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Antoine-Benoît de Clermont-Tonnerre (22 novembre 1674 - mort le 24 août 1678)


image027Armes : de gueules, à deux clés d'argent, passées en sautoir
Devise : Si omnes te negaverint ego numquam te negabo.

 

C’est l’évêque de Sisteron, Michel Poncet, qui fut nommé en remplacement de Mgr Zongo Ondedei, mais l’évêque immédiatement transféré à l’archevêché de Bourges ne fut finalement pas préconisé pour Fréjus. A sa place le roi choisit un jeune prêtre du diocèse de Langres, docteur en théologie à la Sorbonne, de la maison de Navarre, Antoine-Benoît de Clermont-Tonnerre qui avait eu l’occasion de donner des preuves de son talent comme orateur sacré, il obtint même d’être dit « prédicateur ordinaire du roi » pour avoir, comme « évêque nommé », prêché l’Avent 1674 devant Louis XIV.
Né en 1642 à Ravières (près de Montbard), d’une des plus illustres familles de France, il était le troisième fils de Roger de Clermont-Tonnerre, marquis de Cruzy et de Gabrielle de Pernes.
Il fut nommé le 22 novembre 1674 au siège de Fréjus et préconisé le 23 mars 1676 par Clément X. C’est l’archevêque de Paris, François de Harlay qui le sacra le 26 avril 1676 dans l’église des Carmélites de Paris, assisté des évêques de Langres et de Béziers, en présence de la reine. Il prit possession de son siège par procureur le 2 juin suivant et fit son entrée à Fréjus le 22 novembre.
Sa correspondance suivie avec l’érudit et collectionneur parisien François Roger de Gaignières (1633-1715) révèle souvent de manière allusive les joies et les inquiétudes quotidiennes de l’abbé puis de l’évêque : avant d’aller à Fréjus l’abbé de Clermont-Tonnerre résidait habituellement au fabuleux château de Maulnes (commune actuelle de Cruzy-le-Chatel, près d’Ancy-le-Franc) ou à Ravières. image029Puis le jeune évêque s’installe à Fréjus, « petite ville très agréable et très bien située ». Il est mieux logé qu’il ne croyait, et « avec un peu de loisir et quelque petite dépense, [il sera] peut-être aussi bien qu’evesque de France. Le revenu de l’évêché est de 30 à 31 000 livres et peut être augmenté. [Son] établissement pourrait être grand et commode, [s’il ne s’était] mis dans l’embarras pour les autres. » Effectivement l’abbé de Clermont-Tonnerre semble s’être mis sur les bras de fort méchantes affaires, dont la nature n’est pas expliquée dans la correspondance, mais dont les tracas abrégèrent certainement son existence. On avait même essayé de le faire chanter. Néanmoins, il pense aux archives de son évêché, et trouve que « toutes les pièces anciennes ont été envoyées à Paris chez un procureur, qui refuse de les rendre, faute du paiement de 12 ou 14 pistolles. » Il va les faire retirer, et remettre entre ses mains ; il lui expédiera d’ailleurs le peu qui reste à Fréjus. Sa maison est tenue sur le pied de 7 ou 8 000 livres par an, ce qui permet de consacrer le reste à l’acquittement de ses dettes. Il serait trop heureux de le voir à Fréjus, et de le mettre en rapport avec « un chanoine de sa cathédrale qui s’occupe beaucoup d’antiquités » : il s’agit de Joseph Antelmi, qui publiera en 1680 son De initiis Ecclesia Forojuliensis. Dans ses visites pastorales il ramasse tout ce qu’il croit pouvoir l’intéresser.
Mgr de Clermont-Tonnerre s’employa à établir le séminaire diocésain qu’avait déjà projeté Barthélémy Camelin et acquit pour cela deux nouvelles maisons qui s’ajoutèrent au patrimoine réservé par Giuseppe Zongo Ondedei, il en bénit la chapelle sous le vocable de saint Léonce à qui il confia l’établissement et qu’il déclara « patron du clergé de son diocèse », il appliqua au séminaire les mêmes règles qu’on observait à Aix et nomma à sa tête Jean-Baptiste Robert, doyen de la collégiale de Draguignan. L’ouverture de ce séminaire, le 25 avril 1677, fut pour lui « depuis [son] élévation à l’épiscopat la plus grande joie [qu’il ait] ressentie ». Il fit publier le 11 mai 1678 le Propre des saints du diocèse, pour effacer les divergences qui subsistaient entre les différents lieux (Officia propria sanctorum S. Ecclesiae Forojuliensis ejusque dioeceseos, Rmi in Christo Patris domini Antonii Benedicti de Clermont de Tonerre, Forojuliensis episcopi, auctoritate nunc primum recognita et emendata. Aix, chez Charles David, 1678. In octavo. 4 feuillets, 66 & LXVII pages).
Il prit un soin tout particulier à ses visites pastorales, les faisant précéder par une mission et s’y investissant avec zèle, donnant partout des témoignages de sa piété et de sa bonté. Parmi les quelques abus dénoncés à cette occasion, il sanctionna les désordres de la Saint-Marcel à Barjols.
Arrivé à Tourrettes, il eut un différent avec le comte de ce lieu, Pierre de Villeneuve, homme réputé violent et orgueilleux qui avait interdit aux habitants d’aller au-devant de l’évêque et qui en vint à lui donner un soufflet. L’interdit jeté sur le village fut levé le 2 mars 1678 et le comte excommunié obtint son pardon le 3 juin, cependant l’aventure qui avait fait grand bruit dans le royaume affecta profondément le prélat. Rentré à Fréjus, sa santé altérée le força à s’aliter au milieu du mois d’août. Il entretient alors son correspondant Gaignières avec mystère de l’affront qu’on lui a fait subir et « pour lequel il n’a reçu qu’une imparfaite satisfaction » : sa santé est ébranlée par toutes ces traverses, et il aura « bien de la peine à [s’]en remettre ». Il demanda et reçut les sacrements. Une saignée malencontreusement prescrite le fit tomber en une syncope durant laquelle le « doux et extrêmement bon prélat », comme l’appellent les relations contemporaines, rendit son âme à Dieu à 36 ans, le 24 août 1678, « plaint et regretté de tout son diocèse ».

