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Casimir-Alexis-Joseph Wicart (29 mars 1845 - transféré le 30 juillet 1855 à Laval)


image010Armes : d’azur à la croix de calvaire d’argent, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d’or
Devise : Absit gloriari nisi in Cruce. (Gal. VI 14)

 

Alexis-Casimir-Joseph naît à Méteren (Nord) le 13 ventôse an 7 de la République (4 mars 1799), fils d'Alexis-Joseph Wicart, marchand drapier, et de Marie-Catherine Degroote. Ordonné prêtre le 28 septembre 1821 pour le diocèse de Cambrai, il y exerça la fonction de curé-doyen de Sainte-Catherine à Lille. En 1841, il prononça l’oraison funèbre de Mgr de Belmas, dernier évêque de Cambrai. Tout en poursuivant son ministère curial dans « une grande et belle paroisse, dans une grande et noble cité ... où durant 13 ans passés ... (il fut) le plus heureux des pasteurs au milieu des meilleures des ouailles » (lettre pastorale du 12 juin 1845...), il devint le vicaire général du nouvel archevêque.
image011Il fut choisi comme évêque de Fréjus le 29 mars 1845, confirmé le 24 avril et sacré dans l’église métropolitaine de Cambrai le 11 juin 1845 par le cardinal Giraud assisté de Mgr Mioland et de Mgr Gignoux.
Il fut installé à Fréjus le 20 juin 1845. Il y ressentit immédiatement le besoin d’organiser administrativement son diocèse, le divisant en deux archidiaconés, 6 archiprêtrés et 36 doyennés, créant ainsi 44 titres expressément déclarés « révocables à volonté ». Il n’en fallait pas plus pour s’aliéner la confiance de son clergé qui le lui fit payer.
Il faillit accueillir l’exil du pape Pie IX en 1848 pour lequel le Gouvernement français avait fait aménager le « château Aiguillon » à Toulon et régler le protocole sous l’autorité du Préfet maritime. Les sentiments courageusement ultramontains de l’évêque y auraient été flattés, mais le pape préféra au dernier moment ne pas s’éloigner au-delà de Gaète...
Son sens de l’ordre le rendit sympathique aux nouvelles autorités de la République avec lesquelles il entretint les meilleures relations comme en témoigne le jugement du baron Haussmann, alors préfet du Var : « l’excellent évêque de Fréjus, un homme d’un grand sens et d’excellent esprit, un aimable prélat, un très digne évêque » ; dans le souci d’apporter son concours à la loi qui porte son nom, il entretint une correspondance avec le ministre de l’Instruction publique et des cultes, Alfred de Falloux, qui vint même lui rendre visite un jour à Fréjus. Soucieux de ces questions, il multiplia les créations d’établissements d’éducation et porta un soin particulier aux petits séminaires de Brignoles (dont il bénit la reconstruction) et de Grasse.
En 1849, lors de l’épidémie de choléra qui fit des centaines de victimes à Toulon, Mgr Wicart se montra d’un courage exemplaire.
Il assista au concile provincial d’Aix, en septembre 1850.
C’est l’année suivante qu’eut lieu le soulèvement républicain qui meurtrit particulièrement le Var, on imagine de quel côté penchait le cœur du prélat ; bien que des curés eurent à en souffrir (celui des Mayons enlevé comme otage ou celui d’Aups mort de mauvais traitements), Mgr Wicart resta sereinement à son poste et récusa l’offre du préfet de se réfugier à la préfecture. Il accueillit le prince-président à Toulon le 27 septembre 1852 et convia son clergé à cette occasion, ce qui lui valut la Légion d’honneur, malgré sa mésaventure : depuis toujours en conflit avec l’archiprêtre de la cathédrale de Toulon, c’est à l’église Saint-Pierre que l’évêque avait invité ses prêtres pour la cérémonie mais, averti que Louis-Napoléon l’attendait à la cathédrale, il s’y précipita en habits pontificaux, pas assez vite toutefois pour voir le président, qui était déjà reparti...
