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Le chapitre de Fréjus

I      AVANT LA REVOLUTION

Le premier prévôt (ou doyen) du chapitre connu à Fréjus est Amalric, actif les deux dernières décennies du XIème siècle. C’est au cours de ce siècle qu’apparaissent sous la forme qu’on leur connaîtra durant de longs siècles les chapitres cathédraux dans la plupart de nos diocèses. Tout au plus pourra-t-on imaginer qu’il naît avec la reconstruction du diocèse opérée par Riculphe et ses successeurs immédiats.

Bien sûr, l’institution s’enracine dans la collaboration que les évêques ont toujours eu à cœur de favoriser, avec un groupe de prêtres capable de l’assister, et dont la forme variera selon les époques et les besoins. Un jalon important de cette genèse avait été l’établissement d’un collège canonial par l’évêque de Metz, saint Chrodegang, à l’époque carolingienne, et sa Regula canonicorum.

Malheureusement, là encore, les traces de l’histoire du chapitre de Fréjus  laissent difficilement en percevoir l’activité quotidienne, liturgique, pastorale et spirituelle, n’abandonnant aux archives que ses aspects administratifs ou financiers.

LES CHANOINES

LEUR NOMBRE

 

C’est un collège de douze clercs d’abord choisis par l’évêque. Ce chiffre, éminemment symbolique restera peu ou prou le même jusqu’à la période contemporaine. C’est ce chiffre qu’évoque notamment le Sacramentaire de l’Eglise de Fréjus. Au XIIIème siècle, le nombre s’enfle et la charte accordée en août 1224 par le comte de Provence pour confirmer les privilèges de l’évêque de Fréjus en fait apparaître quatorze. L’ancien prévôt du chapitre, Raymond Bérenger, à peine élevé à la dignité épiscopale vise à le réformer et à en diminuer le nombre. C’est ainsi que sous l’autorité de l’archevêque de Vienne, délégué pontifical, des statuts furent publiés le 24 septembre 1235, qui disposaient qu’il ne sera plus nommé de chanoines tant que le nombre de survivants sera supérieur à douze. Mais le 4 février 1300, lors de l’élection de Jacques Duèze (le futur Jean XXII) ils sont encore treize. Ce n’est que vingt plus tard que le chiffre retrouve son chiffre réglementaire de douze.

 

LEURS FONCTIONS

ASSISTER L’EVEQUE

Leur fonction est d’assister l’évêque. A ce titre, les uns ou les autres apparaissent toujours à ses côtés comme témoins et cautions des différents actes posés par lui, mais aussi comme  destinataires avec lui des privilèges et donations faites à l’évêque, comme représentant la communauté de l’Eglise. Si, en 1038, l’évêque Gaucelme cède cinq églises au monastère de Lérins, c’est après avoir obtenu l’avis favorable de son chapitre ; de même lorsque Bertrand en accorde à celui de Saint-Victor de Marseille, en 1085. Les chanoines sont encore là pour confirmer par leur présence et leurs signatures la fondation de La Verne en 1170.

Et quand les comtes de Provence dispensent des faveurs, c’est aux évêques et aux chanoines de leur église : ainsi en est-il pour la juridiction seigneuriale concédée en 1203 et 1208, de même en 1224. Le 28 octobre 1296, le comte de Provence Charles II confirme à l’évêque, au prévôt et au chapitre de Fréjus et à leurs successeurs tous les privilèges accordés par ses ancêtres, dans une bulle d’or. Il arrive, comme en 1225 lorsque le comte Raymond Bérenger partage le profit de la gabelle du sel avec l’évêque Bertrand de Favas, que n’y soit associé que le Prévôt du chapitre, comme représentant le collège. De là à ce que chacun considère qu’il s’agit de privilèges personnels…

CHANTER L’OFFICE

Un autre rôle, plus fondamental, quotidien et cependant moins documenté est celui du chant de l’Office divin dans la cathédrale. Eglise-mère, elle doit résonner quotidiennement de manière exemplaire pour tout le diocèse, de la liturgie qui rythme le jour. Pour cela chaque chanoine occupe une stalle dans l’ensemble qui garnit le chœur et encadre la cathèdre épiscopale qui trône au fond de l’abside. L’« installation » suit donc immédiatement son élection.

Chanter officeLes livres liturgiques témoignent encore en partie de la charge chorale du chapitre. Le plus ancien est un Sacramentaire, datable du XIème siècle, contenant le rituel du baptême, une litanie des saints, un rituel et des prières pour les malades, un rituel pour les agonisants et des messes pour les morts, un ordinaire de la messe, des messes votives, un rituel et la messe de mariage, des bénédictions diverses.

Vient ensuite un Directoire de l’Eglise de Fréjus, manuscrit sur parchemin qui pourrait avoir été écrit au XIVème siècle avec des additions jusqu’au XVIème siècle. Il forme un volume de 122 pages en deux colonnes. Il comprend le temporal et le sanctoral. Il a probablement réglé la liturgie de la cathédrale et des autres églises du diocèse jusqu’au XVIIème siècle et le nouvel Ordinaire dressé sur ordre de Mgr Barthélémy Camelin pour sa cathédrale en 1614. Beaucoup d’éléments de la première partie sont communs au rite romain, elle se termine par cette hymne : « Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, Verbe présent, fils d’une Vierge, Agneau de Dieu, salut du monde. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, louange des anges, gloire des saints, vision du Père, divinité intègre, vrai homme, fleur et fruit d’une vierge mère. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, splendeur du Père, prince de la paix, porte du ciel, pain nourrissant, enfant d’une Vierge, vase de la divinité. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, lumière du ciel, prix du monde, notre joie, pain des anges, tressaillement du cœur, roi et époux de la virginité. Je vous salue, Seigneur Jésus-Christ, voie douce, vérité vraie, notre récompense, charité souveraine, source d’amour, de paix, de douceur, vrai repos, vie éternelle. Amen. » et cette prière à dire après l’office : « Recevez, Dieu très clément, par les mérites et les prières de la très bienheureuse et toujours Vierge Marie et de tous les saints l’offrande de ma servitude et si, dans ces prières de louange, j’ai fait quelque chose d’indigne, regardez-moi avec des yeux propices et ce que j’ai accompli avec négligence, pardonnez-le moi avec clémence, par Notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, &c. » Chanter office 2Le sanctoral présente quelques particularités : les trois messes de Noël qui l’ouvrent sont présentées comme signifiant le temps avant la Loi, celui de la Loi mosaïque et celui de la Loi de grâce. La fête de saint Trophime figure à l’octave de Noël, on repère encore un certain nombre de fêtes locales : saint Honorat et saint Promace, en janvier, saint Quinis, en février,  saint Maximin, en juin, saint Genès, en août, saint Lambert, saint Arnoux, la dédicace de l’église de Fréjus, en septembre, saint Caprais, en octobre, saint Véran, saint Mitre, en novembre, saint Léonce en décembre. Une autre hymne dédiée à Marie, première titulaire de la cathédrale, clôt le sanctoral, sous la forme d’une curieuse paraphrase du Te Deum : « Te Christi matrem laudamus. Te virginem confitemur. Te aeterni Patris splendor stellam illuminavit. Tibi omnes angeli, tibi caeli et universae potestates. Tibi cherubim et seraphim in simili nobiscum voce proclamant : Virgo, Virgo, Virgo virginum sine exemplo ante partum et in partu et post partum. Te gloriosam apostoli praedicant. Te prophetarum, ô Virgo, cantant carmina. Te martyres sui Domini matrem denuntiant. Te per orbem terrarum sancta confitetur Ecclesia Matrem Regis immensae majestatis, venerandam te sponsam maritique nesciam, sanctam quoque solam et mundatam spiritu. Tu es regina caeli. Tu mundi locius es Domina. Tu ad liberandum perditum hominem carne vestivisti altissimi Filium. Tu devicto carnis aculeo protulisti vitam ex utero. Tu ad dexteram Dei sedentis es mater Judicis vivorum et mortuorum. Te ergo quaesumus cunctis nobis subveni quos pretioso tui ventris germine redemisti. AEterna fac cum sanctis tuis in gloria numerari. Salvum fac populum tuum, Domina, et fac nos heredes Christi. Et rege eos et extolle illos usque in aeternum. Per singulos dies benedicimus te. Et laudamus nomen Altissimi qui te fecit altissimam. Dignare, Domina, die isto sine peccato nos custodire. Domina, misericordiarum mater appellaris. Fiat misericordia tua, Domina, super nos quemadmodum speravimus in te. In te, ô Domina, speravi, non confundar in aeternum. »

Ont disparu un Capitulaire et le Bréviaire cadenassé. Quelques feuillets de l’Antiphonaire ont été sauvés du naufrage, dont la beauté des enluminures nous font regretter la perte de la plus grande partie.

Le Chapitre veilla à la première édition imprimée du bréviaire de Fréjus en 1495 et députa à cet effet à Turin pour en surveiller l’impression Pierre Ambrosi qui mourut bénéficier de la cathédrale. La seconde édition dut être réalisée en 1526 chez l’imprimeur avignonnais Jean de Chinay, mais nous n’en conservons aucun exemplaire.

Concrètement l’office rassemble les chanoines chaque jour dans la cathédrale. Les statuts du chapitre publiés le 23 mai 1336 précisent : « Les ministres de l’Eglise, afin de montrer à l’extérieur le respect des choses saintes qu’ils doivent porter dans leur intérieur, s’inclineront avec respect devant l’autel, quand ils entreront dans le chœur et devant le siège de l’évêque quand il y sera ; ils feront de même en sortant. Tous chanteront avec dévotion, ordre et précision l’office canonial aux heures prescrites et y assisteront depuis le commencement jusqu’à la fin sans parler et sans se livrer à des entretiens mutuels. Pendant le temps du Carême, la grand’messe sera chantée vers neuf heures ; elle sera précédée du chant de none et suivie du chant des vêpres. » Avant le concile de Trente (1545-1563), la répartition des heures canoniales sur la journée aura été corrigée avec le rétablissement des vêpres le soir, comme il résulte de l’affaire du 2 juillet 1545 (cf infra). Que leur fonction liturgique soit première apparaît aussi dans le fait qu’ils sont liés à l’église cathédrale : ce ne sont pas les chanoines de l’évêque, mais bien ceux de la cathédrale.

A la Toussaint 1592, le chapitre aligna sa liturgie sur la liturgie romaine, conformément aux souhaits du concile de Trente. Cependant on voit encore en 1667 Mgr Zongo Ondedei demander une uniformisation de la liturgie sur celle de la métropole et une conformation des rites sur le cérémonial romain. En 1678, Mgr de Clermont-Tonnerre publia le premier Propre du diocèse.

A la cathédrale, l’évêque pontifiait pour Noël, le Jeudi-Saint, Pâques, la Pentecôte, la Fête-Dieu et la procession de l’Octave. Le prévôt officiait pour l’Assomption. La solennité de ces fêtes était relevée par la présence de six chapiers. Les autres fêtes étaient marquées par un nombre relatif de ces officiants chapes : quatre ou deux selon les cas. Le chanoine de semaine célébrait mais avait la capacité de se faire remplacer par un bénéficier pour les offices à deux chapes.

Des grandes processions étaient ordonnées pour les solennités suivantes : Noël, Epiphanie, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption et Toussaint, où les prévôts, chanoines et choristes prenaient des chapes à la sacristie immédiatement avant la grand messe, se rendaient au baptistère par le cloître et en faisaient le tour en chantant les prières indiquées dans le processionnal. D’autres processions étaient prescrites, d’après les statuts de 1709, pour les fêtes des saints Sébastien, Grégoire, Roch, Joseph, Léonce, François de Paule et Félix. A cela s’ajoutaient encore celles des premiers dimanche du mois à la chapelle de saint Joseph et chaque troisième du mois, la procession du Saint-Sacrement, les autres dimanches n’étant signalés que par une procession au baptistère sans solennité. On processionnait encore aux fonts baptismaux avant les vêpres de Pâques, de son octave et de la Pentecôte !

Les statuts de 1709, réglant quelques questions de cérémonial nous livrent encore quelques particularités de la liturgie de la cathédrale comme le rite d’entrée ou l’encensement :

on marche à l’autel dans cet ordre : le bedeau portant la masse, le thuriféraire avec l’encensoir fumant, les deux acolytes, les choristes, le sous-diacre portant la statue de la sainte Vierge, le diacre, le prêtre assistant et l’officiant qui baisera la statue avant de monter à l’autel, le sous-diacre la déposera ensuite sur le gradin le plus bas du maître-autel. Pour l’encensement on abandonne en 1709 la génuflexion devant les sieurs prévôt et chanoines au profit d’une inclination médiocre…

Par ces mêmes statuts, Mgr de Fleury se laissa persuader de réduire les offices de la sainte Vierge et des morts qui alourdissaient à ce point les offices canoniaux que « la multitude des offices (…) occupent toute la matinées surtout dans l’hiver, et ne laissent qu’à peine le temps aux prêtres de dire leurs messes.»

image006Dans la perspective de ce service, les chanoines revêtent un habit qui les distingue : fixé au XIIIème siècle, le vêtement choral des chanoines des cathédrales n’évoluera pratiquement plus jusqu’au XVIIIème siècle. Tels que nous les montre le plafond peint du cloître de la cathédrale de Fréjus au XIVème siècle (illustrations ci-contre) les chanoines revêtent un long surplis sur la soutane et se couvrent les épaules et la tête d’une pèlerine de fourrure de petit gris adaptée aux longues cérémonies dans des cathédrales sans chauffage... Cette pèlerine appelée aumusse, portée sur le bras l’été, reste leur signe distinctif. L’hiver le costume se complète encore d’un long manteau, héritier de la cappa serica du haut Moyen Age.

