voulu réagir : tout simplement parce que, d’une part, malgré la crise actuelle, je crois très profondément en l’avenir du ministère sacerdotal dans notre Eglise, et que, d’autre part, dans le diocèse où j’arrivais, j’avais le dos au mur. Voici pourquoi.
Dans le diocèse où j’arrivais en 1983, la situation était détériorée. La crise sacerdotale s’était fait sérieusement sentir dès les années 1925-30 et s’était évidemment accentuée, comme partout, dans les années 1970-80. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui fut très rude en cette région, avait pratiquement tari les vocations sacerdotales au début de ce siècle. Les effets de ce tarissement furent sensibles sur le terrain une vingtaine d’années plus tard. Les annuaires de mon diocèse témoignent d’une chute brutale du nombre de prêtres diocésains dans les dix années qui ont suivi la première guerre mondiale.
Comment ont réagi mes prédécesseurs ?
Ils ont essayé de parer aux besoins immédiats en acceptant des prêtres venus d’autres diocèses de France, moins frappés par la crise. Ils ont également fait appel à des congrégations religieuses (Assomptionnistes, Pères du Saint-Esprit, Salésiens, Maristes, Jésuites et Dominicains, etc.).
Inventer
image013Une conviction cependant m’habita très rapidement. Ce genre de solution (compter sur les diocèses plus riches ou les congrégations religieuses) devenait aléatoire, au moment où la pénurie des prêtres devenait générale en Europe occidentale. Il ne fallait plus se contenter d’espérer des secours venus d’ailleurs. Il fallait inventer. Or, il devenait possible d’inventer car, dans cette population composite et peu pratiquante (de 2 à 5 % selon les paroisses), les richesses humaines et spirituelles ne manquaient pas.
Providentiellement, j’ai choisi de faire ma retraite de préparation à l’ordination épiscopale dans un antique haut-lieu de ce diocèse, l’abbaye de Lérins. C’était pendant la Semaine Sainte de 1983.
J’y ai découvert, avec surprise et beaucoup de joie, un monastère de Cisterciens en plein renouvellement alors que dix ans plus tôt il se préparait à disparaître. Un groupe de jeunes, entré chez les Cisterciens, avait fait œuvre de pompe aspirante et ce monastère moribond venait de retrouver une magnifique vitalité.
« Ce que ceux-là ont fait, pourquoi pas moi ? », rêvait Ignace de Loyola en lisant les vies de saints. Ce qui est possible à un monastère cistercien ne le serait-il pas à un clergé diocésain ?
Tenter l’aventure
image014Ma résolution fut vite arrêtée. C’est à Lérins, au cours de cette retraite, que j’ai pris la décision de me lancer dans une aventure : rouvrir le grand séminaire diocésain, fermé depuis 25 ans. Mon prédécesseur, Mgr Gilles Barthe, m’avait déjà glissé à l’oreille que, s’il avait été plus jeune, il aurait rouvert le Séminaire. Pour ma part, je n’étais plus jeune non plus, car j’atteignais déjà ma soixantième année. Malgré ce handicap, j’ai choisi de tenter l’aventure."
C’est ainsi que l’année de propédeutique ouvrit ses portes en octobre 1983, en septembre 1984 ce fut le tour de la première année de premier cycle puis, chaque nouvelle année une nouvelle classe s’ajoutait jusqu’à aboutir à la formation d’un séminaire complet de premier et second cycle en 1989.
Il poursuivit l’accueil de communautés religieuses extérieures au diocèse. C’est lui qui sut ouvrir la porte à des prêtres venant de l’anglicanisme : il les ordonna et les intégra dans son diocèse.
Le 14 janvier 1996, Monseigneur Madec procéda à la déposition solennelle du corps de sainte Roseline, après reconnaissance et restauration.
image015Après dix-sept ans d’un épiscopat qui imprimera sa physionomie particulière au diocèse, notamment dans le souci des vocations sacerdotales et du service dans le cadre de la Diaconie, sa démission sera acceptée le 16 mai 2000 (il avait dépassé 77 ans !). Il put alors se retirer dans le diocèse de Vannes.
image016Brièvement hospitalisé, c’est à Pontivy qu’il ferma les yeux sur ce monde le mardi 5 février 2013. Son corps fut déposé le 9 février dans le caveau des évêques en la cathédrale de Toulon, entre ceux de ses prédécesseurs, Mgr Gaudel et Mgr Barthe. La cérémonie des funérailles fut présidée par Mgr Dominique Rey, en présence du cardinal Bernard Panafieu, et concélébrée par les archevêques de Marseille et de Tours, l’évêque de Vannes, le Très Révérend Père abbé de Lérins et de nombreux ecclésiastiques, en présence d’une foule de fidèles au premier rang desquels les autorités civiles et militaires de la ville.