image012Il confia la direction du Grand séminaire de Fréjus aux Pères Oblats de Mgr de Mazenod à partir de la rentrée d’octobre 1851, qui l’occupèrent cinquante ans, jusqu’à leur expulsion en 1901. Mgr Wicart avait rencontré Mgr de Mazenod à plusieurs reprises : à Marseille en 1846, au concile provincial d’Aix en 1850 puis lors de la consécration à Marseille de Mgr Jean-François Allard et depuis longtemps souhaitait confier aux Oblats la direction de son séminaire. Il y avait alors pénurie de clergé dans le diocèse et mauvais esprit parmi les séminaristes (qui étaient alors une centaine) : six d’entre eux furent d’ailleurs renvoyés à l’arrivée des Oblats et quatre l’année suivante. Mgr de Mazenod, cicatrisant la blessure de l'abandon à son égard de celui qui fut le premier supérieur du séminaire restauré de Fréjus, signa lui-même, le 15 août 1851, avec Mgr Wicart la convention par laquelle l'évêque de Fréjus confie à perpétuité aux Oblats la direction de son séminaire. Ceux-ci ne dépendront que de l'évêque, seront nourris et logés et recevront un traitement qui sera de 1200 francs par année pour le supérieur et 700 francs pour chacun des directeurs. De son côté, la Congrégation s'engage à fournir au moins cinq prêtres pour l'enseignement et la direction spirituelle, puis à s'occuper de l'administration financière, des admissions et expulsions des séminaristes, etc.
Six pères furent supérieurs de la maison : Jean-Joseph Lagier de 1851 à 1856, dont saint Eugène de Mazenod écrira à son départ que "le séminaire de Fréjus lui doit la ferveur dont la communauté est animée depuis qu'il en a pris la direction", Jean-Joseph Magnan de 1856 à 1859, Mathieu-Victor Balaïn de 1859 jusqu'à son élévation à l'épiscopat en 1877, Toussaint Rambert de 1877 jusqu'à son décès en 1889, Jean Corne de 1889 à sa mort en 1893 et Eugène Baffie de 1894 jusqu'aux expulsions en 1901. Trente-cinq pères furent professeurs et directeurs en cinquante ans. Comme dans toutes les maisons oblates d'alors, leur séjour ne dura, en moyenne, que trois ans chacun voire moins, mais le père Jacques Bonnet y demeura 30 ans, le père Élie Nemoz, 27 ans et le père Étienne-E. Chevalier, 20 ans.
L’accueil du diocèse fut plutôt positif comme en témoigne cette lettre du Père Lagier, en 1853-4 : «Le bienveillant accueil qui avait comme présidé à notre début ne nous a pas fait un seul moment défaut depuis lors. On peut même dire que l'estime et l'affection dont n'ont cessé de nous honorer le digne prélat qui nous a appelés ici, ainsi que son excellent chapitre et tout ce bon clergé de Fréjus, n'ont fait que s'accroître avec le temps». La présence et l’activité des Oblats : prédication de la retraite pastorale par le Père Ambroise Vincens en 1856 ou le Père Marc-Antoine Sardou en 1862, prédication du carême à la cathédrale (en 1868, 1886 et 1898), missions dans le diocèse (en 1891 à Belgentier, en 1898 à Fréjus, etc.) orientèrent quelques vocations dans le diocèse puisqu’une quinzaine de séminaristes ou de jeunes du Var entrèrent dans la Congrégation dans la deuxième moitié du siècle.
image013Mgr Wicart prescrivit le rétablissement de la liturgie romaine par un mandement du 8 septembre 1851, fit composer un propre des saints locaux, tint un synode le 19 septembre 1852 suivi de la publication d’ordonnances et de statuts. A sa demande et parce qu’il nourrissait le désir d’abandonner Fréjus au profit de Toulon, il porta pour la première fois le titre d’évêque de Toulon qu’un décret consistorial en date du 28 septembre 1852, et reçu par décret présidentiel du 22 janvier 1853, lui permettait d’ajouter au titre d’évêque de Fréjus. Cependant Rome dut intervenir pour corriger le titre d’ « évêque de Fréjus et de Toulon » que portait l’évêque, pour le changer en « évêque de Fréjus et Toulon » : il n’y avait bien toujours qu’un diocèse, celui de Fréjus, auquel on associait le nom de l’évêché supprimé en 1801. On voudra encore lever d’avantage l’ambiguïté le 28 avril 1957 en modifiant le titre en « évêque de Fréjus-Toulon », à la veille de transférer le siège épiscopal d’une ville à l’autre.