 
ELIRE L’EVEQUE

Enfin les chanoines accompagnent la mort de l’évêque et pourvoient à son remplacement. Comme représentant le clergé du diocèse, ce sont eux qui élisent l’évêque. Il arrive d’ailleurs que leur choix se porte sur l’un d’eux comme en 1131 quand leur Prévôt, Bertrand est élu en remplacement de Bérenger qui venait de mourir, ou en 1235 lorsque c’est le tour du Prévôt Raymond Bérenger. Certaines élections sont plus mouvementées, comme celle du 4 février 1300 où le Prévôt, Bertrand de Morzellis, s’oppose avec plusieurs de ses confrères à la candidature de Jacques Duèze, considéré comme trop étranger à Fréjus, lui qui ceindra la tiare seize ans plus tard… Rarement, l’évêque dépose sa charge autrement qu’en mourant, rendant l’élection plus délicate : c’est le cas à la toute fin du XIIème siècle, pour Guillaume de Pontis justement en conflit avec le chapitre, le pape doit s’en mêler, ordonnant à l’archevêque d’Aix de présider à l’élection ; de nouveau en 1248, où Innocent IV mandate un évêque pour pourvoir au remplacement du vieux Raymond Bérenger que la maladie rend inapte au gouvernement du diocèse, tout en laissant aux chanoines le choix du successeur. Tel est, en tout cas leur rôle jusqu’au XIVème siècle.

 

LES STATUTS

 

image002Comme tous ceux qui sont attachés aux cathédrales, les chanoines de Fréjus appartiennent au clergé dit « séculier », qui se distingue du clergé « régulier », assujetti à une règle. Leur genre de vie n’est pas monastique, même si la prière commune les rassemble et les fonctions d’administration les réunissent habituellement autour de l’évêque. Mais dès l’origine, le chapitre fut régi par des statuts qui définissaient le mode de nomination des chanoines, leurs obligations, leurs rapports mutuels et leurs revenus.

Les plus anciens que nous connaissons sont ceux du 24 septembre 1235 : le nouvel évêque Raymond Bérenger, ancien Prévôt, n’avait pas voulu affronter ses anciens confrères en les réformant par lui-même, voilà pourquoi il en appela au pape qui lui délégua l’archevêque de Vienne (France). Ce Jean de Bernin avait été désigné comme légat et inquisiteur pour apaiser la Provence agitée par les mouvements communaux. Arrivé à Fréjus, il y tint, le 6 août 1235 une réunion solennelle. C’est de retour à Vienne qu’il promulgue ces statuts sur le nombre des chanoines, leurs auxiliaires, leur choix et d’autres points particuliers.

D’autres suivront, qui les complèteront, en 1253, 1266, 1308 et 1336.

Ceux de 1266, publiés par l’évêque Pierre de Camaret, précisent la question de la résidence des chanoines et le service paroissial auquel ils sont tenus à l’extérieur, sans oublier d’en envisager le coût : chaque chanoine dessert une paroisse ou une église qu’il doit rejoindre pour le dimanche et les fêtes d’obligation, étant tenu à la résidence à Fréjus pour le reste de la semaine.

Les statuts de 1308 y rajoutent quelques obligations liturgiques. En 1336 un violent incendie se déclara dans la salle du chapitre et y brûla toutes les archives, expliquant pourquoi seules des bribes nous sont parvenues de son activité antérieure.

Le 23 mai 1336 l’évêque Barthélémy Grassi doit donc dresser avec ses chanoines de nouveaux statuts capitulaires. Ils recommandent particulièrement aux chanoines de vivre en paix : « parce que là où la beauté de la paix abonde, tout est disposé avec gloire, nous ordonnons expressément et nous voulons que les Chanoines, les clercs et les autres serviteurs de l’Eglise aient la paix entre eux, qu’ils s’aiment les uns les autres et se supportent mutuellement. »

Ce sera plus tard l’évêque Jean Bélard, ancien doyen du chapitre du Mans et chancelier de Provence, qui publiera les « Statuts nouveaux » du chapitre en 1427 (les huit chanoines qui y apposent alors leur signature sont Jean Gombaud, vicaire général, Horace de Castillon, prévôt, Armand Fangatoris, sacristain, Antoine Ricavi, Boyer Clerici, Bergomat Castellane, Pons Suson et Antoine Raynaud). Ils seront approuvés par le pape Eugène IV le 11 mai 1430. Ils définissent la répartition des prébendes, les taxes, le devoir de résidence, les moyens d’assurer l’activité pastorale, etc.

Monseigneur Zongo Ondedei (1658-1674) s’appliqua à corriger et réformer ce qui devait l’être, particulièrement l’absentéisme. A la suite de plusieurs ordonnances restées sans effet, il renouvela les prescriptions antérieures et les défenses qu’il avait déjà faites, sous forme de Statuts, publiés le 3 janvier 1673, dont ce qui suit : « Comme il est du devoir de l’obligation pastorale de pourvoir au bien spirituel et temporel du troupeau que la Providence divine a commis à notre conduite et que notre dignité épiscopale nous oblige d’avoir un soin particulier que le service divin soit fait dans notre église cathédrale avec la modestie, piété et dévotion nécessaires et que la mense capitulaire ne soit pas dissipée par une mauvaise conduite ; et comme, au sentiment de l’apôtre, nous ne devons rien entreprendre que premièrement nous n’ayons invoqué le nom de Dieu, à ces fins, après avoir imploré son secours et celui de la Ste Vierge, sous le titre de laquelle notre dite église Cathédrale a été fondée, Nous Joseph Zongo Ondedei, Evêque et seigneur temporel de Fréjus, nous sommes assemblés à la chapelle St-André, au son de la cloche dite l’Espitalière avec les sieurs Chanoines, avons dressé les règlements et statuts suivants :

1° De tous les Chanoines qui seront à la ville, il y en aura la moitié qui seront obligés d’aller à matines une semaine, et les autres, per turnum, à condition que ceux qui y iront pendant leur semaine, auront un jour de pose, lequel ils ne pourront prendre tous ensemble et les sexagénaires seront exempts de matines.

2° On suivra pour les cérémonies, à l’égard de l’officiant seulement, ce qui se pratique dans la Métropole, afin que rien ne se fasse contre la modestie, décence et piété.

3° Les Chanoines seront obligés d’être présents dans la Cathédrale et ne pourront s’absenter aux quatre fêtes solennelles de Noël, Pâques, la Pentecôte et la Fête-Dieu, à moins qu’ils fussent malades, ou pour des affaires si urgentes qui les en dispensent raisonnablement. »

Le synode du 11 janvier 1709 tenu sous le pontificat de Mgr Hercule de Fleury fut l’occasion de nouveaux statuts liturgiques touchant à la cathédrale.

Après le cataclysme révolutionnaire et le rétablissement du diocèse de Fréjus par la bulle Paternae charitatis du 6 octobre 1822, Mgr Charles-Alexandre de Richery s’employa à restaurer le chapitre, qui fut reconstitué et doté de statuts en 1823.

LE MODE DE DESIGNATION DES CHANOINES

Les premiers chanoines furent, bien sûr, désignés par l’évêque, mais, très vite, le collège se constitua en corps jusqu’à former une sorte d’organe sinon d’opposition au moins de contrepoids à l’autorité épiscopale. Le Chapitre était antérieur à l’évêque, qu’il élisait et, bien souvent, il lui survivait. Fort de cela, il affirma son autonomie dans le choix de ses membres. Ainsi il était acquis que la nomination des chanoines n’appartenait ni à l’évêque, ni au roi, pas même au Souverain Pontife, mais exclusivement au chapitre. Ce fut là une de ses principales forces et une de ses plus tenaces revendications. Comme aucun document ne le sanctionne, on voit encore en 1742, les chanoines affirmer que ce droit « datait de l’origine même du chapitre ».

De façon récurrente, il dut l’opposer aux prétentions venues de tous côtés.

Le roi qui, alors, nommait les évêques, ne pouvait pas nommer un chanoine à Fréjus : en 1546, François Compagne, fils du contrôleur des guerre de Marseille, se présente avec des lettres de recommandations signées de François Ier, d’Henri II de Navarre et de son épouse, la reine Marguerite, qui ne prétendaient pas se substituer au chapitre mais exercer sur lui une pression à peine déguisée. Or, au même moment Louis de Lynsel prétend à la même stalle, muni d’un bref du pape Paul III. Habilement, le chapitre renvoya dos à dos l’un et l’autre, en prétextant que les statuts ne pouvaient admettre deux chanoines pour une seule place vacante.

image004Dix ans plus tard, c’est avec un brevet royal qui, cette fois, lui accordait en bonne et due forme le premier canonicat vacant que N. de Cancellade se présente au chapitre de Fréjus ; on lui répondit que le poste était occupé, François Ier ne put que se plaindre du peu de cas qu’on faisait de ses demandes… En 1575, Henri III régale le capitaine Vincent de la Tour, de Grasse, d’un canonicat pour son neveu. A l’ordinaire, les chanoines esquivent la demande tandis que l’évêque, Bertrand de Romans, est bien obligé d’avouer que la collation de tous les bénéfices de sa cathédrale appartiennent au seul chapitre. Seuls deux candidats royaux furent acceptés : Louis Ollivier, de Lorgues, en 1605 (encore dut-il attendre un peu) et Arthur de Castellane qui le dut à une imprudente vanité : que se passa-t-il, en 1636, dans la tête de Mgr Barthélémy Camelin, déboutant ce prétendant à la Prévôté sur la base de lettres de Louis XIII pour lui répondre : « Je ne puis les recevoir, parce que la nomination du Prévôt n’a jamais été de nomination de Sa Majesté » et surtout pour ajouter :  « …mais de tout temps de la collation de l’évêque. Ce serait un grand préjudice à notre église et évêché » ? Que firent les chanoines ? Sur le champ ils élurent l’impétrant, s’asseyant ce jour-là sur leurs principes pour moucher un évêque qui s’était un peu vite arrogé leurs prérogatives.

L’évêque Zongo Ondedei (1658-1674) tenta lui aussi de forcer la main aux chanoines avec son grand vicaire Jacques Talent, qui se vit refusé par le chapitre et même avec son propre neveu, Louis Ondedei, qui, exhibant un brevet royal signé du 10 novembre 1658, s’entend répondre par les chanoines que « de telles sortes de nominations n’ont jamais été introduites dans leur Chapitre ». Il se représente en 1662 : nouveau refus ; le candidat en appelle alors au Parlement qui, le 29 mars de la même année, rend un arrêt obligeant le Chapitre à le recevoir. Rien n’y fit, les opiniâtres chanoines donnèrent la stalle vacante à quelqu’un d’autre et, pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une question de personne, finiront par lui en accorder librement une quelques mois plus tard. A l’époque de l’affaire de la Régale, les candidats royaux se multiplieront en vain : Joachim Dreux, clerc du diocèse de Saintes, en 1667 ; Joseph de Pontevès, de Barjols, en 1670 ; le parisien Philippe Sevin, en 1672 ; Alexandre de Galifet, fils d’un président de chambre à la cour de Provence, en 1674 ; Jean de Flotte d’Agoult, en 1679 ; Joseph de Gaillard, d’Aix, en 1680, etc. Même l’évêque Joseph Zongo Ondedei proteste : « Il n’y a pas d’exemple, de mémoire d’homme, que de semblables indults aient eu lieu dans mon diocèse. » et le chapitre affirme à l’un de ces prétendants « qu’il ne pouvait accepter le dit brevet pour les raisons qui seront déduites en temps et lieu, et que semblables brevets n’ont jamais été reçus au dit Chapitre. » Il eut encore à faire entendre sa voix au Parlement de Paris en 1672 pour défendre le chanoine Joseph Antelmi contre ses compétiteurs : « Tous les canonicats et prébendes de l’Eglise de Fréjus ne sont ni de la collation de l’évêque, ni sujets au droit de Régale, mais de toute ancienneté et par possession immémoriale, ils sont de la pure et libre collation du Chapitre, à l’exclusion de l’évêque qui n’a jamais eu entrée ni voix au Chapitre. » A force de résistance et à défaut de titres, les chanoines pouvaient, au XVIIIème siècle, évoquer avec l’usage immémorial de leurs droits, une certaine jurisprudence gonflée à dessein par la redondance du discours : « avec l’honneur et la révérence dûs à tout ce qui émane de sa Majesté, ils ne sauraient recevoir le brevet (de l’abbé Viany), ni satisfaire à ce qui y est contenu, comme étant contraire au droit qu’a de toute ancienneté le Chapitre de Fréjus, de conférer sans le concours du suffrage de l’évêque, les dignités, chanoinies et prébendes de cette église en cas de vacance, droit qu’il a toujours exercé paisiblement, toutes les fois qu’il y a eu vacation, droit qui a été reconnu par les lettres dont la reine Jeanne et le roi René ont honoré le Chapitre et, depuis la réunion de la Provence à la couronne, reconnu par François Ier, Henri IV et la reine Marguerite, droit que NN. SS. Les évêques ont déclaré appartenir au Chapitre par des actes authentiques, lorsqu’ils en ont été requis, comme NN. SS. Bertrand de Romans et Joseph Zongo Ondedei, droit enfin dont la paisible possession a été assurée et confirmée par des arrêts contradictoires rendus au Parlement de Paris dans le siècle dernier lesquels ont débouté les demandeurs en Régale et déclaré que la Régale n’avait jamais eu lieu dans cette église. Or, les rois n’ayant jamais assujetti ni entendu assujettir à la Régale et au serment de fidélité que les bénéfices dépendant de la collation de l’évêque, comme l’ont solennellement établi Philippe VI, en 1334, Henri IV, en 1606, Louis XIII, en 1362, ils ne peuvent se persuader que le Roi veuille aujourd’hui s’attribuer un droit nouveau que les maximes sur lesquelles seules il pourrait être fondé détruisent, de dépouiller le Chapitre de Fréjus du droit de conférer les dignités, chanoinies et prébendes de cette église dont il jouit depuis son établissement. Sur toutes ces raisons et autres que l’administrateur déduira plus amplement en temps et lieu, s’y échoit, le Chapitre n’entend recevoir le brevet, ni satisfaire à son contenu et autrement proteste de toute indue poursuite contre M. Viany ».

