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Bertrand de Romans (15 février 1566 - mort le 19 mars 1579)

image002Armes : d’azur à un loup rampant d’or, au chef cousu de sinople, chargé de trois étoiles d’argent

 

Le 22 juillet 1564, selon les termes du concordat de Bologne (1516), Charles IX nomma au siège vacant de Fréjus le prieur des Dominicains de Saint-Maximin, Frère Claude Estivent. Celui-ci mourut le mois suivant.
Le roi choisit alors Bertrand de Romans et signa sa nomination, à Narbonne le 10 janvier 1565. Charles IX ratifiait en fait le choix d’une assemblée composée des chanoines de la cathédrale, de douze gentilshommes du diocèse et de douze bourgeois élus : Bertrand venait en second sur la liste de trois candidats proposés. Le pape Pie IV le confirma en lui donnant l’investiture canonique le 23 juin 1565 mais la mort du pape retarda l’expédition des bulles, affirme la Gallia Christiana, or Pie IV ne mourut que le 9 décembre 1565...
Toujours est-il que les bulles que reçut Bertrand de Romans ne furent délivrées qu’au début de l’année 1566, le 17 janvier, dix jours à peine après l’élection de saint Pie V.
Bertrand de Romans était né vers 1515 à Figanières, d’Hugues de Romans, marchand et de Thoge Romégat ; il avait quatre frères et une sœur : Pierre, docteur en théologie et chanoine de Fréjus, Cyprien et Antoine qui continuèrent le commerce de leur père, un autre Pierre, écuyer et seigneur d’Agout, Sibille qui épousa Barthélémy de Néris, coseigneur de Bagnols.
Ordonné prêtre en 1546, Bertrand de Romans était docteur en les deux droits. A l’époque de sa nomination, il cumulait les titres de prévôt de la cathédrale de Glandèves, chanoine d’Aix (il avait résigné sa stalle de Fréjus à son neveu Joseph, qu’il avait obtenue dès 1526 (!) par la résignation d’André Fieschi en sa faveur) et conseiller au Parlement de Provence (depuis le 12 juin 1555).
Il fit profession de foi devant les évêques de Marseille et de Vence le 3 mars 1566 et fit prendre possession de son siège par son frère Pierre d’Agout le 20 octobre suivant. Il fut sacré dans la cathédrale le 6 janvier 1567.
La région était alors en proie à des troubles violents à cause des guerres de religion. Les protestants avaient déjà pris pied dans la cité épiscopale, ils y comptaient un consul dès 1566 et essayaient d’y maintenir une école confessionnelle. En 1567, Bertrand de Romans fut délégué pour participer à l’assemblée du clergé de France qui se tint à Paris et vota une contribution financière pour soutenir le roi.
L’année suivante l’évêque dut interdire le recteur de Saint-Eloi de Fayence « accusé d’avoir pris les armes contre le roi et les fidèles du Christ ». En 1568, malgré l’intervention des consuls, la population massacra dans une auberge de Fréjus où ils étaient descendus, l’escorte du baron René de Savoie, sieur de Cipières (prévôt excommunié de Pignans), chef du parti huguenot, qui tomba sous les coups du marquis des Arcs le 30 juin, malgré la parole donnée de le garder en vie. En réparation d’un meurtre aussi révoltant, l’évêque ne put que faire au baron de solennelles et ... catholiques funérailles !
Bertrand de Romans fit preuve de zèle pour la foi, défendant ses diocésains du fléau de l’hérésie. Après 1572 deux partis s’affrontèrent violemment pour mettre la Provence en feu ; le sang coula jusque dans la cathédrale de Fréjus. Loin d’un simple clivage religieux le conflit prend la forme de l’opposition de bandes rivales où le clan anti-huguenot n’est pas en reste pour piller les églises et dont la politique devient souvent illisible à nos yeux. L’évêque s’employa à réparer les fortifications de la ville pour lui assurer la paix et à restaurer les châteaux de Saint-Raphaël et de Fayence, gagnant la reconnaissance des habitants qui saluaient en lui « le zélateur et amateur de ses pauvres brebis qui sont journellement exposées à l’invasion des loups ravisseurs qui ne tâchent que de dévaster et totalement ruiner le pauvre pays de Provence, menaçant surtout la ville de Fréjus. »
Un apaisement s’imposa au bout de quelques années : le 15 avril 1575 une assemblée de bourgeois de toute la région se tint au réfectoire des Observantins de Fréjus pour jurer un Pacte d’Union contre les violences de part et d’autre ; une autre rassembla le clergé au réfectoire des Augustins de Draguignan le 28 octobre 1576, en vue des Etats généraux qui allaient s’ouvrir le 6 décembre à Blois et pour lequel fut mandaté le vicaire général Hélion Mosson.
Pendant ce temps l’évêque devait administrer son diocèse au spirituel et au temporel : il autorisa le percement du canal pour l’assainissement du vieux port, il acheta pour son Eglise la seigneurie d’Auribeau que vendait le prévôt de Grasse et mena à bien la visite du diocèse entre 1569 et 1572, il mit de l’ordre dans les différents chapitres et dut en 1575 admettre l’établissement de celui de Draguignan dont les statuts avaient été approuvés cinq ans auparavant par le vice-légat d’Avignon, la même année il arbitrait le départ des Minimes de Fréjus pour Aix. Vigilant, Bertrand de Romans eût à lutter contre les empiètements qui menaçaient ses droits et pour maintenir la discipline dans les rangs du clergé.
Après avoir participé à l’assemblée ecclésiastique d’Aix le 23 avril 1578, il se retira, malade, au château de Fayence où il mourut le 19 mars 1579. Il y fut inhumé dans l’église paroissiale.