Acte de décès :
« L’an mil six cent septante et huict, et le vingt et quatre du mois d’aoust environ deux ou trois heures après minuict, dans cette ville de Fréjus, muny des sacrements est décédé V. père en Dieu, messire Anthoine Benoist de Clermont-Tonnerre, évêque et seigneur de Fréjus, ayant esté exposé durant deux jours sur un lict de parade dans la grande sale du palais épiscopal, habillé pontificalement où messieurs du vénérable chapitre, vicaires et bénéficiers et autres prestres habituez, sont allez avec la ste croix chanter l’office des morts pour la rémission de ses péchez, moi vicaire soussigné présent. » signé Leget, vicaire

On l’enterra dans une fosse creusée au pied du maître-autel de la cathédrale, du côté de l’évangile.
« D’une petite taille, mais gracieux et beau, savant, prêchant bien et plein de piété, il faisait, dit Girardin, concevoir de grandes espérances pour l’Eglise et le diocèse de Fréjus. »
Le chanoine Antelmi, dont les oreilles résonnaient peut-être encore de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, produisit cette épitaphe grandiloquente que les chanoines firent graver sur sa tombe :

« Sta viator et audi
Illustriss. D. Anton. Benedictum
De Clermont-Tonnerre,
Alterum Ecclesiae Forojulien. Angelum.
Ecclesiasten Agentem etiam post obitum.
Nam et mortuus, quasi tuba exaltat vocem suam.
Non de pulpito, ut olim, sed de loculo,
Non verbo, sed exemplo suo
Quid autem clamat ? omnis caro faenum :
Et omnis gloria ejus, quasi flos faeni. Exsicca-
tum est faenum, et cecidit flos, quia spiritus
Domini sufflavit in illo.
Abi viator,
Et optimi pastoris piis manibus perennem
Gloriam apprecare. »

(Arrête-toi, passant et écoute Très Illustre Mgr Antoine Benoît de Clermont-Tonnerre, le deuxième ange de l’Eglise de Fréjus, prêchant l’Ecclésiaste même par-delà le trépas. Car bien que mort, il fait sonner sa voix comme une trompette, non plus de la chaire comme naguère, mais de la tombe, non en paroles, mais par son exemple. Et que proclame-t-il ? Que toute chair est comme l’herbe des champs et toute sa gloire comme la fleur qui se fane. L’herbe a séché et la fleur est tombée, parce que l’Esprit du Seigneur a soufflé sur elles. Va, passant et invoque pour les pieuses mânes du meilleur des pasteurs la gloire qui ne passe pas. )

Inscription funéraire actuelle : Hic jacet Antonius Benedictus de Clermont Tonnerre Crusy episcopus Foroiuliensis. Obiit IX Kalendas septembris an. D. MDCLXXVIII.