Ces querelles prenaient parfois des tours cocasses : une stalle devenait-elle vacante par la mort de son détenteur, plusieurs prétendants se présentaient qui avec un brevet royal, qui avec une bulle du vice-légat d’Avignon, qui avec une résignation du défunt, parfois simultanément parfois à quelques jours d’intervalle, faisant naître protestations et discussions publiques. Certains, prennent même le soin de venir avec une escorte de gens armés comme Esprit de Nigris en 1636. Le 2 juillet 1545, au milieu de l’office du matin, Alexis Mattey avait occupé de force dans le chœur la stalle qu’il pensait devoir lui revenir selon les termes de la bulle pontificale qui le nommait chanoine-sacristain ; une première sommation des chanoines présents ayant été vaine, celles des consuls puis de l’official n’ayant pas donné plus de résultat, le chanoine Pignoli qui attendait pour commencer la messe décida d’aller la chanter à un autre autel, entrainant ses confrères et le laissant seul dans le chœur. La même scène se reproduisit le soir aux Vêpres et ainsi pendant plusieurs jours !

LA RESIGNATION

A côté de l’élection par le chapitre se mit en place un autre système de désignation qui résulte de la démission d’un titulaire en faveur d’un protégé. Ce qu’on appellera la « résignation en faveur » n’est pas propre au chapitre, encore moins à celui de Fréjus, il s’introduit au cours des siècles comme mode d’attribution des bénéfices. Evidemment inconnue dans les premiers siècles de l’Eglise, elle a commencé à s’introduire à la faveur du Schisme d’occident : jusqu’alors il n’en est nullement question dans le corps du droit canonique ni même dans la jurisprudence. Mais elle ne prit pas tout de suite la forme qu’on lui connaîtra aux XVII et XVIIIèmes siècles. D’abord simple prière auprès du Collateur à qui est remis le bénéfice afin qu’il en dispose en faveur d’un proche, elle va devenir insistante ; des clauses seront progressivement introduites pour fixer de strictes conditions au procureur chargé de la démarche, limitant bientôt la liberté du supérieur lui-même. Au XIVème siècle, le Parlement de Paris les jugeait encore nulles et simoniaques. Au temps du concile de Trente, le roi Charles IX chargea son ambassadeur d’en demander l’abolition. Cependant elles continuèrent à s’imposer en France jusqu’à constituer le 56ème article des prétendues « Libertés de l’Eglise Gallicane ». Les évêques, qu’elles lésaient particulièrement, intervinrent en 1634 auprès du pape Urbain VIII pour les condamner ; les restrictions prises alors furent vite contournées, ce qui obligea Innocent XII à les interdire purement et simplement. Avec une inconséquence qui étonne encore, les évêques français demandèrent cette fois que la mesure soit aménagée en soumettant à leur placet les résignations « en faveur », ce qui laissa de nouveau le champ libre à tous les expédients et autres pressions par voie de justice. C’est ainsi que jusqu’à la fin de l’Ancien Régime se mirent en place des dynasties ecclésiastiques et qu’on vit des familles faire main basse sur des chapitres et s’approprier des institutions, souvent au dépens de personnes plus capables de les servir.

A Fréjus, ce sont par exemple les familles Antelmi et Cavalier, qui occupèrent avec leurs parents et alliés la plupart des stalles du chapitre pendant les deux siècles qui précédèrent la Révolution française. Les élections deviennent alors très rares.

 

LES FONCTIONS ET DIGNITES A L’INTERIEUR DU CHAPITRE

Parmi les chanoines, on distingua d’abord quatre dignités, dont la première était celle du Prévôt.

 LE PREVÔT

 Le chapitre de la cathédrale de Fréjus se composait de douze membres à la tête desquels était le prévôt. La nomination de ce haut dignitaire était soumise à l'élection du chapitre, dans le cas de non résignation. L'évêque avait voix prépondérante, quand il y avait parité de suffrages. Le nouvel élu, après sa nomination, allait prêter serment à Aix, à la Cour des Comptes. Dès les origines du chapitre, les chartes le nomment immédiatement après l’évêque et, parfois seul avec, lui, comme résumant dans sa personne tout le chapitre. Prevot rSa stalle était à la droite de la cathèdre épiscopale, qu’elle fût située au fond de l’abside ou, plus tard, transportée sur le côté du droit du chœur. Depuis la sécularisation du chapitre, le prévôt habitait loin de la cathédrale, c’est en 1206 que l’évêque Bermond Cornut lui octroya la maison contigüe au cloître, appelée encore aujourd’hui la « Prévôté » : « Je donne et cède, dit la charte, librement, absolument, sans aucune restriction et à perpétuité, à vous Raimond, prévôt, au nom de la Prévôté, la maison qu’occupe un prêtre de Bagnols nommé Juvenis, et je vous promets de vous faire tenir cette donation de bonne foi, sans que ni moi ni aucun de mes successeurs ne puisse jamais y contrevenir. » Cette donation  fut faite en présence de tout le chapitre dans le chœur de la cathédrale. En 1789, elle était encore occupée par le prévôt d’alors, Jean-Martin Cavalier qui l’acheta et lui permit ainsi de retrouver sa fonction originelle jusqu’au début du XXème siècle et l’expulsion consécutive à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

La prébende du prévôt :

Le prévôt avait le fief et la prébende de Claviers et de Baudron (en 1380, ce dernier village fut ruiné par les troupes de Charles de Duras). L’origine de ce bénéfice vient d’une donation accordée entre 1165 et 1170 par le jeune Hugues de Claviers qui se destinait à l’état ecclésiastique et qui veniat d’en hériter par la mort de son frère Guillaume. En même temps, il accordait au chapitre ce qu’il possédait à Callas et à Bargemon : « Au nom du Seigneur, qu’il soit connu de tous les hommes présents et futurs que moi, Hugues de Claviers, fils de feu Hugues Rodoard, de bon cœur et spontanément, pour l’amour de Dieu et comme aumône, pour le salut de mon âme et pour la rémission des péchés de tous mes parents et surtout pour l’âme de Guillaume de Claviers, mon frère, je donne, cède à l’église de Sainte-Marie de Fréjus et Saint-Etienne, premier martyr, et principalement à la prévôté et à tous les chanoines de Fréjus, présents et futurs, et à vous, Frédolon, prévôt, et à vos successeurs le castrum de Claviers et celui de Baudron, avec toutes leurs attenances et leurs dépendances, et tout ce que j’ai ou dois avoir dans le castrum de Callas et dans son territoire et tout ce que j’ai ou dois avoir dans la vallée de Bargemon, de telle sorte que tout ce fief ci-dessus désigné appartienne à perpétuité à la prévôté de Fréjus ». Cette donation fut

Confirmée par une charte signée par le comte Raymond Bérenger, à Pignans en janvier 1179 et une autre octroyée par le roi d’Aragon Ildefonse, comte de Provence, en l’église Saint-Paul de Hyères en novembre 1182 : « Et moi, Ildefonse, par la grâce de Dieu, roi d’Aragon, comte de Barcelone et marquis de Provence, de bonne foi, par amour de Dieu et pour la rédemption de l’âme de mes parents, je loue et confirme et concède à l’église de Fréjus cette donation faite par vous, Hugues, prévôt, afin que la susdite prévôté possède ces biens et je promets de les protéger et de les défendre contre chacun. En outre, je donne et concède à la dite église et à ses recteurs présents et futurs, mais à l’usage de la prévôté, la propriété des châteaux et villages susdits et ce qui est contenu dans la donation, en sauvegardant toujours mon droit sur les armées et les albergues, afin que quiconque a ou aura ou devra avoir quelque droit sur ces lieux, il l’ait et le tienne de l’Eglise de Fréjus, qu’il lui en fasse hommage etque toutes les affaires judiciaires, excepté les criminelles, relèvent de la susdite église et du prévôt pour tous les hommes des susdits villages ; mais si le prévôt néglige ou refuse de de rendre la justice, mon bailli pourra librement entendre les plaintes et rendre la sentence. Et si quelqu’un tente de contrevenir à ces disposition ou de les enfreindre, il sera condamné à payer à l’église de Fréjus vingt livres. » Entre temps le dit Hugues de Claviers avait accédé à la prévôté. Mais à sa mort, les chanoines tentèrent de récupérer l’ensemble, arguant qu’il avait été donné tant au chapitre qu’au prévôt. En 1196, une transaction régla l’affaire : les chanoines reconnaissant cette possession au prévôt qui était alors Pierre de Fayence, qui leur abandonnait en retour ses biens dans la vallée du Reyran, dont le lieu-dit « Le Capitou » garde aujourd’hui le souvenir.

Le fief de Baudron fut aliéné par le prévôt Jean Fouques de la Garde en 1570, mais son successeur Jean de Coriolis fit casser cette vente et, en 1671, reçu l’hommage des habitants. On voit plusieurs prévôts exercer leur juridiction sur le fief de Claviers, comme Raymond Asson qui y approuve un règlement de police en 1443, Jean Fouques de la garde qui arrente ses droits seigneuriaux à la communauté pour une pension annuelle de 312 florins, transaction cassée par la suite et remplacée par d’autres : la dernière assure au prévôt une rente de 420 livre, sans préjudice de la pension de 180 livres déjà établie. Comme prieur, le prévôt en tirait encore la dîme qui était de 1500 livres en 1631 et de 1300 en 1719. Le fermier devait en plus fournir l’entretien du vicaire et subvenir aux besoins du culte. Si le prévôt donnait annuellement quarante-huit sous d’albergue au Seigneur de Callas, il tirait quinze charges de blé de Roquebrune et six de Comps. Au total, ses revenus s'élevaient à près de deux mille livres.

Liste des prévôts :

Le premier prévôt connu est de la fin du XIe siècle. Nous regrettons, à cause de l'extrême rareté des documents, de n'avoir pu combler toutes les lacunes et donner des notices plus étendues antérieurement au XVIe siècle. Du moins la liste chronologique est-elle complète à partir de 1536.

1085-1096 AMALRIC Ier fut témoin, en 1085, à la donation faite par Bertrand, évêque de Fréjus, à l'abbaye de Saint-Victor des églises de Sainte-Marie de Pignans, de Barjols, de la Daurade (La Lauzade) du Luc et de Spéluque de Montfort. Il donne son consentement, en 1094, à la cession de Sainte-Marie de la Napoule par l'évêque de Fréjus, Bérenger, aux moines de Lérins et à celle de l'église de Roquebrune consentie par Dodon aux mêmes religieux. Il assiste au synode, en 1095. Il approuve, en 1096, la donation à Montmajour, par le même évêque, des églises de Barjols, de Spéluque et de Roquebrune.

1099 RAYMOND Ier est témoin à la donation des églises de la Daurade du Luc, de Cabasse et autres faite, en 1099, à l'abbaye de Saint-Victor par l'évêque Bérenger.

1104-1124 AMALRIC II, le même que celui qui est nommé dans quelques chartes Amelius, parait, dès le 18 mai 1104, dans la charte de la donation de l'église de Saint-Étienne de Draguignan à Lérins par l'évêque Bérenger. En 1115, il approuve la donation de l'église de Roquebrune à Montmajour et, en 1119, la taxe dont furent frappées par le même évêque les églises du diocèse desservies par les moines de Saint-Victor. Il assiste aussi, vers la même époque, à la donation faite à Lérins de l'église de Saint-Michel d'Ampus, et, en 1124, à celle de l'église de Saint-Barthélemy de Palaison à Saint-Victor.

1129-1131 BERTRAND était archidiacre de la cathédrale depuis 1104. Devenu prévôt, il consent à la transaction passée, en 1129, entre l'évêque et le chapitre d'une part et les moines de Lérins, de l'autre, au sujet de la donation de l'église de N.-D. de Miramas faite par l'évêque Bérenger à ce monastère. Il fut nommé évêque de Fréjus en 1131 (V. Les évêques de Fréjus.)

1141-1154 RAIMOND II reçut en 1141, avec son évêque, une bulle d'Innocent II en faveur de l'abbaye de Lérins ; il intervint aussi, le 22 février 1154, à la cession faite à Saint-Victor de l'église de N.-D. de Seillans.

1170 HUGUES OU R(AYMOND) d'après Girardin, prit part, comme prévôt, à la fondation de la chartreuse de la Verne avec l'évêque Frédol, en 1170.

1176 GERIN (Gireus) assista, le 18 février 1176, à une transaction conclue par le bayle du comte de Provence entre le prieur de Saint-Pons de Puyloubier et le commandeur du Temple de Bailès.

1179 FRÉDOL était chanoine du chapitre et souscrivit à ce titre la charte de la fondation de la Verne en 1170. Il reçut, en 1179, des mains de Hugues de Claviers, alors archidiacre, le fief de Claviers qui fut désormais attaché à la prévôté (n'est pas mentionné dans la Gallia christiana novissima).

1180-1182 HUGUES DE CLAVIERS fut d'abord archidiacre et fit la donation dont nous venons de parler. Il souscrivit, comme prévôt, en 1180, la sentence arbitrale rendue par l'évêque de Vence entre l'évêque et les chanoines de Fréjus et, en 1182, l'approbation donnée par le comte Ildefonse à la susdite donation de Claviers.

