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Joseph-Antoine-Henri Jordany (6 novembre 1855 – retiré le 4 avril 1876)


image002Armes : tiercé en fasce : au 1 d’azur à trois étoiles d’argent, rangées en fasce ; au 2 d’argent plain ; au 3 à la mer d’azur dans laquelle nage un poisson d’argent.
image001Cet écusson est surmonté d’un petit écu placé dans le cartouche : d’azur au monogramme de la Vierge, de sable soutenu d’un croissant d’argent.
Devise : In verbo tuo laxabo rete. (Lc V 5)

image003Au départ de Mgr Wicart, une démarche de bon nombre de prêtres du diocèse, appuyée par M. Fourtoul, ministre de l’Instruction publique et des cultes, amena à la présentation, le 6 novembre 1855, de M. Jordany, chanoine de la cathédrale de Digne et ancien supérieur du grand séminaire de cette ville.
L’annonçant dans leur mandement du 29 janvier 1856, les vicaires capitulaires louent « la pureté de sa doctrine, son attachement invariable au siège de Pierre, la puissance de sa parole, l’ardeur de son zèle, la sagesse de ses desseins, son expérience consommée, la douceur et l’aménité de son caractère. »
Né à Puymoisson (Basses-Alpes) le 13 septembre 1798, il avait été baptisé en secret par un prêtre insermenté à Moustiers, village de sa mère. Il entra en 1816 au séminaire de Digne dont son grand oncle, ancien supérieur du séminaire de Riez, était chanoine. Il fut ordonné prêtre le 16 juin 1821. Il montra dans ses différentes fonctions une énergie et un talent qui lui valurent d’assumer les plus hautes charges du diocèse.
Préconisé par Pie IX le 20 décembre 1855, il fut sacré dans l’église Saint-Sulpice de Paris le 25 février 1856 par Mgr Sibour, son ancien évêque, assisté de Mgr Menjaud et de Mgr Meirieu.
Un de ses premiers actes fut de bénir le nouveau petit séminaire de Brignoles, le 12 mai 1856, et son dernier, de bénir le petit séminaire de Grasse reconstruit par ses soins, en avril 1876.
image004En 1859, Mgr Jordany eut l’opportunité de racheter l’île de Saint-Honorat. L’antique abbaye avait été supprimée en 1787 et l’île mise aux enchères en 1791 ; un neveu de dom Alziary, dernier économe du monastère, Jean-Honoré Alziary de Roquefort, bourgeois acquis aux idées révolutionnaires, devenu administrateur du Var, l’avait achetée pour le compte d’une de ses soeurs, Marie-Blanche, plus connue sous le nom de « La Saint Val », actrice de la Comédie française qui avait défrayé la chronique, y vécut quelques années et, devenue pieuse sur le tard, manifesta le désir de restaurer une chapelle pour y faire dire la messe et confirma ses bonnes dispositions en offrant à Mgr de Richery une relique de saint Honorat... Revendue, l’île tomba finalement entre les mains d’un ministre anglican, le révérend Henry Sims auquel un habitant de Draguignan, Lewis Augier, la racheta en 1859 pour le compte de Mgr Jordany. Le diocèse, devenu propriétaire, l’évêque eut la joie d’en prendre solennellement possession et d’y rendre l'église au culte. Après y avoir accueilli les Frères agriculteurs, il demandera à Dom Barnouin, le restaurateur de la vie monastique cistercienne à Sénanque, de rétablir une communauté sur l'île, qui s’y établit en novembre 1869. Mgr Jordany l’installa solennellement le 30 septembre 1872.

image005Sa propriété familiale de Ségriès, (à Moustiers-Sainte-Marie) sera plus tard confiée aux moines de Lérins qui y établirent un petit monastère qui devint propriété du diocèse de Fréjus-Toulon et fut vendue à un particulier dans les années 1960.

