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Joseph-Emmanuel Deparis (1758-1828)

Joseph-Emmanuel Deparis (alias Paris ou de Paris) nait à Aubagne le 15 janvier 1758, onzième enfant d’une famille de douze, au foyer d’Emmanuel Deparis et de Marie Anne Sénès. Son père, maître chirurgien fait partie des notables de la ville : plusieurs fois consul (en 1749, 1751 notamment), il est issu d’une lignée de médecins qui y exercent depuis des générations. Parmi les enfants qui survivront, sur les quatre filles trois seront religieuses, des cinq garçons, deux se marient, trois deviendront prêtres, ce qui engendrera des confusions chez certains historiens.

Le premier sera Jean-Baptiste, né en 1741, très vite tonsuré puisqu’il est déjà qualifié d’ecclésiastique en 1758 ; quelques années plus tard, en 1780, il est alors prêtre et aumônier à la pension des Frères des écoles chrétiennes de Marseille.

Le second sera le parrain de Joseph-Emmanuel : s’il reçoit le prénom d’Emmanuel à son baptême, le 18 janvier 1744, il est plus connu sous le nom de « Dom Raphaël ». Entré effectivement à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, Dom Raphaël y est vicaire en 1774, coadjuteur en 1778 et part pour la chartreuse de Durbon pour y exercer la fonction de prieur en 1782. Le 1er octobre 1787, Dom Raphaël est nommé prieur de la chartreuse de La Verne. Il participe ainsi à l’Assemblée du clergé réunie le 31 mars 1789 dans l’église des dominicains de Toulon pour élire les délégués aux Etats Généraux. Mais la révolution qui en sortira met sous séquestre les biens du monastère : le 7 juin 1790 les officiers municipaux de Collobrières procèdent à la perquisition requise ; le 10 juin Dom Raphaël déclare vouloir demeurer dans l’Ordre des Chartreux, comme la plupart des seize religieux présents. Bientôt les bâtiments et terrains de la communauté allaient être mis en vente comme biens nationaux et les moines, obligés de s’enfuir. Dom Raphaël fut un des premiers à gagner l’Italie : Pise en 1793, puis Bologne dont la chartreuse devint maison générale de l’Ordre en remplacement de la Grande Chartreuse, et enfin Rome où il est nommé en 1801 scribe du Révérend Père Général, Dom Antoine Vallet, fonction qu’il occupera jusqu’au 1er juin 1810. Rentré en France il s’installe près des siens à Marseille où il reçoit la dignité de chanoine. Le « fichier Barthélémy », aux archives diocésaines de Fréjus-Toulon, relate des anecdotes édifiantes, sinon vraisemblables, sur sa fin de vie : Il était «confesseur extraordinaire du 1er couvent de la Visitation à Marseille. Un jour il eut l’inspiration d’aller dire sa messe dans le couvent où se trouvait une de ses sœurs. C’était un dimanche ; la religieuse, qui devait passer à la table sainte immédiatement après la sœur Paris, fut toute surprise d’entendre le saint religieux communier sa sœur en viatique : ‘accipe, soror, viaticum corporis’. Oh ! pensa-t-elle, dom Paris a une distraction. La messe terminée et l’action de grâce dite, la supérieure donne le signal de la retraite ; toutes les religieuses obéissent, une seule reste en place, on va la prévenir qu’il est temps de sortir du chœur et de se rendre au réfectoire. L’on ne trouve plus qu’un corps inanimé : sœur Paris jouissait déjà de la vue de son Dieu (…) Dom Paris ne tarda pas à aller rejoindre sa vertueuse sœur : assez gravement malade, ne pouvant plus quitter le lit, il avait été autorisé par Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, à faire dire sa messe dans sa chambre. Le curé de Gémenos, son frère, venait de célébrer le divin sacrifice et de donner la communion au saint religieux : il était une heure après minuit, lorsqu’entra le médecin. J’ai été obligé, dit ce dernier, de me lever pour voir un client dans le quartier et je n’ai pas voulu passer si près sans saluer dom Paris. Le malade le remercia beaucoup de son attention et des bons soins qu’il lui avait prodigués, puis il lui dit adieu et pria son frère d’accompagner M le docteur jusqu’à la porte : un frère lai resta seul près du malade. Je n’ai pas voulu, avoua alors le saint religieux, donner à mon frère la douleur de me voir mourir : adieu, frère Denis. Il lui serra la main, baisa son crucifix et s’endormit dans le Seigneur. Cette même nuit, la sœur Marie Aimée Fajon, de la communauté de ce couvent de Marseille, morte supérieure à Grasse, sentit un rideau s’ouvrir et, se réveillant en sursaut, elle vit passer devant elle un chartreux qui la bénit et lui dit adieu. Elle raconta ce qui lui était arrivé ajoutant : - vous le verrez : dom Paris doit être mort. Cette nouvelle fut bientôt confirmée. » Dom Raphaël, alias Emmanuel Paris mourut donc à Marseille le 4 juillet 1819.