1197-1208 RAIMOND FARAUDI souscrivit, en 1197, la confirmation faite par l'évêque Guillaume du Pont aux chartreux de la Verne de la donation de 1170 ; en 1202, il assista, avec le même évêque, à une vente faite à Saint-Victor ; en 1206, il reçut de l'évêque Bermond Cornut la donation de la maison prévôtale et, en 1208, il souscrivit la charte par laquelle le comte Ildefonse II donna aux évêques de Fréjus la faculté d'acquérir des terres sans son consentement. Dans cette charte Raimond Faraudi ajouta à son titre de prévôt celui de prieur de la Motte.

1223-1235 RAIMOND BÉRENGER reçut, au mois d'août 1223, du comte de Provence la confirmation des privilèges de l'église de Fréjus. Il obtint aussi, avec l'évêque, au mois de mars 1225, le privilège de la gabelle du sel; il assista, comme témoin, le 28 mai suivant, au consentement donné par l'évêque Bertrand de Favas à la donation faite aux Templiers de la maison de Rue ; le 27 août de la même année, l'évêque paya pour lui à Guillaume de Fayence quarante livres qu'il lui devait. En 1226, le prévôt Raimond Bérenger fut témoin à l'hommage prêté à Riez par Boniface de Castellane à Raymond Bérenger, comte de Provence, pour les fiefs de Salernes, Villecroze et Entrecasteaux. Enfin, le 24 juillet 1227, il assista à la cession du consulat de Grasse faite par les habitants au comte de Provence. Il fut nommé évêque de Fréjus en 1235. (V. Les évêques de Fréjus.)

1235-1240 FOUQUES DE CAILLE, né à Brignoles, signa, le 6 août 1255, les statuts rédigés par l'archevêque de Vienne pour le service de la cathédrale. Deux jours après, il assista comme témoin à la cession faite par l'abbé de Saint-Pons, de Nice, en faveur de Guillaume Audibert, archidiacre de Fréjus, des dîmes que l'église de Saint-Hermentaire de Draguignan possédait à Roquebrune. Le 5 octobre suivant, nous le trouvons à Draguignan où il donne son approbation comme témoin à l'échange du château de Marsens contre ceux du Puget et d'Agay conclu, au mois d'août, entre l'évêque et le comte. En 1239, il assista à Aix, dans l'église des Hospitaliers de Saint-Jean, à l'hommage fait au comte par les prélats provençaux. En 1240, il était à Arles, quand Raymond Bérenger accordait aux consuls des Saintes-Mariés, le 14 décembre, le privilège du sel. Il devint évêque de Riez en 1240, fut sacré l'année suivante. En 1255, il fonda, entre Baudinard et Bauduen, près de Fontaine-L'évèque, l'abbaye de Sainte-Catherine de Sorp pour cent religieuses de l'ordre de Saint-Augustin. Il établit aussi à quelque distance de ce monastère une maison de sept chanoines réguliers chargés du soin spirituel des religieuses et un hôpital pour les pauvres. Il mourut sur le siège de Riez le 27 juillet 1273.

1240-1246 OTHON FORNARI, cousin du pape Innocent IV, était prévôt de Fréjus et chanoine de Gap lorsque, le 11 mai 1244, le pape donnait commission à Henri de Suse, alors prévôt d'Antibes, de lui conférer d'autres bénéfices pouvant donner un revenu de cent marcs de sterlings. Il était encore prévôt le 13 décembre 1246 et avertissait le pape que l'évêque de Fréjus ne pouvait plus suffire à sa charge.

1253-1260 GUILLAUME BARDINE OU BÉRARDIN, chapelain du pape, était en possession de la prévôté avant le 17 juin 1253, jour où il recevait, avec ce titre, trois bulles d'Innocent IV. Le 11 juillet suivant, il réglait un différend survenu entre l'abbé de Saint-Hilaire et le prieuré de Prouille. Il fut choisi, le 30 septembre 1257, pour arbitre entre Charles Ier comte d'Anjou, de Provence et de Forcalquier et l'évêque de Digne, Boniface, au sujet de l'hommage que celui-ci prétendait recevoir des habitants de sa ville épiscopale, hommage que les arbitres, réunis à Tarascon, dans la maison du comte de Provence, reconnurent lui être dû. Vers la même époque, il s'interposa encore comme arbitre entre Jean Baussan, archevêque d'Arles et les arlésiens au sujet de certains droits de dîmes. Vers 1260, il entra dans l'ordre des Frères Minimes; ce qui ne l'empêcha pas d'exercer encore son arbitrage, en 1278, pour le même objet, à la demande de l'archevêque d'Arles, Bernard de Languissel.

1261-1262 GUILLAUME DE SAINT-MARTIN ne garda la prévôté qu'un an.

1262-1271 GUILLAUME DE LA GARDE était chanoine de Fréjus depuis 1235; il parvint à la prévôté en 1262. Ayant eu un différend avec son évêque, Guillaume de la Font, pour les droits temporels du chapitre, tous les deux en appelèrent à l'archevêque d'Aix, Vicedominus, qui vint à Fréjus et rendit sa sentence le 22 novembre 1271.

1300-1304 BERTRAND DE MORZELLIS était prévôt, le 4 février 1300, lorsque se fit l'élection de Jacques Duèze (futur Jean XXII) à laquelle il ne voulut pas participer. Le 13 juin 1303, il fut témoin à la transaction intervenue entre cet évêque et les habitants de Fréjus, et, le 2 janvier 1304, à celle qui eut lieu entre ce prélat et l'archidiacre au sujet de la juridiction de Bargemon et de Favas.

1306 ALFANT ROBAUDI (Gall. Christ.) peut-être le même que le suivant.

1308-1313 RAIMOND ROBAUDI, archidiacre de Riez, en 1304, devint prévôt de Fréjus en 1308; il le fut jusqu'à sa nomination à l'évêché de Marseille, le 1er janvier 1313, d'où il fut transféré à l'archevêché d'Embrun, le 12 septembre 1319. Il y finit ses jours en 1323.

-1319 AMBLIC DU PUY, mort le 21 novembre 1319.

1320-   FRANÇOIS GARIBALLI, Jean XXII lui confère la prévôté le 28 janvier 1320, à la mort d’Amblic du Puy. Il est encore prévôt de Fréjus, présent, le 26 octobre 1322, dans la maison de Gaillard Saumate, archevêque d'Arles, lorsque celui-ci nomma les gardiens de la monnaie qu'on battait à Mondragon.

1327 LAMBERT DE MONTMAGRAN mourut un peu avant le 8 juin 1327.

1327-1330 ROSTAN DE MAUSANG était chanoine de Fréjus en 1300, succéda audit Lambert et fut nommé à la prévôté par Jean XXII, le 8 juin 1327; il mourut en 1330.

1330-1347 GUITTO ou GUILLAUME DE BOS était sacristain de Fréjus et clerc de la chambre apostolique. Il devint prévôt le 7 octobre 1330. Il est nommé, en 1333, dans le codicille d'Aimar Amiel, évêque de Marseille ; en 1336, dans l'acte d'échange du palais épiscopal d'Avignon, destiné à devenir le palais apostolique ; en 1340, dans l'achat d'une partie de la ville de Montélimar par le pape ; en 1346, dans une promesse faite au pape par Charles, marquis de Moravie. Il résidait continuellement à Avignon où il mourut en 1347.

1347-1348 ROBERT DE VIA, probablement un des neveux de Jean XXII comme l'étaient l'archidiacre Arnaud de Via et le capiscol Jacques de Via, fut nommé à la prévôté le 27 octobre 1347 et fait évêque de Lodève le 14 août de l'année suivante, âgé à peine de vingt-sept ans. Il mourut vers 1356.

1348-1350 RODOLFE DU CROS fit échange, le 2 mars 1350, de la prévôté avec le suivant contre des bénéfices situés dans le diocèse de Cahors.

1350 ALDEBERT BOMPAR DE LASTIC acquit la prévôté le 2 mai 1350 par la cession que lui en fit son prédécesseur.

1357 ARMAND DE LANGEAC. (Gall. Christ.).

1365-1367 RAIMOND GEOFFROY DE CASTELLANE, était chanoine du chapitre, chapelain de Grégoire XI, curé de Lorgues et prévôt d'Aix. Il assista, le 14 mai 1365, au concile d'Apt comme procureur de son évêque et fut nommé à l'évêché de Saint-Paul-Trois-Châteaux le 15 septembre 1367. Il mourut en 1378.

1367 RAIMOND DE GAZELLIS. (Gall. Christ.).

1371-1376 GUILLAUME DE TIRONDO, alias CIRONDE, était à Aix le 25 juillet 1371 et y faisait son hommage-lige entre les mains du Sénéchal; il le fit à la reine Jeanne en 1376.

1397 JEAN CAILLETI, mourut ou résigna vers la fin de 1397.

1398-1403 BERTRAND RAPHAELIS, docteur en droit, d'abord capiscol de Glandève, fut nommé à la prévôté de Fréjus le 17 janvier 1398. Il fit son hommage-lige au roi Louis II, dans son palais, à Aix, le 12 octobre 1399. Il fut témoin, en 1403, à une transaction passée entre l'évêque Louis de Bouillac et le vicaire de Draguignan, Jean de Seillons.

1418 ETIENNE CHABERT ou LABERELLE. (Gall. Christ.).

1419-1428 HORACE de CASTILLON, parent de Charles de Castillon, baron d'Aubagne, était prévôt en 1419; fut témoin, en 1425, à l'hommage-lige des habitants du Puget et signa, en 1427, le statut de Optando, pour régler le choix des prébendes canoniales après la mort d'un chanoine.

1464 RAYMOND ASSONIS, licencié en droit, était, en 1425, officiai et juge de la curie épiscopale. Il figure, comme prévôt, en 1439, dans les lettres du roi René et mourut vers 1464.

1464-1482 BERNARD DE CANDIA, fut d'abord chanoine, puis archidiacre, fut installé dans la prévôté à la fin de 1464 et nommé conseiller du roi en 1474; il mourut en 1482.

-1494 NICOLAS DE FIESQUE, nommé ensuite évêque de Fréjus. (V. Lés évêques de Fréjus).

1494 RAIMOND DE CANDIA. (Gall. Christ.).

-1513 JEAN DE POITIERS, protonotaire apostolique, résigna la prévôté en faveur de son neveu en 1513.

-1521 ALAIN DE POITIERS, neveu de Jean, avait dix-sept ans et faisait ses études à Saint-Paul-Trois-Châteaux, quand Léon X, après l'avoir dispensé « super defectu natalium », chargea l'évêque de cette ville de lui donner la tonsure et conférer la prévôté de Fréjus, que son oncle était dans l'intention de lui remettre ; la bulle est du 20 décembre 1513. Nicolas Fieschi s'opposa à sa prise de possession : ce qui fait croire que ce prélat avait gardé la prévôté tout en étant évêque de Fréjus et qu'il la résigna an suivant, en 1521.

1521-1527 ARBAUD LAMBERT, était évêque de Venosa, dans la Pouille. Il prit possession de la prévôté le 8 décembre 1521. Il était déjà depuis 1519, vicaire et rentier de l'évêché de Toulon pour le cardinal Nicolas de Fiesque, le fut ensuite pour le cardinal Trivulzio. Il fut aussi, successivement à Fréjus, le vicaire général de Nicolas Fieschi et de Franciotto Orsini et exerça, pendant leurs longues absences, les fonctions épiscopales. Après avoir fait son testament le 13 mai 1527, il mourut peu de jours après. Dans ses dispositions dernières il demandait à être enseveli devant l'autel de la Sainte-Vierge, mais soit que ses volontés n'aient pas été exécutées, soit que ses dépouilles aient été plus tard exhumées, Girardin nous dit que sa tombe était devant l'autel de St-Etienne. Arbaud Lambert était aussi prieur de Notre-Dame de Biot.

1527-1531 ANGE ODDO DE CONFINIO, docteur in utroque, avait été envoyé de Rome par Franciotto Orsini, pour régler une question litigieuse avec les habitants de Fréjus. Il passa avec ceux-ci, le 4 septembre 1526, une transaction confirmant celle du 26 avril 1523 et les autorisant de nouveau à amener l'eau de l'Argens dans l'ancien port. Il fut nommé à la prévôté par le chapitre en 1527.

1531-1534 FRANCIOTTO ORSINI, évêque de Fréjus, fut nommé à la prévôté par des bulles du pape et en fit prendre possession par Honoré Martelly, son vicaire général (Il n'est pas mentionné dans la Gallia novissima). (V. Les évêques de Fréjus).

1536-1542 GEORGES FENILIS, chanoine depuis 1528, fit son hommage à la cour des comptes d'Aix, le 12 janvier 1531, obtint la même année le prieuré de Saint-Maurice de Reynier et, en 1539, le vicariat de Mons. Il fut le vicaire général de Franciotto et Leone Orsini. Il mourut avec la dignité prévôtale avant 1542.

-1545 AUGUSTIN BONVOYSIN ou BONVISIN, était chanoine depuis 1525. Il passa une transaction avec les habitants de Claviers, le 10 juillet 1544 (Il n'est pas mentionné dans la Gallia novissima).  