En 1859, le Père Lacordaire avait, de son côté, racheté l’ancien couvent de Saint-Maximin, Mgr Jordany y procéda en 1860 à la translation solennelle de la tête de sainte Marie-Madeleine dans sa nouvelle châsse.
Mgr Jordany eut l’occasion d’accueillir Napoléon III à Toulon, venu inaugurer les travaux d’urbanisme le 11 septembre 1860 et, à cette occasion, fut fait chevalier de la Légion d’honneur. C’est dans cette ville, qu’il témoigna encore sa sollicitude pastorale aux populations atteintes du choléra en 1865, le chanoine Jean-Baptiste Tardieu qui l’accompagnait le paya de sa vie.
Il se rendit plusieurs fois à Rome : en 1862 pour la canonisation des martyrs japonais, en 1867 pour les canonisations célébrées en la fête de saint Pierre et, bien sûr, en 1870 pour le premier concile du Vatican où ses sentiments entièrement dévoués au Saint-Siège le placèrent dans la majorité des Pères.
A Fréjus, il rétablit les Conférences ecclésiastiques suspendues depuis des années et fonda en 1866 la Semaine religieuse de Fréjus, une des premières de ces publications régulières qui firent alors leur apparition dans les diocèses de France.
image006Avec le séminaire, les relations ne sont plus celles du temps de Mgr Wicart : en 1856, Mgr de Mazenod annonce à Mgr Jordany qu'il rappelle le supérieur à cause des «petits nuages qui se sont élevés contre notre bon Lagier qui a eu vraisemblablement le tort d'exprimer trop ouvertement son opinion sur l'opportunité de l'admission dans vos conseils de tel personnage très recommandable d'ailleurs». Il s'est créé ainsi des inimitiés qui rendent difficile la continuation de sa charge.
Le père Magnan, nommé alors supérieur (le séminaire compte alors 57 séminaristes) ne fut jamais aimé de Mgr Jordany. Il fallut le remplacer en 1859. Dans le compte rendu du conseil général des Pères Oblats, le 26 septembre 1858, on lit ceci à son sujet: le père Magnan recevra «quelques avis un peu serrés au sujet de la négligence qu'on lui reproche dans l'accomplissement de ses devoirs de supérieur». Son successeur, le père Balaïn fut autrement apprécié de l’évêque avec lequel il collabora pour la construction d'une belle chapelle au séminaire dont les séminaristes furent expulsés lors de la guerre de 1870 pour faire temporairement place à l’armée. Une visite canonique des Oblats note à cette époque la faiblesse des études qu’on impute à celle « des études classiques faites à l’un et l’autre petit séminaire » de Brignoles et de Grasse. Quelques mésententes se produisirent pourtant en 1871 et surtout en l874 où les Oblats notent qu’influencé par son entourage, «Mgr Jordany a exprimé à son sujet des plaintes, sans fondement mais de nature à rendre désormais impossible les relations de confiance qui devraient toujours exister entre un évêque et le supérieur de son séminaire, membre de son conseil». Monseigneur l'accusait, entre autres, «de démontrer trop d'intérêt à la jeunesse et peut-être quelquefois avec un peu de partialité», mais au conseil général de la congrégation du 17 juin 1874, on conclut que «ceci peut être l'objet d'une admonition et non d'un changement».
image007Père bienveillant et aimé de tous, il sentait le poids de l’âge et ses forces diminuer, il souhaita alors se retirer pour permettre à un évêque plus jeune de gouverner le diocèse ; le pape l’ayant autorisé, il le fit savoir à ses diocésains fin mars 1876 et quitta Fréjus dans la nuit du 31 mai, le plus discrètement du monde.
C’est à Riez, près de son pays natal, où il avait élu domicile, qu’il mourut le 25 octobre 1887 après une humble retraite. Il fut inhumé dans la cathédrale de Riez.

 

 

 

 

 

Inscription funéraire :

HIC PLACIDA PACE QUIESCIT
IN ANTIQUO REIENSIUM EPISCOPORUM SEPULCRO
ILL. AC RR. HENRICUS JORDANY
PODIO MUXONIS NATUS D. 13 SEPT. 1798
EPISCOPUS FOROJULIENSIS CONSECRATUS PARISIIS
D. 20 FEBR 1856
DOGMATI INFALLIBILITATIS SS. P.
RELIGIOSE SUFFRAGATUS EST
IN CONCILIO VATICANO ;
ECCLESIAM SUAM CARISSIMAM FELICITER REXIT
ANNOS VIGINTI
CUI PLENUS DIERUM ET MERITIS AUCTUS
HUMILLIME VALEDICENS
CIVITATEM REIENSEM PETIIT
UBI VITAM ABSCONDITAM CUM CHRISTO
DILECTUS DEO ET HOMINIBUS
 CUJUS MEMORIA IN BENEDICTION EST
SANCTO FINE QUIEVIT D. 25 OCT. 1887
AETATIS SUAE NONAGESIMO.

ORATE
PRO EO

(Ici repose d’une douce paix dans l’ancien tombeau des évêques de Riez l’illustrissime et révérendissime Henri Jordany, né à Puymoisson le 13 septembre 1798, consacré évêque de Fréjus à Paris le 24 février 1856, qui apporta pieusement son suffrage au dogme de l’infaillibilité du Très Saint Père au concile du Vatican. Vingt ans il dirigea avec bonheur sa très chère Eglise que, rassasié de jours et comblé de mérites, il quitta humblement pour gagner la cité de Riez où il mena une vie cachée avec le Christ, aimé de Dieu et des hommes et dont la mémoire est en bénédiction. Il mourut saintement le 25 octobre 1887 à 90 ans. Priez pour lui.)