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Boniface Pignoli

Personnage de relief, que ce Boniface Pignoli, homme de la Renaissance cultivant des liens ambigus entre artistes et réformateurs...  

De la même génération que l’évêque Leone Orsini nommé en 1525 évêque de Fréjus à l’âge de douze ans, Boniface devint son secrétaire vers 1533. On peut supposer qu’il était né vers 1510. De Rome, Boniface accompagne son maître quand celui-ci vient parfaire sa formation à Padoue vers 1538. C’est à cette époque qu’il sert d’intermédiaire entre l’évêque et le sulfureux littérateur Niccolò Franco (1515-1570) qui, à Venise, est en pleine rupture avec l’Arétin dont il avait été le secrétaire. Par le biais d’Orsini, Franco avait obtenu une association avec l’éditeur Antonio Gardane : en 1538 il dédie au jeune évêque de Fréjus son œuvre polémique Pistole vulgari et la même année, sa satire Petrarchista à son secrétaire, Boniface Pignoli r« il magnifico Messer Bonifatio Pignoli ». Il lui adresse également pas moins de cinq lettres parmi celles qui seront publiées sous le titre Lettere di Niccolò Franco, scritte à Prencipi, Signori, & ad altri Personaggi, e suoi Amici.  Elles nous donnent peu d’informations sur leur destinataire sinon que Boniface Pignoli résidait encore à Rome en 1535, tout en se disant français, ce à quoi il pouvait prétendre : «  si può dir Francese da dovero, poi che stando in Roma, fà l’amor con Marsiglia ».

Etait-ce le début de sa relation avec la Provence ? On notera cependant que ce nom y est déjà familier : un Hugues Pignoli, de Fréjus, qaulifié de "peritus vir" et sa femme Guillemette Espitalier vendent une maison en 1442 à Guillaume Gaybier, de Roquebrune ; un Raymond Pignoli, notaire à Fréjus, apparaît plusieurs fois dans le cartulaire de l'évêché entre la fin du XVème et le début du XVIème siècle ; on connaît aussi la famille aixoise qui ne donnera pas moins de trois consuls à la ville : Bernard Pignoli en 1399, Henri Pignoli en 1568 et l’honorable Louis Pignoli « le vieux », premier consul qui se dévoua au moment de la peste de 1580 au point de succomber à son tour ; un Pierre, exact contemporain de Boniface, époux de Catherine de Bompar, est encore conseiller du roi et receveur général de Provence.

Toujours selon les assertions de Franco, Boniface Pignoli est encore jeune en 1538 malgré la barbe « de chaume » qui vient à peine de lui garnir les joues et alors qu’une sérieuse affection qui le retient au lit l’a fait blanchir avant l’âge et que les soins des médecins l’ont rendu vieux dans sa jeunesse. En 1542, Boniface Pignoli est de nouveau à Rome auprès de son évêque et c’est quand celui-ci s’apprête enfin à rejoindre son diocèse en 1545, qu’il nomme son secrétaire Boniface Pignoli vicaire général de Fréjus et lui octroie une stalle au chapitre cathédral. Mais Pignoli avait déjà obtenu sur le diocèse une prébende de chanoine de Lorgues en 1537, le prieuré du Revest en 1541, celui de la Motte en 1542, le vicariat de Ramatuelle en 1544 qu’il cumulera bientôt avec celui du Muy en 1560.

A peine arrivé en Provence, il doit prendre la mesure de la détresse matérielle et morale du diocèse : alors que la peste sévissait et que le Parlement, ayant du quitter Aix s’était réfugié à Pertuis, ses membres prirent le 13 août 1546, à la requête du procureur du roi, un arrêté visant à enrayer « les hérésies de la secte vaudoise et luthérienne » introduites en plusieurs paroisses de Provence. Les prélats furent ainsi tenus de mettre sur pied sous quinzaine une procédure d’enquête systématique. Sommé de s’exécuter, le vicaire général Boniface Pignoli entreprit probablement sans enthousiasme sa tournée le 29 septembre de cette année. Elle allait révéler au « commissaire par la souveraine cour de Parlement », flanqué du notaire fréjussien Marc Dolle, l’affaissement général de la discipline ecclésiastique dans les quarante paroisses et autres prieurés ruraux qu’il parcourra (à l’exception notable de Barjols, Carcès et Lorgues à cause de la « suspection de la peste »). Effectivement, d’abord orientée vers la détection des germes d’hérésie, l’enquête s’appliquera aussi à recenser et réformer les mœurs souvent dissolues d’un clergé resté très rustique. Achevée le 20 mai 1547, elle se soldera par quelques sanctions et certainement pour ses acteurs, par une grande lassitude.

La frontière n’est pas si nette alors entre catholiques et huguenots et celui qui était chargé de les traquer entre lui-même dans l’intimité de certaines familles tentées par le protestantisme : ainsi voit-on le chanoine Pignoli, vicaire général, porter comme parrain sur les fonts baptismaux de Fréjus, le 9 juillet 1554, Françoise, fille d'Anne Barbossy et de Cosme de Candolle qui sera reçu citoyen de Genève vingt ans plus tard, alors que son frère Bernardin y a déjà émigré depuis 1552 (Françoise mourra elle aussi à Genève en 1586).

Pendant la longue vacance du siège qui suivit la mort de Leone Orsini en mai 1564 jusqu’à la préconisation en janvier 1566 de son successeur, Bertrand de Romans, Boniface Pignoli assista le vicaire général d’Aix chargé du gouvernement du diocèse, avec le prévôt Jean Foulques et le chanoine Pierre Bonnaud. En avril 1567 il participe encore à la nouvelle transaction sur les droits féodaux de l'évêque, entre Bertrand de Romans, le chapitre et la communauté de  Fréjus. Il dut mourir vers 1568 puisque sa stalle fréjussienne fait l’objet la même année d’une compétition entre un clerc d’Angoulême, François de la Valade, qui se prévaut d’une nomination royale et Laurent de Bausset qui sera finalement mis en possession définitive de ce canonicat le 2 mai 1569 en vertu d’une provision pontificale. Epoque où Christophe Billon, d’Aix est qualifié de « cohéritier de Boniface Pignolly, vivant, chanoine de Fréjus ».