1545-1592 JEAN FOUQUES, alias FULCONIS DE LA GARDE. « Ce prévôt, dit M. Mireur, a été mal connu des Gallia qui n'ont donné ni son curriculum vitae, ni la véritable forme de son nom. Pour avoir ignoré ce dernier, elles ont même coupé notre homme en deux et fait de Jean Fulconis et de Jean de la Garde (qui sont un seul et même Jean Fouque-la-Garde) deux prévôts à travers lesquels elles ont inséré un troisième du même nom et d'un autre prénom, Antoine Fulconis, inexplicable et problématique. »

Jean Fouque de la Garde, bachelier en droit, naquit à Draguignan et y fut tonsuré le 10 juin 1539, par Antoine Filholi, archevêque d'Aix. Il reçut le sous-diaconat à Lorgues, le 20 mars 1546, le diaconat à la cathédrale, le 19 décembre 1551. Déjà, au moins en 1545 (en 1540, disent les Gallia), avant même d'avoir recules ordres majeurs, il avait été pourvu de la dignité prévôtale qu'il conserva jusqu’en 1592. Il passe une transaction avec ses vassaux de Claviers, le 15 octobre 1545, assiste à la visite du vicaire général, Boniface de Pignoli à Claviers, le 30 octobre de l'année suivante, est présent à l'assemblée du clergé le 27 février 1553. A la mort de Leone Orsini, en 1564, il fut nommé vicaire général pendant la vacance du siège. En 1567, il fit l'enquête prescrite par le Souverain Pontife pour permettre à l'abbé du Thoronet, Jean Clausse, d'appeler de nouveaux habitants à Sainte-Maxime, territoire relevant de son abbaye. Il aliéna en 1570, la place et fief de Baudron. Il quitta Fréjus, lors de l'émeute de 1588 et se retira avec le chapitre à Châteaudouble, en 1592, à l'époque des troubles qui agitèrent Fréjus. Quand il mourut, le 5 janvier 1593, au château de la Garde que son père avait acquis et d'où lui vint son titre de noblesse, il avait résigné la prévôté depuis un mois. Il fut enseveli, le 11, à l'église de Montferrat, devant l'autel du Corpus Domini, accompagné par le clergé des environs et « plusieurs notables personnes ». Son compatriote, le chanoine théologal, Maurice Segond, présida la cérémonie et « la prédication et oraison funèbre, disent les archives communales de Montferrat, fut honorablement faicte. » Ce prévôt ne tint pas une vie très édifiante et fut dénoncé par le conseil communal de Fréjus pour avoir gardé auprès de lui comme esclave un Turc qui avait été baptisé.

1592-1595 ANDRÉ ISNARD, né à Cannes, bachelier en droit canon, avait obtenu, en 1562, le prieuré d'Entrecasteaux, il y fonda le vicariat perpétuel en 1580 et résigna ce bénéfice en 1584. Il fut pourvu la même année d'un canonicat à Draguignan qu'il garda jusqu'à sa mort. Jean Fouques de la Garde résigna la prévôté en sa faveur et il obtint les bulles du vice-légat le 5 décembre 1592. Le chapitre était alors à Châteaudouble. André Isnard prit possession de sa dignité prévôtale dans l'église de cette paroisse le 12 décembre et se fit de nouveau installer à Fréjus le 23 mai 1594, dès que le chapitre y fut retourné. Il mourut un an après, avant le mois de juillet 1595.

1595-1613 PIERRE SAURIN né vers 1554, était chanoine de la collégiale de Draguignan depuis 1576. Il fut pourvu de la prévôté de Fréjus par le légat Octave d'Aquaviva, le 30 juin 1595 et fit revalider ses provisions en 1597, parce qu'il avait assuré à faux qu'il était bachelier en droit. Le chapitre lui opposa, en 1597, Jean Gautier, clerc de Cabasse. En 1609, François Gautier, clerc de Seillans, docteur in utroque, avocat au Parlement de Paris et à celui de Provence, se fit pourvoir de la prévôté par le vice-légat par suite de la résignation faite en sa faveur par son oncle. Ennuyé de ces contestations, Pierre Saurin résigna, en 1613, en faveur de Jean de Camelin, neveu de l'évêque Barthélémy, docteur en droit et prévôt de Glandève. Il avait gardé le canonicat de Draguignan, avait même obtenu la dignité de capiscol. Il mourut le 9 décembre 1631.

1613-1635 LOUIS DE QUEIRAS, QUEIRATZ ou QUEIRATI, du diocèse de Carpentras, s'était déjà pourvu de la prévôté en cour de Rome en 1611. Il vit s'élever contre lui d'abord les deux Gautier, puis Jean de Camelin et même Nicolas Antelmy. Il eut gain de cause devant le Parlement de Toulouse. En 1635, il fut délégué à l'assemblée du clergé à Aix ; il résigna la même année, en faveur de son neveu et mourut à Fréjus le 14 mars 1636. Il fut enseveli le premier dans la nouvelle tombe des chanoines.

1635-1637 JEAN-JACQUES DE QUEIRATZ, prêtre de Toulouse, docteur en droit, lutta pendant deux ans contre Arthur de Castellane. Un arrangement conclu entre eux et approuvé par le vice-légat le 25 septembre 1637, laissa la prévôté à Arthur de Castellane qui céda à Jean-Jacques de Queiratz le décanat de Lorgues, le prieuré de Saint-Jacques de Belcodène, dans le diocèse d'Aix, et celui de Notre-Dame-du-Plan de Quinson qu'il possédait. Jean-Jacques de Queiratz garda le décanat de Lorgues jusqu'en 1643.

1637-1651 ARTHUR DE CASTELLANE DE MONTMEYAN, né au château de Montmeyan, docteur en droit, était doyen de la collégiale de Lorgues depuis 1629. Il fut pourvu de la prévôté de Fréjus le 15 mars 1635 et en prit possession le 29 octobre de l'année suivante, malgré le refus du chapitre qui, ne voulant ni de Jean-Jacques de Queiratz, ni de lui, y avait nommé Charles Gautier, chanoine sacristain. Enfin nous avons vu comment il s'accommoda avec de Queiratz, nous ignorons de quelle manière le candidat du chapitre fut évincé. Pourtant Arthur de Castellane ne fit son hommage à la Cour des Comptes qu'en mai 1647. Il avait obtenu, en 1641, le prieuré rural de Saint-Georges de Brégançon, au diocèse de Toulon, et avait été nommé vicaire général de Pierre de Camelin en 1644. Il résigna, en 1651, la prévôté en faveur de son neveu Claude. Celui-ci céda à son oncle le prieuré de Montmeyan et lui promit une pension de 650 livres sur la prévôté à laquelle il renonça en 1657. Depuis le 20 novembre 1656, Arthur de Castellane avait été pourvu de la prévôté d'Aups qu'il céda encore à Claude en 1662.

1651-1663 CLAUDE DE CASTELLANE DE MONTMEYAN, né au château de Montmeyan, docteur en théologie, permute avec son oncle pour le prieuré de Montmeyan. Il fut nommé vicaire capitulaire, sede vacante, en 1654, et délégué à Paris, la même année, par le clergé pour défendre au conseil du Roi les privilèges des ecclésiastiques du diocèse. Il reçut à la porte de la cathédrale et harangua à son arrivée Zongo Ondedei qui le prit pour vicaire général le 21 octobre 1659. Il garda huit mois, en 1651,1a prévôté de Barjols, remplaça son oncle à celle d'Aups, en 1662, et résigna celle de Fréjus l'année suivante.

1663-1679 JEAN DE CORIOLIS, clerc d'Aix, docteur en théologie, prieur de Notre-Dame de Beauvois et de Saint-Christophe de Grambois, au diocèse d'Aix, de Notre-Dame des Lumières et de Saint-Didier de Bausson, au diocèse d'Apt, échangea avec Claude de Castellane ces divers bénéfices pour la prévôté de Fréjus et lui promit en outre une pension de cinq cents livres. Cette permutation fut autorisée par une bulle du 11 février 1663. Jean de Coriolis obtint, en 1667, du pape Alexandre VII, les prieurés de Saint-Vincent de Roquevaire, de Saint-Clair, de Saint-Pons de Gémenos et de Saint-Jean de Garguier, à condition qu'il abandonnerait sa prévôté dans deux mois ; ce qu'il refusa de faire. Pendant la vacance du siège, en 1674, il fut nommé vicaire capitulaire, devint le vicaire général de Clermont-Tonnerre et eut encore l'administration du diocèse à la mort de l'évêque. Il fit de nouveau unir à la prévôté le fief de Baudron qui était aliéné depuis 1570. En 1679, étant tombé malade à Arles où il était allé tenir sur les fonts baptismaux le fils de sa sœur, il y fait son testament dans lequel il élit sa sépulture à Arles ou à Fréjus dans la cathédrale, selon le lieu où il mourra; lègue aux sœurs Dominicaines de Fréjus tout ce qu'elles lui doivent, cent livres à Notre-Dame de Grâces de Cotignac, trois cents aux Jésuites de Fréjus, deux cents au chanoine Emphian. Il résigna la prévôté la même année et mourut probablement à Arles.

Dans sa Description du diocèse, Joseph Antelmy fait en ces termes l'éloge de Jean de Coriolis : « Notre prévôt, issu d'une noble famille d'Aix dont plusieurs membres ont occupé les plus hautes dignités du Parlement et de la magistrature, est un homme d'une pureté de mœurs irréprochable et d'une grande discrétion; il est sévère pour lui-même, mais libéral envers les pauvres. Il est docteur in utroque, voilà douze ans qu'il est à la tête du chapitre et court dans la quarantième année de son âge. » Ces indications nous permettent de fixer à 1635 l'année de la naissance de Jean de Coriolis; il avait vingt-huit ans quand il reçut la prévôté et quarante-quatre ans le jour de sa mort.

1679-1682 JEAN-ANTOINE DE VINCENS DE SERVANE , prêtre d'Arles, bachelier en droit civil et canonique, eut pour compétiteur Jean de Flotte d'Agoult, prêtre et coseigneur de Seillans, qui s'était pourvu en régale et fut refusé par le chapitre. Vincens de Servane avait à peine obtenu gain de cause, le 20 février 1682, devant le Parlement qu'il permuta avec Eustache de Blin, chanoine-trésorier de la métropole d'Arles.

1682-1701 EUSTACHE DE BLIN, diacre du diocèse de Paris, chanoine trésorier d'Arles, licencié en droit de l'Université de Paris, prieur de Saint-Jean-du-Chêne, au diocèse de Troyes, eut ses bulles de prévôt le 13 décembre 1682 et prit possession le 3 janvier suivant. Il fut ordonné prêtre, à la cathédrale, le 17 avril 1683, par Luc d'Aquin, après avoir suivi au grand séminaire les exercices préparatoires à l'ordination. En 1697, après la démission de Luc d'Aquin, il fut nommé vicaire capitulaire. Louis d'Aquin le prit pour grand vicaire et quand celui-ci eut été transféré à Séez, il fut de nouveau nommé vicaire capitulaire pendant la vacance du siège. Il donna sa démission de prévôt en 1701. Ses armes étaient : Partie au premier de gueules, à un bélier passant d'or, au second échiqueté de sinople et d'argent, à un chef d'or, charge d'une couleuvre d'azur tortillée en pal.

1702-1732 CHARLES-LÉONCE-OCTAVIEN ANTELMY, né à Fréjus, le 3 février 1668, docteur in utroque, frère de l'illustre Joseph Antelmy qui résigna, en 1682, le canonicat et, en 1697, le prieuré de Grimaud en sa faveur. Il devint vicaire général de Hercule de Fleury, fut nommé prévôt par le chapitre et installé le 9 janvier 1702. Il eut contre lui deux compétiteurs qui avaient tous les deux des bulles du vice-légat : Charles-Elzéar Desparra, chanoine-camérier de Pignans, et Joseph-François Deydier, prêtre de l'Oratoire. Il eut raison de leurs prétentions en assurant au premier une pension de cinquante écus d'or et en cédant au second son canonicat avec l'usage de la maison prévôtale. Lui-même continua à habiter celle qui avait été construite par son grand oncle Nicolas à la rue de la Prévôté, actuellement rue de Fleury. Nommé évêque de Grasse en 1726, il fut sacré à Paris le 12 janvier de l'année suivante; il avait été autorisé, par une bulle du 7 août 1726, à garder la prévôté encore six ans. Il mourut à Grasse le 12 octobre 1752, âgé de 84 ans. Son portrait est conservé dans la famille Barbe, au Puget-sur-Argens.

1732-1764 JEAN-CHARLES ALBIN, né à Fayence en 1713, neveu par sa mère des deux Antelmy, Joseph et Octave. Il n'était qu'acolyte quand il fut nommé chanoine en 1728. Avant de prendre possession, il déclara qu'il se soumettait à la bulle Unigenitus et condamnait les 101 propositions de Quesnel. Il était déjà pourvu, depuis un an, du prieuré de Saint-Vincent de Trans qu'il résigna en 1740 pour les chapellenies de Saint-Louis et Saint-Sébastien de Saint-Raphaël. Il était docteur en théologie quand son oncle résigna la prévôté en sa faveur (Les bulles du vice-légat sont du 13 novembre 1732). A ce titre il ajouta, en 1741, celui de vicaire général de Martin du Bellay et en exerça les fonctions jusqu'en 1752. Le chapitre de Saint-Victor l'avait choisi, en 1748, pour nommer à tous les bénéfices du diocèse dépendant de l'abbaye. Il mourut à Fréjus le 1er mai 1764, âgé de 57 ans.

1764-1766 HONORÉ ANTELMY, petit neveu d'Octavien et cousin de Charles Albin, avait déjà obtenu, en 1732, le canonicat que possédait celui-ci avant d'être prévôt. Il lui succéda également à la prévôté. Il était alors docteur en théologie. Il mourut deux ans après, âgé de 58 ans (Il n'est pas mentionné dans la Gallia novissima).

