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Barthélémy Camelin (1er septembre 1599 - mort le 15 juin 1637)


image010Armes : écartelé: aux 1 et 4, bandé d’azur et d’argent de six pièces, aux 2 et 3, d'azur, à un chameau passant d'or, surmonté de trois étoiles rangées du même
Devise : Deo favente

 

image012Barthélémy Camelin appartenait à une famille au nom francisé probablement de marchands italiens établis à Fréjus à l’aube du XVIe siècle dont on connaît notamment Thomas, trésorier, mort au début des années 1560 et Jacques, fermier des droits du roi à Fréjus en 1553 puis trésorier en 1565, premier consul en 1570, lieutenant du viguier royal à partir du 18 juillet 1574. Leur fortune est solidement établie à la fin du siècle et ils commencent à collectionner les charges de la ville. Jacques aura deux fils : Barthélémy, qui deviendra évêque et Georges, viguier puis consul, qui donnera naissance à Pierre (notice suivante) et à Jacques, receveur des décimes puis viguier, qui portera le titre d’écuyer.
Barthélémy naît donc à Fréjus en 1562, il reçut la tonsure le 10 mars 1569 des mains de Bertrand de Romans, obtint une licence en droit canon et le 24 mai 1577 devint chanoine par la résignation en sa faveur de François de Grasse. Dans cette fonction, il se fit peu d’amis à cause de son arrogance ; parmi les inimitiés qu’il avait fait naître, celle du vénérable chanoine Hélion Mosson qu’il n’avait pas craint de gifler malgré son âge ne fut pas la moins lourde de conséquences. En 1586, il avait déjà pris le parti des émeutiers opposés à l’évêque et au roi et empêché le prédicateur envoyé par François de Bouliers ; en 1591, alors que Fréjus allait tomber aux mains des ligueurs, les chanoines s’étant retirés à Châteaudouble, avec l’autorisation du Parlement et du Souverain Pontife, Barthélémy Camelin fut l’un des trois qui refusèrent de partir et se considérèrent comme le chapitre légitime ; c’est ainsi qu’à la mort de l’évêque François de Bouliers, les chanoines de Châteaudouble élurent Hélion Mosson vicaire capitulaire tandis que Barthélémy Camelin se faisait désigner pour le même poste par ses deux confrères dissidents. A partir de là, et bien que le Parlement ait reconnu son compétiteur, il prétendit gouverner le diocèse et procéda à des nominations qui doublèrent celles du chapitre légitime. Au retour des chanoines en 1593, Barthélémy refusa de livrer clés et archives dont il s’estimait l’unique détenteur autorisé et il fallut un arrêt du Parlement le menaçant et intimant aux greffiers épiscopaux l’obéissance au chapitre pour obtenir un apaisement.
Sa très grande ambition et le peu de scrupule qu’il démontra quant au moyen d’obtenir l’évêché de Fréjus marquent encore le commencement de son épiscopat d’une tache fort peu honorable. En effet, Henri IV qui avait cassé Gérard Bellenger, le précédent évêque, avait résolu de donner l’évêché à son brillant capitaine Crillon « pour qu’il en tirât profit en le remettant à tel homme d’Eglise et de bien qu’il trouverait » (« le brave Crillon » semble avoir ainsi disposé de pas moins de quatre évêchés en Languedoc et en Provence…). Or Barthélémy Camelin dont la sœur Marguerite avait épousé un certain capitaine Gabriel Planchier qui servait sous les ordres de Crillon traita par son intermédiaire la cession du siège de Fréjus en compensation d’une pension annuelle de 2 666 écus. Le roi signa le brevet le 1er août 1594 au camp qu’il tenait devant la ville de Laon. Outre la simonie qui entache la transaction, Barthélémy Camelin se rendait coupable de se substituer à un évêque-nommé encore vivant. Il dut faire montre de beaucoup d’opiniâtreté pour vaincre toutes les réticences qui ne manquèrent pas de faire obstacle à ce marché. Celles du Parlement d’abord qui fit des difficultés et n’accepta d’enregistrer la nomination que le 24 mars 1597, celle de Rome ensuite qui attendra plus de deux ans encore pour donner son accord.
Entre temps, profitant de la mort d’Hélion Mosson en 1596, l’intrigant chanoine avait réussi à se faire donner les pouvoirs de grand vicaire et à se faire élire archidiacre, ce qui lui permettait de prendre possession du temporel de l’évêché ; c’est dans cette situation qu’il commença la visite du diocèse. La confirmation de sa nomination par Clément VIII tomba enfin le 1er septembre 1599, après cinq années de haute lutte.
Il fit prendre possession par Nicolas Antelmy, bénéficier de la cathédrale, le 14 décembre 1599, reçut l’ordination sacerdotale (il n’était que diacre jusque-là...), dit sa première messe à la cathédrale le 6 janvier et y fut sacré le 30 janvier 1600 par Guillaume Le Blanc, évêque de Grasse, assisté de Clément Isnard, évêque de Glandèves et de Gilles de Seytres, évêque de Toulon.
Cet épisode pénible achevé, il se révéla un excellent évêque. Il réforma son église cathédrale, y fit faire d’importantes réparations au sortir de la guerre civile, pour y rétablir l’ordre et assurer la célébration régulière des messes et de l’office divin. Pour cela il établit notamment une boiserie autour du chœur et acheta de grandes orgues qui furent installées dans la tribune. Il imposa la liturgie romaine dans son diocèse et encouragea le Père Dufour à composer le premier ouvrage sur saint Léonce (Sanctus Leontius, episcopus et martyr, suis Forojuliensibus restitutus. Père Louis Du Four, s.j., Avignon, Piot, 1638, in-8°).
Il visita toutes ses paroisses et en répara les ruines tant matérielles que morales après les dégâts de la guerre civile. Il accueillit les Servites à Lorgues en 1607, les Minimes à Draguignan en 1616 et à Fayence en 1632, les Capucins à Saint-Tropez en 1617. Il encouragea les Oratoriens à Cotignac. Il établit à Fréjus les Jésuites en 1626, les Dominicains en 1634 et des Bénédictines qui optèrent ensuite pour la règle de saint Dominique. Les Ursulines s’établirent à Draguignan Aups et à Pignans, ainsi que les Visitandines à Draguignan. Il envisagea la création d’un séminaire et commença à le doter. Il participa au concile provincial d’Aix en 1612. En 1613 il consacra l’église Saint-François-de-Paule de Fréjus. Il procéda à plusieurs sacres épiscopaux dans sa cathédrale : celui de son neveu Pierre, en 1621, qu’il établit comme coadjuteur, et celui de Modeste de Villeneuve, évêque d’Apt, le 29 novembre 1629.

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Il meurt probablement le 15 juin 1637, muni des sacrements de l’Eglise et est inhumé dès le lendemain (à cause de la menace des galères espagnoles*) au bas de la nef latérale de la cathédrale, dans la chapelle du Rosaire où il s’était fait aménager son tombeau et sculpter son portrait en orant.

* Le 15 juin 1637, lorsque vingt-et-une galères chargées de soldats firent leur apparition dans le golfe de Saint-Tropez, on imagine que l’envahisseur s’attendait à une prise facile : Saint-Tropez allait tomber aux mains des Espagnols. C’était sans compter sur la vaillance des Tropéziens qui repoussèrent l’assaut. Les Espagnols battirent en retraite sous le feu des gardiens de la cité.