Tant d’activité ne suffit pas à corriger le malaise qu’une autorité trop systématique avait engendré dans un clergé méridional qui y était assez peu habitué, mais qui s’était déjà manifesté dans les dernières années du pontificat de Mgr Michel. Parmi la quantité de règlements publiés sous le pontificat de Mgr Wicart, il est une circulaire datée du 10 mars 1854 qui portait directement atteinte à l’autorité des curés en réservant les pouvoirs de confesser aux seuls congréganistes lorsqu’ils prêchaient des retraites. Une pétition fut alors adressée au pape par les mécontents pour dénoncer cette « violation arbitraire des droits curiaux ». Le 18 octobre 1854, Mgr Wicart, envoya à ses curés une circulaire frappant de suspense ipso facto quiconque retiendrait ou conserverait la pétition ou la lettre explicative qui l’accompagnait et, avouant implicitement que sa mesure était outrée, stipulait que cette circulaire épiscopale « ne devait pas entrer dans la collection de ses actes administratifs », ce qui était reconnaître ses torts.
La mort subite, le 14 novembre 1854 et la célébration des funérailles de son plus populaire opposant, le chanoine Etienne Courdouan, archiprêtre de la cathédrale de Toulon, ne fit qu’envenimer les choses.
On ne fut donc pas surpris d’apprendre quelques mois plus tard, le 30 août 1855, le transfert de Mgr Wicart sur le siège de Laval qui venait d’être créé le 30 juillet. Il quitta Fréjus le lendemain du jour où il en reçut la notification officielle, sans adresser aucune lettre d’adieu et fit son entrée triomphale à Laval le 28 novembre 1855, accompagné par le nonce apostolique.
Très pieux et animé d’un haut idéal, il fut reconnu dans son nouveau diocèse comme un « homme de valeur, au fort tempérament, mais humble », le chanoine Eugène-Louis Couanier de Launay précise que les élans de son âme « avaient moins besoin d’être excités que contenus »... image014image015Un autre historien (Gaston Chérel) poursuit : « Ne se laissant jamais aller à la familiarité, il impressionne, veille à la décence des cérémonies et à la qualité de l’accueil que l’on doit réserver à un évêque, non en considération de sa personne mais de sa mission. » Il visite infatigablement les paroisses, faisant cinq fois le tour de tout son diocèse, et place sa priorité dans la formation du clergé qu’il astreint à des examens réguliers. Il construit le séminaire, participe au premier concile du Vatican, obtient par un vœu public que sa cité soit épargnée par les troupes prussiennes en 1871 et aura à enquêter sur l'apparition de la Vierge Marie à Pontmain, dont il reconnaîtra l’authenticité le 2 février 1872.

image016Retiré le 3 mai 1876, il mourra après de long mois d’infirmité, le 8 avril 1879 à Laval où il sera inhumé dans la cathédrale.
Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur le 22 août 1858, puis officier le 28 septembre 1852.
Si au cours d’une visite suggérée par son successeur, Mgr Wicart avait exprimé en 1867 au chapitre cathédral de Fréjus ses regrets de ce qui s’était passé, la population fut moins prompte à pardonner son projet de transfert du siège et s’abstint d’assister au service funèbre célébré pour lui.

« Absit gloriari nisi in Cruce. »...