Jean Cavalier (1766-1771)1766-1771 JEAN (-TOUSSAINT) CAVALIER, né à Fréjus, docteur en théologie, pro-curé de Saint-Raphaël en 1724, devint curé de cette paroisse, obtint, en 1734, la stalle de théologal du chapitre, fut vicaire capitulaire pendant la vacance du siège à la mort de Pierre de Castellane, archidiacre en 1744, vicaire général de la prévôté de Pignans en 1750, vicaire général de Martin du Bellay et délégué à l'assemblée provinciale en 1557. Il fut enfin nommé prévôt du chapitre en 1766. Vicaire général de Mgr de Bausset et syndic du clergé en 1770, il résigna la prévôté en faveur de son frère l'année suivante et passa le reste de ses jours à Fréjus où il mourut en 1775; Il légua au séminaire trois mille livres pour une bourse en faveur d'un ecclésiastique pauvre de Fréjus, douze cents livres pour la fondation de la confrérie des Agonisants à la chapelle du Saint-Rosaire et trois cents livres aux pauvres de Bargème.

1771-1787 JULES-LÉONCE CAVALIER, frère du précédent, né à Fréjus, docteur en théologie, fut d'abord secondaire à Flayosc, obtint, en 1742, la cure de Figanières, succéda à son frère à la dignité de théologal en 1744, puis à celle d'archidiacre en 1766. Son frère résigna encore en sa faveur la prévôté en 1771. Il fut un des grands vicaires de Mgr de Bausset. En 1780, il fit un voyage à Rome et en rapporta des reliques de Saint-François-de-Paule qu'il fit placer dans un buste d'argent qu'il donna à la cathédrale. Il résigna la prévôté en faveur de son neveu et mourut le 3 septembre 1787.

1787-1790 JEAN-MARTIN CAVALIER, né aussi à Fréjus, n'était que sous-diacre quand son oncle, Jules -Léonce, résigna l'archidiaconat en sa faveur en 1773. Il était aussi prieur de Saint-Estève de la Font-d'Argens près de Saint-Maximin. Une nouvelle résignation de son oncle lui valut la prévôté le 3 septembre 1787. Il assista à Draguignan, en 1789, à l'assemblée du Tiers-État de la viguerie, fut un des commissaires rédacteurs des doléances du clergé et un des douze électeurs nommés pour élire le député du clergé de la viguerie à l'Assemblée nationale. Il refusa de prêter le serment civique et se rendit à Rome ou, pour gagner sa vie, il travailla aux mosaïques du Vatican. Au rétablissement du culte il fut nommé curé de Draguignan, vicaire général de l'archidiocèse d'Aix et chanoine honoraire de la métropole. Il prit une part très active à la réorganisation des paroisses; fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. En 1817, il fit un long mémoire en faveur du rétablissement du siège épiscopal de Fréjus, sur lequel plusieurs personnages influents auraient voulu le faire monter. Il mourut à Draguignan le 18 avril 1823.

L’ARCHIDIACRE

 La deuxième dignité du chapitre est celle de l’archidiacre.

Au chœur, sa stalle est à côté de celle du prévôt.

En 1253, lui furent d’abord dévolues les prébendes de Bargemon et de Favas, il reçut aussi la juridiction temporelle sur l’étang de Fréjus. Dans un deuxième temps, lors de sa réunion du 2 janvier 1301 et en accord avec l’évêque Jacques Duèze, ces prébendes furent unies à la mense épiscopale, l’archidiacre reçut alors celle de Ramatuelle : « Considérant que les fruits provenant de Bargemon et de Favas sont de peu d’importance et qu’il est à espérer que l’évêque actuel et ses successeurs pourront mieux en défendre les droits et même les augmenter, le Seigneur Evêque et le Chapitre général voulant prévenir ces dangers et pourvoir aux besoins de l’archidiaconat de cette église de Fréjus, ont donné aux chanoines Audibert d’Esclapon et Alphant Refudy le pouvoir de dépouiller l’archidiaconat de tous les droits réels et personnels, corporels et incorporels, directs et indirects, de quelque nom qu’ils soient, qu’ils possèdent sur le castrum de Bargemon et celui de Favas et leur territoire, ainsi que de tous les droits lui appartenant sur l’étang de Fréjus et de les appliquer, les incorporer, les admettre et les unir à la mense épiscopale. Mais, aussitôt après, ce qui appartenait à la mense épiscopale dans le Castrum et le territoire de Ramatuelle, consistant en propriétés, censes et services, pensions, tasques et autres droits fut distrait de la dite mense pour être appliqué, annexé, incorporé et uni à l’archidiaconat. Le tout fut approuvé, homologué, ratifié et confirmé par le Seigneur Evêque, l’archidiacre et le Chapitre général à l’unanimité. » Les deux chanoines désignés remplirent leur mandat le 10 janvier suivant.

Ensuite, la prébende de l’archidiacre fut encore augmentée  des prieurés ruraux de Sainte-Maxime et de Saint-André du Cannet, ainsi que d’une pension de blé sur celui de Seillans. En 1421 l’archidiacre reçut en compensation du prieuré du Cannet uni à la nouvelle collégiale de Lorgues et de la pension sur Seillans disparue, le prieuré rural de Saint-Pierre de Foucheraud, à Bargème. En 1719, la prébende de l’archidiacre ne rend que 800 livres ; elle fut pourtant affermée à 2000 livres en 1740. Rien que les maisons de Ramatuelle lui donnaient un revenu de 500 livres.

L’archidiacre habitait à Fréjus une vaste maison qui fut reconstruite en 1690 par Bernardin Camelin qui acheta dans ce but une ancienne chapelle de pénitents et le terrain attenant. Il construisit près de cette maison une chapelle qu’il dédia à saint Jean-Baptiste et dans laquelle il fit une fondation de messes. Ces deux immeubles furent donnés au chapitre par acte du 31 janvier 1701 et 13 juin 1717, donation approuvée par Mgr du Bellay le 7 février 1757. La maison, située derrière la chapelle Saint-Joseph, est située aujourd’hui au n°10 de la rue de Bausset, la chapelle tomba en ruine pendant la Révolution et laissa place à la rue de Richery.

Liste très fragmentaire des archidiacres :

ca 1119-1129 BERTRAND, chanoine en 1119, archidiacre puis prévôt en 1129, il est élu évêque de Fréjus en 1131.

1255 GUILHEM, témoin de la délimitation des diocèses d’Aix et de Marseille en 1255.

ca 1300-1303 BONIFACE DALMAS, participe à la première élection épiscopale de 1300. Encore cité en 1303.

1304-1310 ARNAUD DE VIA, neveu de l’évêque Jacques Duèze. Protonotaire apostolique. Créé cardinal en 1317. Il meurt le 24 novembre 1335

JACQUES DE VIA ?, neveu de l’évêque Jacques Duèze, d’abord chanoine chantre en 1303. Nommé évêque d’Avignon en 1313, créé cardinal en 1316. Il meurt le 13 juin 1317.

13  -1311 FRANCOIS ANDRE, décédé peu avant le 28 mars 1311.

1311-1322 GUILLAUME DE BALAETO, archidiacre de Fréjus à la mort de maître François André jusqu’à sa mort en 1322. Il est originaire du diocèse de Périgueux (devenu Sarlat en 1317), chanoine de Saint-Avit-Sénieur, chanoine de Saint-Astier, chanoine de Limoges, chanoine d’Agen, chapelain de Jean XXII, collecteur des décimes, nonce en Angleterre, recteur enfin de la région « Campagne et Maritime », au sud de Rome, où Jean XXII le charge en 1321 d’ériger une forteresse à Bénévent. Il en est déchargé le 22 octobre 1321. Il meurt à la fin de l’année 1322.

Jean Amiel detail r1323-ca 1349 JEAN AMIEL (de Amelio), frère d’Adhémar, trésorier du pape, est nommé trésorier du Duché de Spolète. Il est ensuite élevé à la charge de recteur de ce même duché en 1323 et conservera cette fonction jusqu’en 1332. Il est archidiacre du chapitre de Fréjus en 1323. Il est aussi clerc de la Chambre. Il est chargé du récolement de la bibliothèque papale. Il reçoit ensuite plusieurs missions comme nonce en Italie entre 1334 et 1339. Le 30 novembre 1338, il reçoit commission de Benoît XII  de se rendre à Assise pour y faire l’inventaire du trésor des Archives romaines qui y avait été entreposé et d’en ramener les pièces concernant l’Eglise romaine dont le pontife avait besoin. Finalement, il est élevé à l’évêché de Spolète en 1349 et meurt en 1371.

ca 1435 GAUCHER DE FORCALQUIER. Né à Forcalquier vers 1410. Il est successivement chanoine d’Aix, prieur de Meyrargues, prévôt de la cathédrale de Marseille, archidiacre de Fréjus, protonotaire apostolique et référendaire du pape. En 1440 il est nommé administrateur de l'évêché de Sisteron puis transféré à Gap en 1442. Gaucher est aussi abbé de Saint-Eusèbe au diocèse d’Apt depuis 1440, abbé du Thoronet, prieur de Notre-Dame de Moustiers, prieur de Chardavon au diocèse de Sisteron, et prieur de Montfavet près d'Avignon. Il meurt le 5 avril 1484 à 74 ans environ.

ca 1444 PIERRE THOMAS, prieur de Pennafort, à Callas, en 1444.

ca 1530 BERTRAND NERON, prieur de Notre-Dame de Spéluque, à Ampus, en 1506, mort en février 1536.

ca 1554 BALTHAZAR DE VILLENEUVE, prieur d’Ampus en 1554.

-1596 HELION MOSSON, déjà cité comme tel en 1587, mort le 28 mars 1596.

1596-ca 1605 BARTHELEMY CAMELIN, alors qu'il est déjà évêque, résigne en faveur de son neveu.

1605- PIERRE CAMELIN, coadjuteur de son oncle.

ca 1660 JEAN CAMELIN, neveu du précédent

- ca 1678 PIERRE CAMELIN, neveu des précédents et frère du suivant, il résigne cette dignité et meurt le 21 juin 1719. 

ca 1678-1707 BERNARD DE CAMELIN, cité comme tel en 1678, mort le 20 mai 1707.

1740  ANDRE-LOUIS DEYDIER, né en 1669, cité comme archidiacre en 1740, il résigne peu après et meurt le 9 mai 1749.

1744-1766  JEAN-TOUSSAINT CAVALIER, né en 1700, théologal en 1733, archidiacre en 1744, prévôt de 1766 à 1771.

1766-1771   JULES-LEONCE CAVALIER, né en 1711, archidiacre de 1766 à 1771, il devient prévôt en 1771 et résigne en 1787.

1771-1787   JEAN-MARTIN CAVALIER, né en 1749, archidiacre en 1771, il devient le dernier prévôt d’Ancien Régime en 1787.

1787-  PIERRE-JEAN-LEONCE CAVALIER, né en 1772, archidiacre en 1787. Il est intégré dans le nouveau chapitre reconstitué en 1823 et meurt à Fréjus le 18 septembre 1835.

LE CHANOINE-SACRISTAIN

La troisième dignité du chapitre, celle du sacristain est instituée par l’évêque Frédol d’Anduze, de concert avec le prévôt, en 1190. La sacristie est la seule dignité qui soit à la nomination de l’évêque, les autres dignités et canonicats étant à celle du chapitre.

Au chœur, sa stalle est la première, en face de celle du prévôt.

Sa prébende – l’une des meilleures, au dire de Girardin – est constituée par la paroisse du Puget enrichie du revenu de plusieurs terres, qui étaient affermées en 1653 pour 1430 livres. En 1719, ses revenus ne sont plus que de 900 livres.

Comme son nom l’indique, le chanoine-sacristain veille sur les vases sacrés, les ornements, le luminaire, le mobilier de la cathédrale. Il a sous ses ordres un prêtre qui en assure le service quotidien, qu’on nomme le sous-sacristain. Cette charge de sous-sacristain déjà attestée au XIVème siècle donne droit à des revenus assez importants puisque les décimes ecclésiastiques les taxent pour 20 sous ; abolie, elle est rétablie en 1546 par délibération du chapitre, qui la confie à Pierre Caussemille, de Draguignan ; le 11 juin 1574 le sous-sacristain Barthélémy Borme établit un inventaire complet de la sacristie ; on voit encore le sous-sacristain Jean Grand soumis à un interrogatoire par Mgr Bertrand de Romans au sujet d’un pontifical qui avait disparu ; parmi ces prêtres ont connaît encore Antoine Porre qui assiste au baptême de Charles-Octavien Antelmi en 1668 et qui est parrain de sa sœur Geneviève le 24 octobre 1671, Louis Daumas en 1715, Marc Carpilletti en 1717, Aymar en 1718, Angles en 1719-1720, ou encore Laurent Roux (1758-1830).

Liste fragmentaire des chanoines-sacristains :

ca 1119 GUILLAUME

ca 1176 GAUCELME

cA 1206 A.ADELARDI

cA 1290 BERNARD DE FIGANIERES, fait son testament le 11 octobre 1299.

ca 1300 GUILLAUME AGARNI, procureur de l’évêque auprès du Saint-Siège. En 1296 se rend à Rome avec son évêque. Il appuie la candidature de Jacques Duèze en 1300.

ca 1320 GUILLAUME DE BOS, il deviendra prévôt en 1330. Mort en 1347. Réside en Avignon.

ca 1427 RAMAND FANGATORIS. Il co-signe en 1427 les nouveaux statuts capitulaires de Jean Bélard.

ca 1507-1545 MARC DE CAPRILIS. Il est chargé de recevoir les aumônes des indulgences romaines. Il est en même temps prieur de Puget de 1507 à 1548.

1545- JEAN DE GLANDEVES. Clerc du diocèse d’Aix, il est élu chanoine-sacristain en 1545.

1601- GUILLAUME AUGERY, résigne sa stalle en 1601 à Nicolas Antelmi, pour prendre celle de chanoine-sacristain, il l’est encore quand il assume le prieuré de Spéluque, à Montfort, de 1620 à 1626.

ca 1660-1679 ANTOINE MAILLE. Il est vicaire général et official du diocèse. Il meurt le 14 janvier 1679.

