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Urbain Ier Fieschi (16 septembre1472 - mort le 9 octobre 1485)

image001Armes : bandé d'argent et d'azur


Urbano Fieschi appartenait à une branche (celle des seigneurs de Savignone) de l’antique famille génoise déjà rencontrée avec Emmanuel, candidat malheureux à l’époque du Grand Schisme. Urbano était fils de Giacomo Fieschi et de Selvaggia Fieschi de Caneto, son quinquisaïeul était neveu d’Innocent IV et cousin germain d’Adrien V. Cette famille compte encore de nombreux cardinaux : Guglielmo (1244), Luca (1300), Giovanni (1378), Ludovico (1384), son oncle Giorgio (1434), son frère Niccolò (1503) qui va suivre, et plus tard encore Lorenzo (1706) et Adriano (1834).
Dès la mort de Réginald d’Angline, Urbain Fieschi, protonotaire apostolique à la cour de Rome, fut préconisé, le 16 septembre 1472, sans l’intervention du roi René, ce qui eut pour effet d’ouvrir un conflit qui dura plus de quatre ans. Une bulle du 13 avril 1425 et pour la France une ordonnance du 26 novembre 1425 avaient rendu au pape la collation de la plupart des bénéfices qui lui avaient été soustraits à Constance, mais nous étions encore en Provence... Quoi qu'il en soit, nous sommes en pleine période où le pape essaie de reconquérir son autorité face aux couronnes imbues des principes conciliaristes et gallicans.

Le roi, mécontent de la nomination unilatérale imposée par Rome, fit saisir le temporel de l’évêché et fit mettre sous séquestre ses revenus. Il nomma un gouverneur du temporel en la personne du capitaine Claude Rodolphe et un clavaire (ou intendant de l’évêché), Philippe Juste. Le diocèse fut administré au spirituel par un vicaire capitulaire élu par le chapitre qui s’était rangé à l’avis du roi, et par un official.
Une nouvelle querelle éclata à propos de l’union de l’abbaye du Thoronet à l’évêché de Fréjus en faveur d’Urbain Fieschi par une bulle du 10 février 1474, les protestations du roi René qui trouvait les revenus de l’évêché suffisants aboutiront à la révocation de la mesure le 11 août suivant.
Le conflit conduira à la proclamation par le pape de l’interdit sur la ville et le diocèse de Fréjus, tous les ecclésiastiques étant alors privés de leur bénéfice et tout office religieux impossible. La situation était devenue insupportable ; un événement particulièrement douloureux accéléra sa résolution : le dimanche des Rameaux 1474, profitant du fait que la plupart des habitants avaient déserté la ville pour assister aux offices à l’extérieur, des pirates pillèrent la ville et firent de nombreux prisonniers parmi les personnes restées en ville.
Le roi écrivit au pape : « Vous avez la clef des cieux, mais dans la conduite des choses périssables, ne faut-il pas aux princes une force dont les effets visibles maintiennent l’ordre en tout lieu et garantissent à Votre Sainteté même la vénération ? En donnant un pasteur à l’Eglise de Fréjus sans nous en avoir informé et en exigeant ainsi de nos sujets des sacrifices matériels dont nous seuls pouvons et devons disposer, Votre Sainteté n’a-t-elle pas confondu ses droits avec les nôtres ? »
Le pape leva les censures et signifia que l’excommunication ne portait que sur les chanoines, mais ne revint pas sur la nomination de l’évêque. Après deux ans de tension, le chapitre se soumit, le cardinal légat Julien Della Rovere envoya en avril 1476 son auditeur Pierre de Alexandris pour recevoir la soumission du clergé et des fidèles.
Urbain Fieschi put alors envisager sa prise de possession qui eut lieu en octobre 1477. C’est de Rome où il est revenu, qu’il envoie ses pouvoirs, le 21 janvier 1478, à son frère Hector Fieschi, avocat consistorial, pour présenter en son nom l’hommage au roi, qui fut reçu à Marseille le 23 février.
Quelques temps plus tard, ayant appris que l’évêque avait fait effacer des portes de la ville et sur d’autres édifices publics les armes royales pour les remplacer par les siennes, le roi fit rétablir ses armes et confisquer le temporel de l’évêché. Le Parlement fut saisi de l’affaire et alla jusqu’à déclarer l’évêque déchu de sa souveraineté temporelle. La mort du roi René le 10 juillet 1480 mit fin à ce nouvel épisode.
Urbain Fieschi députa encore son frère Hector pour l’hommage au nouveau comte, Charles d’Anjou, le 9 novembre 1480 à Aix.
L’absence d’Urbain Fieschi fut essentiellement motivée par son office d’ambassadeur du pape auprès du roi de France. En effet, Sixte IV met alors en place un système de représentation stable auprès des états modernes qui se constituent, visant à se substituer aux multiples légations temporaires. Dans cette période de transition, les missions d’Urbain Fieschi auprès de Louis XI tendent à devenir permanentes. Envoyé avec Jean-André Grimaldi en 1478 pour tenter d’apaiser les relations tendues entre Rome et le roi, il est jugé sévèrement par Louis XI qui considère alors qu’il est venu « pour dissimuler et nous cuider abuser ». Dans la foulée, il prit part au concile d’Orléans convoqué par le roi (13 septembre-19 octobre 1478), où la France agita contre Sixte IV la menace de la convocation d’un concile général. Après un passage probable en Allemagne pour seconder une ambassade auprès de Frédéric III, et de retour à Rome, il est désavoué par le pape en février 1479 pour son attitude trop conciliante lors du concile d’Orléans, privé de son poste de référendaire et exilé (cinq ans plus tard, le pontife sera encore plus autoritaire pour le référendaire Luc de Tolentis, légat en Bourgogne, suspendu de ses pouvoirs et excommunié !).
Urbain Fieschi retrouva cependant bien vite ses fonctions puisqu’en 1482 Sixte IV le recommande à Louis XI auprès duquel il est de nouveau son envoyé et où il finira par se faire apprécier. Ainsi, lors de l’acquisition de la Provence par la couronne de France, l’avocat consistorial Ricci, mandaté par le pape comme orateur auprès de Louis XI, invite le roi, entre autres recommandations, à maintenir les privilèges de l’évêque de Fréjus. A Plessis-lès-Tours, son chemin croisera celui de saint François de Paule arrivé auprès du souverain malade, après avoir fait halte à Fréjus affligée par la peste.
Il semble que seule la mort du roi (30 août 1483) ait libéré Urbain Fieschi pour lui permettre de retrouver son diocèse qu’il avait gouverné jusque-là par l’intermédiaire de ses vicaires généraux, le chanoine Jean-Baptiste de Nigris, Alexandre de Regiis, prieur de la Verne, ou Nicolas Fieschi, son frère, qui lui succédera.
Il passa effectivement à Fréjus fin 1483, mais c’est à Rome qu’il mourut le 9 octobre 1485.
En 1483, il avait reçu de Sixte IV le titre d’abbé de Saint-Wandrille.