Le troisième prêtre de la famille fut Joseph-Emmanuel. Deparis signature 1Sa mère meurt quelques jours avant son dixième anniversaire, c’est l’époque où son frère Jean-Baptiste est déjà prêtre, et que le second, Emmanuel entre à la chartreuse… Après sa formation, il est lui-même ordonné diacre en 1780 : c’est en cette qualité qu’il assiste au mariage de son frère Thomas Henry, commis au bureau principal des fermes du roi, célébré par leur frère Jean-Baptiste, le 18 juillet 1780 à La Seyne. Deparis signature 2Un peu plus tard, Joseph-Emmanuel signe « Deparis, prêtre », au mariage de son autre frère Gaëtan, maître chirurgien, le 15 octobre 1782 à Aubagne. Cinq ans après, il signe « Deparis, prêtre chanoine » lorsqu’il célèbre le baptême de son neveu le 13 octobre 1787 à Aubagne. Mais la Révolution française le trouve curé de la petite paroisse de La Mourre (sur le territoire actuel de La Garde Freinet) où il a succédé à Messire Jean-Louis Roux, immédiatement après sa mort survenue le 29 mars 1790. Deparis signature 3Est-ce la proximité de la chartreuse de la Verne dont son frère est prieur qui le conduisit à s’éloigner autant de Marseille ? Il y restera jusqu’en 1792. L’abbé Deparis prête serment mais le rétracte bientôt, ce qui lui vaut d’être incarcéré à La Garde Freinet avec un ancien vicaire originaire de la commune, Jean Vidal (qui mourra le 23 octobre 1795 à l’hôpital Saint-André de Bordeaux, victime des mauvais traitements reçus en prison). Pourtant, ils y bénéficient jusque-là d’une certaine bienveillance, au vu de la réponse de la Société populaire de La Garde Freinet, en date du 26 ventôse an II (16 mars 1794) aux questions du président du Tribunal révolutionnaire siégeant à Grasse : « Que Joseph-Emmanuel Deparis, curé de Lamoure, n’a non plus [que l’abbé Vidal] donné aucun signe d’incivisme ; il a payé exactement ses contributions, contribué selon ses facultés pour l’équipement de nos frères d’armes, et gouverné paisiblement la paroisse en bon pasteur ; que la Société ne lui reproche que d’avoir rétracté son serment, quant au spirituel seulement. » Le 22 vendémiaire an III (13 octobre 1794) il est porté sur la liste des émigrés. Est-ce lui que l’exil poussa jusqu’à Port-Mahon où certains historiens ont cru reconnaître Dom Raphaël dont le chemin ne pouvait pourtant passer par Minorque ?  Au rétablissement du culte, l’abbé Joseph-Emmanuel Deparis est nommé curé de Gémenos, ce qui le rapproche de ses origines et alors qu’il a intégré naturellement le diocèse de Marseille à sa restauration, il reçoit de Monseigneur de Richery le titre de chanoine honoraire de Fréjus dès 1824, en souvenir de son service dans ce diocèse et probablement aussi comme en hommage à son défunt frère, dernier prieur de la Verne. Le chanoine Deparis meurt à Gémenos le 17 novembre 1828. Quelques mois auparavant, il avait cosigné une lettre à l’évêque de Marseille en faveur des Jésuites.