1695 PIERRE DE ROBION

ca 1708-1748 ANTOINE DE ROBION, déjà désigné comme « sacristain » dans un acte du 20 avril 1710, il est précisé « chanoine-sacristain » le  21 avril 1717, il est abbé de Clausonne dans les années 20 ou 30 jusqu’au 13 mai 1347. Il meurt à Fréjus le 31 décembre 1748.

ca 1750-1786 LOUIS DE SUFFRET, né le 5 avril 1716, mort le 22 janvier 1786.

1786-1791 MARC-ANTOINE ALBIN, né le 4 avril 1726. Il obtient un canonicat en 1752. Il est aussi prieur de Saint-Vincent à Trans et recteur de Saint-Louis à Saint-Raphaël. En 1786 il devient chanoine sacristain. Il obtint de se maintenir dans cette dignité contre le neveu de l’évêque Ferdinand de Bausset, un mois après que l’Assemblée nationale ait mis les biens du clergé à la disposition de la nation… Il meurt le 21 mai 1809.

LE CAPISCOL

Le capiscol ou cabiscol (caput scholae) était à l’origine le maître d’école du chapitre. Devenu un des dignitaires du chapitre, il vit son autorité s’étendre au-delà de l’école cathédrale à toutes celles du diocèse : son approbation est nécessaire pour tout clerc ou laïc désireux d’ouvrir une école et jusqu’au XVIème siècle c’est à lui que s’adressent les municipalités pour les autoriser. Ses fonctions se réduisirent ensuite à régler ce qui devait se faire chanter pendant les offices : il devint le grand-chantre et le maître des cérémonies de la cathédrale.

En 1253 la paroisse de Gassin est adjugée comme prébende au capiscol. Elle rapportait en 1719 700 livres à son titulaire. Il possède également une maison canoniale, contigüe à celle de l’archidiacre, à l’extrémité de la rue des Prêtres, aujourd’hui rue de Bausset.

           

Liste très fragmentaire des chanoines capiscols :

ca 1300 FRANCOIS DE ROQUEBRUNE, participe à la première élection épiscopale de 1300.

ca 1545 RAPHAEL GILLY

ca 1590 GUILLAUME BARBOSSY, encore cité en 1609.

ca 1660 ANTOINE OLLIVIER, il meurt en 1662.

ca 1698 JOSEPH D’OLIVARY

ca 1727 ANTOINE D’ESPAGNET

-1754 JOSEPH-PAUL D’ESPAGNET, il meurt en 1754.

-1778  FRANCOIS-JACQUES ATTANOUX (1702-1778)

ca 1780- GAVOTY, attesté comme chanoine déjà en 1779, il l’est comme capiscol de 1780 à 1784, dignité où il a dû succéder directement à Messire Attanoux.    

ca 1787- BALISTE, il est capiscol quand éclate la Révolution.

Bien qu’elle ne constitue pas une des quatre dignités du chapitre, une nouvelle fonction très proche de celle du capiscol sera créée par prescription des conciles de Latran V (1516) et de Trente (cinquième session, 17 juin 1546), visant à assurer dans les écoles cathédrales et collégiales la prédication de la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Ecriture Sainte : celle de théologal. Un décret de François Ier rendit obligatoire dans chaque cathédrale la création d’une stalle destinée au chanoine théologal et prescrivit encore l’affectation d’une autre à l’entretien d’un chanoine qui, sous le nom de préceptorial, ferait gratuitement l’école aux enfants pauvres de la ville épiscopale, à Fréjus on assigna à celle-ci la prébende de Séranon. Cependant l’établissement d’une prébende théologale rencontra de la résistance au sein du chapitre de Fréjus : l’évêque, Bertrand de Romans, avait beau faire remarquer en 1568 qu’il avait reçu une sommation du Parlement en ce sens, les chanoines lui répondirent que cela les regardait et qu’ils possédaient seuls le droit de nommer aux stalles vacantes. Ils finirent par se soumettre en 1577. On affecta alors à cette fonction les deux prieurés de Montferrat et de Meaux, auxquels s’ajouta en 1708 la vicairie rurale de ce village dépeuplé ; en 1729 on substitua à cette prébende le prieuré de Comps. Une maison canoniale fut aussi affectée au théologal, voisine de celle du prévôt et bénéficiant comme elle d’une issue sur le cloître (actuel n°1 de la rue Fleury).

Le théologal assure la prédication à la cathédrale : par règlement approuvé le 7 décembre 1720 par Mgr de Castellane et à la demande du chanoine Merle, théologal, les prédications du théologal auront lieu après les complies le dimanche et entre vêpres et complies aux fêtes solennelles, sauf accord préalable de l’évêque sollicité au moins quinze jours auparavant. Le théologal assure encore la prédication de l’avent et du carême, sauf à faire appel à un autre prédicateur moyennant 60 livres à prendre sur sa prébende. A cela s’était ajouté par fondation du 8 janvier 1705 faite par l’ermite du cap Roux, Laurent Bonhomme, la prédication d’une octave des morts tous les ans, et une mission tous les dix ans, par fondation du 21 novembre 1714 (la dernière eut lieu en 1784).

Quant au cours d’Ecriture sainte pour le clergé trois fois par semaine, la première difficulté fut d’obtenir une salle : Pierre Germond déplore de ses confrères que « ce à quoi ils n’ont jamais voulu entendre ».

Chanoines théologaux :

Maurice Segond, de Draguignan, curé de la cathédrale, premier chanoine théologal installé en 1577. En 1583 les consuls de la ville lui remontrent qu’il ferait mieux de réserver son éloquence à Fréjus plutôt que d’aller prêcher à Roquebrune ! Il meurt le 10 février 1593.

Jean Aycard, chanoine nommé théologal par Hélion Mosson en 1595.

Honoré Boquis, chanoine nommé en concurrence théologal par Barthélémy Camelin en 1595. Sa prédication du carême fut si désastreuse que les consuls et les notables prièrent le chapitre de lui interdire la chaire et de leur envoyer un religieux qui avait déjà donné satisfaction à son auditoire.

Pierre Germond, docteur, théologal en 1609, cité encore en 1611. Meurt le 4 février 1641.

Paul Aillaud, docteur en théologie, théologal reçu en 1641 par le chapitre.

Claude Thomassin. Né le 27 décembre 1615 à l’église Saint-Sauveur. Il entre à l’Oratoire en 1632, et en sortira en 1645. C’est au milieu du siècle que, docteur en théologie, il reçoit la stalle de chanoine théologal de Fréjus (cité en 1650 et 1653). Mais, prédicateur apprécié, il n’est guère assidu au chœur et en 1653, ses confrères lui retiennent sur son traitement 830 livres pour ses absences sur les trois dernières années. Après que Claude Thomassin leur en ait donné les motifs, on réduisit ses pénalités et il fut réglé qu’il toucherait la totalité de ses revenus dans la mesure où il serait empêché par une prédication de carême ou d’avent tant à Paris qu’en Province. Promu protonotaire apostolique et conseiller du roi, il voulut assister le fils d’un de ses cousins, un autre Louis Thomassin, nommé évêque de Sisteron en 1682, après avoir été coadjuteur d’Antoine Godeau à Vence. Claude assura ainsi la charge de curé de l’église Saint-Sauveur de Manosque, ville dans laquelle il fonda en 1661 le grand séminaire « de l’Enfant Jésus », et dont il prit la direction à partir de 1685 ; il fonda encore un petit séminaire à Lurs en 1680. Il meurt à Manosque  le 4 mars 1690.

Charles Bonin. Mort le 14 avril 1709. Elu en 1670. Il se plaignit en 1686 de l’insuffisance de ses revenus et convint d’un accord avec le chapitre sur cette question.

Antoine Merle, supérieur du séminaire, théologal et vicaire général.

Jean-Toussaint Cavalier. Né le 31 octobre 1700, il est élu chanoine théologal le 20 avril 1733. En 1744 il devient archidiacre ; il est en outre vicaire général et official de Mgr l’évêque, en août 1764. En 1766, il est nommé vicaire général de Mgr de Bausset et devient prévôt jusqu’à sa résignation en 1771. Il meurt le 17 décembre 1775.

Joseph-Jean-Léonce (dit Jules-Léonce) Cavalier. Né le 17 octobre 1711, il obtient son doctorat en théologie, devient chanoine et théologal (il apparaît comme tel en 1751) et hérite de la prévôté par résignation de son frère aîné en 1771, pour la transmettre à son tour à son neveu Jean-Martin en 1787. Il meurt à Fréjus le 9 juin 1788.

Jean-Joseph Attanoux. Né le 7 mai 1704, théologal en 1768, il meurt le 15 avril 1778 « ancien chanoine théologal.

Jean Baptiste Joseph Marie Coulomb. Né le 24 juin 1743, il est le neveu de Jean-Toussaint Cavalier. C’est comme bénéficier qu’il prononce l’oraison funèbre de Louis XV en 1774 à la cathédrale. Il est chanoine en 1789 et sera le dernier théologal de l’ancien chapitre, au moins depuis 1778. Le 5 septembre 1790, il se présente à la mairie et prête le serment d’adhésion à la Constitution civile du clergé avec l’abbé Ch. Ricaud, bénéficier de la cathédrale, il prête encore le serment dans la séance du conseil qui eut lieu le 2 janvier 1791. Il fait partie du conseil municipal avec Ch. Ricaud et il figure comme membre dans toutes les séances qui ont lieu dans la suite. A la réouverture des églises, Messire Coulomb dut sans doute rétracter les différents serments qu’il avait prêtés : il fut nommé curé de la paroisse de Fréjus. Il conserva son poste jusqu’à sa mort qui eut lieu le 11 décembre 1819.

Chanoines préceptoriaux :

Gautier. Il est chanoine depuis 1609 et vicaire général. Il est cité comme sacristain en 1611 (arrêt de la cour du Parlement de Provence du 10 octobre 1611). Et, comme préceptorial, il est sommé par le Conseil communal de remplir ses obligations ; l’affaire portée au Parlement donne gain de cause au Conseil communal par arrêt du 10 octobre 1623.

Charles Tassy. Il s’engage pour lui et ses successeurs dans cette fonction à donner 60 livres par an pour l’entretien d’un maître d’école à qui il doit fournir le local. Il meurt le 24 juillet 1665 et c’est encore de sa libéralité que naquit le séminaire, avec les biens immobiliers qu’il laissait pour cette destination.

Jean-Baptiste Taxil, à la mort du précédent, obtient en justice de conserver le canonicat préceptorial et la prébende de Séranon que lui avait résignés Charles Tassy (ou Taxil) contre Louis Ondedei et Joseph Camelin qui prétendaient les avoir reçus du chapitre.

Antoine Sarde ( -1681), chanoine, vicaire official, mort le 12 octobre 1681. Il est à l’origine d’une question de préséance évoquée dans un arrêt de la cour du Parlement de Provence le 14 décembre 1671 contre le chanoine Martin, à l’occasion de sa prise de possession de la chanoinie préceptoriale contre Nicolas Antelmi ; il y est présenté comme prêtre, docteur en sainte théologie.

LES AUXILIAIRES DU CHAPITRE

LES BENEFICIERS

Armes des beneficiersLes premiers auxiliaires des chanoines sont les bénéficiers. Leurs armes dûment enregistrées à l’armorial général se lisent ainsi : d’azur à un château d’or donjonné de trois pièces de même, maçonné de sable sur une terrasse herbée au naturel.

Leur origine se devine dans les clercs dont parle le Sacramentaire, qui faisaient avec leur maître la veillée des morts. On les appelle encore au XVIIème siècle « clercs bénéficiers ».

Leur nombre fut limité et réduit à douze par les statuts de 1235. Leur désignation revient aux chanoines. Comme eux, ils disposent du droit de résignation. Pour réprimer l’abus d’y placer des enfants tonsurés à la hâte et incapables d’assurer le service divin, le chapitre définit le 9 juillet 1576 qu’on y admettrait que des personnes établies dans les ordres sacrés ou en condition de les recevoir dans le courant de la première année. L’autre condition était la connaissance du plain-chant. Sur les douze bénéficiers quatre au moins devaient être prêtres et deux ou trois, diacres. Ce bénéfice ne pouvait être cumulé avec un autre ayant charge d’âmes.

Le chapitre fit cependant l’expérience de la nocivité du système de la résignation qui avait pour effet d’écarter de l’emploi les plus anciens serviteurs du chapitre et les plus capables dans l’exécution du plain-chant. Les chanoines en appelèrent au parlement en 1612. L’affaire traîna jusqu’en 1624 pour aboutir à la réaffirmation des statuts de 1517…

Ces bénéficiers étaient d’autant plus nécessaires pour assurer le service divin que les chanoines en étaient incapables soit pas leur défaut de résidence soit par le fait qu’eux-mêmes n’étaient pas tous arrivés au sacerdoce !

Au lendemain des guerres de religion, le service manquant de régularité, Mgr Barthélémy Camelin établit dans une ordonnance du 9 août 1600 que les bénéficiers se répartiraient par deux sixaines qui alternativement assureraient le service religieux avec rigueur ; chaque jour ils devaient célébrer sous peine d’amendes au maître-autel la grand-messe et la messe des anniversaires, aux autels de sainte Anne, de saint Léonce et de sainte Cécile, et la dernière ad libitum. En outre ils sont tenus d’assister au chant des Heures. Mgr Zongo Ondedei les dispensa des offices de la sainte Vierge. Ils faisaient office de diacres et de choristes et remplaçaient parfois les chanoines empêchés. Certaines fêtes leur étaient attribuées exclusivement comme les fêtes des apôtres (sauf les saints Pierre, Paul et Jean) et des évangélistes, où les chanoines ne devaient pas paraître, les bénéficiers occupant leurs stalles.

Comme les chanoines, ils bénéficiaient en principe d’une maison canoniale et de revenus sur les deux prieurés de Châteaudouble et de la Roque Esclapon sans compter les distributions et autres rétributions liées à leur service mais soumises au jugement des chanoines qui pouvaient sanctionner les absences ou les moindres manquements aux rubriques par des retenues substantielles. Le rapport entre le haut et le bas chœur s’en trouvait régulièrement affecté et, dans ces périodes portées à la chicane, se réglait souvent devant les tribunaux…

Parmi les bénéficiers des derniers siècles on a gardé les noms de Marc et Léonce Aubert, puis au XVIème siècle de : Honoré Abeille, Pierre Ambrosi, Laurent Antipol, Pierre Aubert, Jean Augiès, Jean-Jacques Bonaud, Olivier Boysson, Jean Clément, Honorat Fenilis, A. Gerra, Pierre Francolis, André M., Jean-Antoine Marenc, Pierre Perrache, Pierre Priti, Faustin Rodillat, Honorat Roque, Jean Valhe, au XVIIème siècle de :  Jean Barrelier, Cyprien Baudes, Honnoré Bonaud, Barthélémy Brémond, Jean Calvy, autre Jean Calvy, Honorat Camelin, Firmin Capellier, Antoine de Caprilis, Emmanuel Carlon, Jean-Antoine Carlon, Jean Chabert, Charles Desidery, Elzéar Desidery, Honoré Faye, Guillaume Garcin, Louis Lieutaud, Barthélémy Lussard, Pierre Maille, Joseph Moret, Joseph Pignan, Jean Pignon, Joseph Pollony, Bernardin Polony, N. de Saint-Pons, Jacques Ravel, Augustin Roux, Jean Vailhe, Georges Valeye, Etienne Valleye, Jacques Valeÿe, Louis Villy, au XVIIIème siècle :  François Antoine Augery, Joseph Augier, Bernard Barralier, Marc Camelin, Pierre Chaix, Antoine Chautard, Esprit Chautard, Antoine Dolle, Raphaël Gaignard, Honnoré Gavot, César Gay, Jean-Baptiste Victor Jaubert, François Maurine, Balthazar Ourdan, Pierre Pelassy, Jacques Peyronet, Joseph Pignon, Antoine Porre, Joseph Charles Ricaud, Jean-Honoré Roubié, Joseph Roubié, Claude Roustan, Guillaume Ryblé, Pierre Ripert, Jacques Saline, Joseph Taxil, Pierre-Louis Turles, Raphaël Valleÿe, Marc Antoine Villy.

LE CLERGE ORDINAIRE DE LA CATHEDRALE

Après les bénéficiers viennent les deux curés appelés curieusement en Provence et particulièrement dans le diocèse de Fréjus « vicaires » ou vicaires perpétuels. Ce sont les deux chapelains perpétuels prévus par les statuts de 1235 qui seront chargés de la cure des âmes dans la ville de Fréjus, auxquels le prévôt est tenu d’assigner des revenus suffisants. Ils sont nommés par le chapitre à la pluralité des voix. Eux aussi sont tenus au service du chœur et remplissent les fonctions de prêtre assistant. Comme les bénéficiers ils ont part aux distributions quotidiennes assurées par le chapitre, en plus du casuel. Ils logeaient dans une maison commune.

A la grand-messe ils assurent l’aspersion du peuple après que le chanoine célébrant ait procédé à celle du chœur, comme le stipule l’antique Directoire de l’Eglise de Fréjus. On s’amuserait à suivre la querelle que leur intenta le chapitre pour savoir s’ils devaient ou non porter l’étole pour ce service, litige digne du Lutrin de Boileau et qui fut résolu d’autorité par une ordonnance de Mgr de Bausset en 1778 !

Le vicaire de semaine célébrait aussi les offices paroissiaux, célébrait la messe du prône, baptisait, bénissait les mariages et donnait l’absoute aux défunts ; toutefois parce que le chapitre se souvenait que la cure des âmes ne relevait autrefois que de lui, les chanoines s’étaient réservé le droit de donner la communion pascale…

Parmi ces vicaires on citera : Maurice Didier, André Léget, Jean Villet, Antoine Poulle, Anselme Léget, N. Pelassy, Pierre Revel, Pierre Jean Maunier, Dominique Suffret, François André Viany, Jacques Félix Girardin, André François Vian, Antoine Porre, N. Audibert, Buisson, Maurine, N. Raybaud.

Aidant ces vicaires, deux « secondaires » assuraient le service de ce qu’on appelle ailleurs les vicaires, puis deux autres prêtres qui remplissaient les fonctions de diacre, sans compter le prêtre sous-sacristain déjà évoqué. A côté des secondaires N. Taxil, Honoré Pierre Grégoire,

Paul Boyer, François Baudoin, François Emphian, Jacques Salepre, N. Meifredy, Pierre Chaix, on rencontre encore des prêtres « résidant sur la ville ou « habitués », voire même un « acolyte habitué ».

LA MUSIQUE

La musique de la cathédrale était composée d’un maître de chapelle qui veillait à ce que chacun s’acquitte de son emploi, et qui touchait un traitement de 340 livres, sans compter 24 charges de blé et un pot de vin tous les jours. Comme les autres intervenants de ce type, souvent laïc, il était à la nomination du chapitre et révocable à volonté. Il était chargé de faire chanter tous les dimanches doubles de l’année une messe en musique et le Magnificat en faux bourdon et, les jours de grande fête, deux psaumes en faux bourdon. A la fin du XVIIème siècle, les deux derniers maîtres de chapelle sont des laïcs : les sieurs Gheist puis Jean Dollé, au XVIIIème siècle leur succèdent un clerc tonsuré Louis Raibaud (mort en 1710), puis un prêtre Jean Deshayes (mort en 1746) ; la cathédrale eut le bonheur de compter aussi à ce poste pendant plusieurs années Marc Antoine Augier (ou Désaugiers), né à Fréjus le 16 novembre 1739, avant son départ en 1774 pour Paris où il se fit connaître par plusieurs œuvres qui furent représentées à l’Académie royale de Musique et à l’Opéra comique. Lié d’amitié avec Glück et Sacchini, ce fut pour honorer la mémoire de ce dernier qu’il composa une messe de Requiem ; il mourut à Paris le 10 septembre 1793 ; il est le père de Marc-Antoine Désaugiers, vaudevilliste et chansonnier.

Un organiste fait partie de la chapelle, qui est toujours un bénéficier depuis que le chapitre a délibéré le 1er août 1625 de réserver la première bénéficiature vacante pour un clerc habile à jouer les orgues. Ainsi Messire Antoine Lambert, mort en 1765 ou Pierre Fruchier, dernier bénéficiaire organiste, originaire du diocèse de Cavaillon, ordonné prêtre à Fréjus en 1782 ; il participa à la rédaction des cahiers de doléances en 1789, prêta serment à la Révolution puis se réconcilia et reprit ses fonctions d’organiste jusqu’à sa mort le 15 juin 1819 ; il légua tous ses biens à l’hôpital de Fréjus. Les premières orgues avaient établies dans la cathédrale par Mgr Barthélémy Camelin sur une tribune qui dominait le sanctuaire, du côté de l’évangile. Elles furent renouvelées en 1778 et placées à l’entrée de la nef, sur une tribune qu’il fallut établir au-dessus de l’entrée.

D’autres instrumentistes sont requis puisqu’on sollicite aussi le violon, la contrebasse et surtout le serpent qui était encore en usage au début du XIXème siècle et fut remplacé vers 1850 par l’ophicléide.

Bien entendu, des chantres complètent l’ensemble. Aux XVIème et XVIIème siècles, après avoir fait leur preuve, les bons chantres sont attachés au chapitre et reçoivent un diplôme de musicien perpétuel avec revenu afférant.

Enfin, les six enfants de chœur sont recrutés dans les paroisses du diocèse. Leurs parents s’engagent par acte notarié à leur fournir le linge de corps et la première soutane rouge et à laisser l’enfant jusqu’à sa mue. De leur côté les chanoines promettaient de les nourrir, de les habiller, de les chausser, de leur apprendre à lire et à écrire, à chanter et à les soigner le cas échéant. Les drames ne sont malheureusement pas rares comme on le constate avec les décès de  Jean-Louis Monge en 1670, d’Antoine Tardieu en 1698, à l’âge de douze ans, d’Honoré Tremilat en 1705, à neuf ans ou de Joseph Guigou en 1722, à 17 ans. Ils étaient confiés à un maître spécial, souvent un des secondaires de la cathédrale. Au chœur, ils portaient sur leur soutane une aube et une dalmatique de la couleur du jour quand ils servaient à l’autel.

Le reste du personnel se composait encore d’un sergent du chapitre  et d’un sonneur (Pierre Dollé, Charles Aune, Jacques Maistre, etc.).

LA REVOLUTION

La longue histoire du chapitre de Fréjus fut brisée, comme ailleurs, par la Révolution française. En vue de la désignation de ses députés, les électeurs des sénéchaussées de Draguignan, Grasse et Castellane se réunissent à Draguignan le 7 avril 1789 dans l’église des Frères de la Doctrine chrétienne (actuelle Cour d’assise). Là, le prévôt du chapitre de Fréjus, Jean-Martin Cavalier, essaie de peser sur le vote en écartant les congruistes : ne pouvant être grevés de l'impôt, ils ne peuvent pas non plus le voter ! Tous les curés présents (11) font bloc avec le Tiers État contre le Prévôt, ils signent une protestation disant : "La représentation des cures est plus essentielle à la religion et au peuple que ne le sont le chapitre et le décimateur."

Après le vote des lois de novembre 1789 abolissant les bénéfices épiscopaux et mettant les biens du clergé à la disposition de la nation, les membres du vénérable Chapitre de Fréjus, reçoivent la notification suivante le 3 mars 1790 : "Tous les privilèges et franchises, étant abolis par décret de l'Assemblée Nationale, Messieurs du vénérable Chapitre de cette cathédrale et autres privilégiés, sont soumis à payer toutes les charges, ainsi et de la même manière que les autres habitants de façon que cet avantage tourne au profit de la communauté et qu'elle en doit retirer le revenu principalement sur les fermes du piquet."

La sécularisation des biens du clergé avait fait disparaître le chapitre.

Les membres du Chapitre, bien que n'étant pas soumis à serment (leur institution ayant été dissoute) se réunissent solennellement [...] sous la présidence du Prévôt dans sa salle capitulaire devant les responsables du district et du Conseil Municipal, ils demandent que l'on prenne acte :

- De la soumission de tous les titulaires de l'Eglise aux ordres du Roi, sous la réserve des droits du Chapitre et du Prévôt en particulier concernant l'exercice de la cure. - Le Prévôt en son nom et en celui des chanoines titulaires demandent à conserver les logements dits de fonction attribués à chacun (Ordre leur ayant été donné de les évacuer avant le 31 décembre pour être vendus comme biens nationaux.)

- Le Conseil ne peut que constater qu'il n'est pas en son pouvoir de connaître les droits respectifs, des parties concernant l'exercice de la cure, de l'offre faite par tous les anciens chanoines titulaires de continuer provisoirement et individuellement le service de l'église. Il réitère la disparition des Chapitres et demande que Mgr de Bausset se rende au plus tôt à Fréjus, Son absence contribuant à l'interruption du culte.

Le Prévôt voulait marquer par là que le Chapitre restait fidèle au roi, mais au roi seulement et que les chanoines voulaient bien être utiles mais à titre individuel. Cela laissait entendre que le Chapitre ne se sentait pas engagé par le nouvel ordre. D'autre part, parlant au nom du Chapitre, le Prévôt essayait de persuader les chanoines de ne pas prêter serment à la Constitution civile du Clergé. Il est de fait que si ce serment ne présentait aucune obligation pour les chanoines et les bénéficiers, il aiderait certainement le reclassement dans la nouvelle hiérarchie...

La loi publiée à Fréjus le 13 janvier 1791, ordonnait le serment dans les huit jours. Le Prévôt avait raison d'être inquiet. Tour à tour devaient jurer publiquement : MM. Maurine et Héraut, archiprêtres, Audibert, supérieur du Séminaire, Jean Rey, économe. Les chanoines J.A. Albin, J.M. Coulomb (théologal), P.L. Cavalier (archidiacre et frère du Prévôt), Chautard, et pour les bénéficiers : Jean-Joseph Meifredy, Pierre Fruchier, Ricaud, Charles, Rolland, le dominicain Hyacinthe Reverdit, le vicaire Gastinel.

(Le dernier état du chapitre était celui-ci : Jean-Martin Cavalier (prévôt), MM. Coste, J.-M. Coulomb (théologal), Jean-Pierre-Léonce Cavalier (archidiacre), Brieu, J.-A. Albin (sacristain), Antelmy, Chautard, Baliste (capiscol), Panisse.)

Une note plus tardive mentionne les ecclésiastiques percevant un traitement, donc en règle avec les lois nouvelles, on n’y retrouve plus tous ces noms : certains auront déjà quitté Fréjus. Par exemple, le chanoine Jean-Pierre-Léonce Cavalier, réside à Lyon. Son frère le Prévôt, refusant tout serment, quitte la ville le 10 mai 1791 à la veille de l'arrivée de l'évêque constitutionnel Rigouard. Monsieur Laugier commente : "C'est le dernier résistant officiel qui s'en va"

Les chapitres cathédraux de Fréjus et de Toulon, riches d’une longue histoire, anéantis de fait par la Révolution, disparurent officiellement le 29 novembre 1801 avec la suppression des deux diocèses, à l'occasion du Concordat entre Pie VII et Napoléon.